Une grippe porcine provoquera-t-elle la prochaine pandémie? Pas si vite!

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Une nouvelle étude déclare que le virus G4 H1N1, présent chez les porcs en Chine, est propice à engendrer une nouvelle pandémie. Si cela a engendré un buzz médiatique immédiat, l’heure n’est pour l’instant pas à la panique du côté des infectiologues.

Catastrophe ! À peine le coronavirus vient-il de paralyser le monde entier qu’une autre pandémie pourrait s’inviter à la fête. C’est du moins ce qui serait à craindre au vu de ce qui a pu être dit dans la presse cette semaine. En cause: une grippe porcine du doux nom de G4 H1N1 qui vient de faire l’objet d’une étude en Chine. En la scrutant de 2011 à 2018 sur près de 30.000 prélèvements nasaux chez des porcs, ce nouveau virus se serait largement répandu dans les abattoirs de l’Empire du Milieu depuis 2016. Des expériences ont aussi montré que les furets peuvent développer la maladie qui serait particulièrement infectieuse. Cerise sur le gâteau: 10% du personnel des abattoirs porcins étudiés ont développé des anticorps contre cette nouvelle grippe, signe que le virus peut passer de l’animal à l’homme.

Il n’en fallait pas plus pour que la sonnette d’alarme soit déclenchée: «le G4 possède tous les traits essentiels montrant une haute adaptabilité pour infecter les humains», concluent les auteurs de l’étude en précisant que «l'inquiétude est que les infections d'humains par le virus G4 ne mènent à une adaptation humaine et n'augmentent le risque d'une pandémie humaine». Ils demandent ainsi la mise en place d’un système de surveillance accru des contacts entre porcs et humains. Mais contrairement à eux, d’autres de leurs collègues infectiologues ne se montrent pas si alarmistes.

Pas de problème en vue pour l’instant

Si ce virus G4 doit en effet être surveillé, d’autres éléments indiquent qu’en l’état des choses, il n’est pas question de paniquer outre-mesure. Tout d’abord, si des anticorps contre la maladie ont été détectés chez l’homme, aucun décès dû à cet agent pathogène n’a été relevé. Les scientifiques n’ont même pas noté de symptômes grippaux chez l’homme. Cela fait dire à Jean-Luc Gala, médecin infectiologue et chef de clinique à Saint-Luc, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter à ce point. «Le fait que l’on trouve des anticorps ne veut pas dire que la personne a été réellement malade. Cela montre juste qu’il y a eu un contact, ce qui n’est pas étonnant dans le cas de ces éleveurs, et que l’immunité joue son rôle», dit-il.

Il ne se montre pas non plus surpris de la découverte d’un tel virus dans ce type d’environnement. Il rappelle que la Chine est connue pour ses élevages intensifs de porcs et que la concentration d’animaux y est telle que cela ne peut que constituer un nid à virus. C’est d’ailleurs selon lui l’un des éléments qui fait que l’Empire du Milieu est à l’origine d’autant de maladies, si on ajoute à cela la consommation d’animaux exotiques. «Les chercheurs ont centré leur étude sur une catégorie à risque et ce n’est pas étonnant qu’ils trouvent quelque chose. Ils ont enquêté puis publié et cela fait le buzz mais pour l’instant, c’est tout. Si on continue à fouiller, on trouverait probablement d’autres virus avec des potentiels de contagion similaires», ajoute Jean-Luc Gala. Pour lui, tant qu’il n’y a pas de transmission d’homme à homme et de symptômes grippaux, la situation est sous contrôle.

Rester vigilant

Si ce virus n’est en l’état des choses pas si dangereux, la question qui se pose est de savoir pourquoi cette étude a eu un tel écho. Pour Jean-Luc Gala, cela est surtout dû à trois éléments liés au contexte actuel. «À mon sens, cela est tient du fait que l’on sort d’une pandémie qui est issue d’un passage de l’animal à l’homme, avec toutes les conséquences que cela a eu. Cela engendre de l’inquiétude par rapport à tout ce qui y ressemble. D’autre part, on sait que les grandes pandémies de grippe se répètent environ tous les 30-40 ans. Or après la grippe espagnole, celle asiatique puis de Hong-Kong, le timing ne joue pas en notre faveur aujourd’hui et les risques peuvent être plus élevés d’avoir une mutation inquiétante du virus de la grippe. Enfin, on sait que ce dernier est aisément transmissible de l’homme à l’homme, d’où la crainte d’un scénario pandémique si cette grippe porcine venait à acquérir cette caractéristique, ce qui, je le répète, n’est pour l’instant pas le cas», constate-t-il.

Tous ces éléments font qu’il est nécessaire de rester vigilant sans pour autant exagérer l’ampleur de la menace. La seule préoccupation réelle réside dans la capacité du virus G4 à opérer ce que les spécialistes appellent un «shift», c’est-à-dire une mutation brutale et conséquente de son matériel génétique. Cela le rendrait alors potentiellement capable de devenir mortel et infectieux pour les humains, mais ces événements sont totalement imprévisibles. Tout ce qu’il est possible de dire maintenant, c’est que cela n’a pas encore eu lieu.

En attendant, que faire pour éviter de perdre le contrôle de la maladie? Pour Jean-Luc Gala, pas grand-chose, du moins du côté des médecins: «quand le shift se produit, on le constate mais on ne peut pas le prévenir. La seule chose que l’on peut dire sur la prévention de ces mutations, c’est que le mode de production porcine en batterie est relativement dangereux. Il faut surveiller cette population animale et dès qu’il y a un problème de mortalité excessive chez ces porcs, il faut intervenir très vite. C’est plus un problème d’élevage que de médecine. C’est une surveillance de tous les instants qui existe déjà, comme pour tout produit de la chaîne alimentaire».

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