Redoublements à l’école : vers une pluie de recours ?

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Des associations de parents et d’élèves s’inquiètent : dans les écoles, le redoublement ne serait pas si exceptionnel qu’annoncé.

Si le conseil de classe reste « souverain pour décider de la réussite ou non d’une année d’études », le redoublement « doit toutefois être exceptionnel, eu égard à la situation exceptionnelle à laquelle les élèves et les équipes pédagogiques doivent faire face (…) Il est important que la décision du Conseil de classe soit prise en dialogue avec les parents et les élèves, afin que la décision prise puisse être comprise et vécue de manière positive ». C’est ce que précise la circulaire 7594 du 19 mai dernier, qui fixe les modalités à suivre en matière d’évaluation, de certification et de délibération pour les conseils de classe.

Avec ces balises, la Fédération Wallonie-Bruxelles entendait s’adapter à un « contexte anxiogène » et prendre en compte la pandémie de Covid-19, qui n’a pas manqué de perturber tant élèves que professeurs dans la poursuite des apprentissages. « C’était un signal très encourageant donné par l’administration » juge Véronique de Thier, responsable politique de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo).

« C’était », car depuis une semaine, pour certains, c’est la douche froide. Du côté de la Fapeo, du Comité des élèves francophones (CEF) ou de l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec), le téléphone a chauffé ces derniers jours. Parents désorientés, élèves qui apprennent leur redoublement ou leur ajournement sans réelle possibilité de dialogue, manque de motivations des décisions…. les témoignages affluent. « Par jour, on reçoit une vingtaine d’appels liés à ces questions », explique Véronique de Thier. Pas encore quantifiables, les redoublements d’élèves et les recours lancés dans la foulée seraient cependant loins d’être « exceptionnel(s )».

Redoubler dès le 20 mai ?

Certains établissements scolaires avanceraient notamment comme argument pour un redoublement l’absence de travail de l’élève pendant le confinement. Or comme le rappelait Chantal Massaer la semaine dernière, « le travail durant le confinement ne peut pas être pris en compte en conseil de classe, sauf si c’est en faveur de l’élève ». La responsable d’Infor Jeunes Laeken (un centre d’accueil et d’information sur le droit scolaire et le droit social) expliquait à Belga : « Il est assez fréquent qu’on soit consulté pour des points donnés sur le travail durant le confinement, y compris concernant de nouvelles matières », ce qui est pourtant contraire aux principes édictés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les associations soulèvent également d’autres pratiques questionnables, comme l’annonce d’une décision de redoublement dès le 20 mai (il était pourtant prévu que des remédiations ciblées soient organisées dans les écoles à partir du 25 mai, pour les élèves en difficulté). Ailleurs, question dialogue, on a pu repasser. « On a récolté beaucoup de témoignages qui font état d’un fonctionnement pyramidal dans certains établissements scolaires, avec une décision de redoublement prise du haut, par les conseils de classe, sans aucune concertation possible avec les élèves et les parents, note Véronique de Thier. Attention, ce n’est pas toujours spécifique à cette année. Certaines écoles ont toujours fonctionné comme cela. C’est une question qui touche plus à l’organisation générale du système scolaire : il y a des écoles qui n’ont tout simplement pas la capacité d’accueillir plus d’élèves dans les classes supérieures et pour qui le redoublement est une manière de gérer la situation ».

Des critères objectifs

Les témoignages récoltés et la hausse des recours qu’ils pourraient signifier concernent toutes les années, diplômantes ou non, du CEB de fin de primaire au CESS de fin de secondaire. Ils seraient rapportés dans tous les réseaux d’enseignement, à l’exception globalement de l’enseignement officiel. « On a très peu de témoignages concernant le réseau WBE » relève la responsable de la Fapeo. Il faut dire que dans ce réseau, les critères pour discuter d’un éventuel redoublement ont rapidement été donnés, de manière objective et précise. Les élèves et les parents ont donc pu plus facilement anticiper les décisions des conseils de classe ».

Tout n’est cependant pas noir, y compris dans l’enseignement officiel subventionné et dans l’enseignement libre. « Nous avons relayé des préoccupations qui remontaient du terrain, des parents. Maintenant on a aussi des retours positifs, forcément moins nombreux- on nous appelle généralement moins quand tout va bien. Mais ces retours existent. Aujourd’hui, j’ai eu une maman au téléphone qui m’expliquait que le recours interne qu’elle avait introduit a abouti et que son fils pourra poursuivre son projet d’enseignement ».

La semaine dernière, Caroline Désir (PS), ministre de l’Éducation a indiqué « faire confiance aux conseils de classe », considérant que les enseignants étant « les mieux outillés » pour évaluer le travail de leurs élèves. Elle a également tenu à rappeler la possibilité d’effectuer un recours externe, auprès de l’administration générale de l’enseignement.

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