Facebook durcit sa politique de modération: «une étape importante»

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Après avoir été le chantre du laxisme sur les réseaux sociaux, Facebook a décidé de réguler les publicités incitant à la haine et d'ajouter des avertissements aux publications problématiques. Ce tournant est dû à la conjonction de plusieurs facteurs et est ressenti comme un séisme.

Il a longtemps résisté mais face à la pression, il n’a pu que céder. Ce vendredi 26 juin, suite aux tensions liées aux manifestations antiracistes, Mark Zuckerberg a annoncé que Facebook changerait d’optique sur la modération de ses contenus. Désormais, les publicités contenant des messages haineux seront davantage interdites. Cela concerne notamment celles affirmant qu’une communauté identifiée selon l’origine, le genre ou l’orientation sexuelle représenterait une menace.

Les messages considérés comme problématiques seront eux aussi mieux signalés. Les contenus liés aux présidentielles américaines seront particulièrement scrutés et ils pourront se voir ajoutés des liens vers des informations officielles si cela est jugé nécessaire. Selon Zuckerberg, cela permettra aux électeurs d’être correctement informés, y compris sur les mesures sanitaires.

Mais pour en arriver là, il a fallu que Facebook se retrouve au bord de la rupture, tiraillé entre des motifs économiques, politiques et sociaux.

Le robinet des publicités coupé, Facebook est pris à la gorge

L’un des éléments les plus importants qui ont joué est probablement le dernier en date. Ces derniers jours, de nombreux annonceurs ont décidé de supprimer leurs publicités sur les réseaux sociaux, parfois un mois, parfois pour toute l’année 2020. C’est notamment le cas d’Unilever (qui possède Axe, Ben & Jerry's, Dove, Lipton…) et même hier du géant Coca Cola. Leur but: demander à ces plateformes, et notamment Facebook, plus de «transparence et de responsabilité», surtout vis-à-vis du racisme.

«De ce que je me souvienne, c’est la première fois que cela arrive. Cela montre que les gens ont un pouvoir en tant que consommateurs de ces plateformes. Ce qui est évident, c’est que les réseaux sociaux restent des entreprises. Quand Coca Cola annonce ça, ce n’est pas rien pour eux. La dominante économique est particulièrement cruciale pour Facebook mais aussi pour Twitter qui n’est rentable que depuis deux ans. Je pense que c’est un facteur très important qui a pesé dans la décision d’hier même s’il y en a d’autres et que c’est leur conjonction qui a abouti à cela», analyse Damien Renard, professeur associé et expert des médias sociaux à l'UCLouvain.

Admettre son rôle de média

Parmi les autres facteurs, on retrouve surtout en amont les manifestations antiracistes qui ont lieu depuis la mort de George Floyd. Cela a représenté un tel électrochoc qu’en interne, une partie des employés de Facebook ont de plus en plus fait savoir leur mécontentement envers le gestion de Mark Zuckerberg des contenus polémiques de sa plateforme.

Depuis le début du mouvement, Twitter a déjà agi à plusieurs reprises contre des publications violentes de Donald Trump. Il y a quelques jours, même Facebook a interdit un message du président contenant un symbole nazi. L’annonce d’hier de Zuckerberg montre que Facebook est encore passé à la vitesse supérieure.

«C’est une belle avancée et cela marque une étape importante dans le sens où Facebook admet enfin qu’il est un média. Cela aurait dû être fait bien avant. Depuis longtemps, Facebook joue le rôle d’un média en filtrant l’information et en mettant en lumière certaines données via ses algorithmes. Aujourd’hui, cela est finalement reconnu. C’est la fin d’une hypocrisie», se réjouit Damien Renard.

Un équilibre précaire

Est-ce que cela préfigure une poursuite de Facebook dans ce changement de cap? Damien Renard ose l’espérer. Pour lui, les prochaines étapes consisteront à poser la question de la visibilité d’un parti politique sur Facebook. Étant désormais plus transparent vis-à-vis du public sur sa capacité à réguler l’information, il serait en mesure d’agir sur ce plan-là. «Si ces plateformes s’inscrivent dans une véritable modération, il est clair que cela aura une influence au niveau politique et on peut espérer qu’elles deviendront plus neutres que par le passé», estime-t-il.

Pour autant, il s’agit d’un terrain dangereux, ce qui explique en bonne partie que Facebook soit frileux à ce sujet. «Il ne faut pas oublier que ces plateformes existent grâce aux contenus des gens. C’est ce qui les fait vivre. Du coup, si elles se mettent à trop réguler ou censurer, il y a le risque que les utilisateurs se sentent contrôlés et quittent la plateforme. Cela revient à de la perte d’audience et donc à la fin du modèle économique. C’est donc une problématique assez compliquée pour ses structures-là qui doivent trouver le bon équilibre. Ce n’est pas du tout facile», conclut Damien Renard.

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