Alain Raviart (cdH): «Le silence, c’est de l’huile dans la machine du racisme»

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Le cdH a introduit hier une plainte envers les auteurs des messages racistes adressés à Pierre Kompany. Pour le porte-parole du parti, Alain Raviart, il faut dénoncer ce qu’il présente comme une attaque contre la société dans son ensemble.

La réaction n’a pas tardé! A peine ont-ils constaté les faits que ce jeudi 25 juin, six députés cdH ont annoncé avoir déposé une plainte pour incitation à la haine, injures racistes et harcèlement. Cela vise les auteurs de messages racistes envers Pierre Kompany, bourgmestre de Ganshoren et père du footballeur Vincent Kompany. Selon des médias congolais, entre trois et six Belges habitant en République démocratique du Congo ont été interpellés, étant suspectés d’avoir tenu des propos dénigrants envers lui quelques jours après que Pierre Kompany ait demandé à ce que la Belgique s’excuse pour son passé colonial.

Alain Raviart, porte-parole du cdH, se dit choqué par un tel déversement de haine envers son collègue de parti et donne son point de vue sur ce qu’il faudrait faire pour combattre le racisme.

Quel aboutissement espérez-vous quant à cette plainte du cdH?

A.R.: «On veut que les personnes visées soient bien poursuivies en vertu de la loi Moureaux. Il y a une telle vague d’insultes à l’encontre de Pierre Kompany et ce n’est pas un phénomène isolé. C’est infâme et hallucinant! Cela en fait un sujet de société: est-ce qu’on laisse dire des choses pareilles qui abîment le tissu social? L’idée n’est donc pas que de défendre Pierre Kompany mais aussi de poser un geste fort de justice exemplaire pour que l’on ne dise plus n’importe quoi. Il y a une telle violence que j’ai moi-même du mal à le croire. C’est d’autant plus fort que ce dit Pierre Kompany est également déclaré par d’autres, mais quand c’est un blanc qui s’exprime, il ne se passe rien. On a ici un cas symptomatique qui indique que notre société ne va pas très bien».

Comment expliquez-vous que le racisme soit encore un problème aussi prégnant dans notre société?

«D’une part, on n’a pas assez fait sur le plan interfédéral contre le racisme. Et d’autre part, il y a en Belgique une méconnaissance sur cette situation. Par exemple, personnellement, on ne m’a jamais rien appris sur le sujet à l’école. Notre chef de parti, Maxime Prévot, l’a dit, François De Smet aussi chez Défi. De ce fait, on parle du Congo en ne sachant pas les atrocités qui s’y sont passées et en restant dans des images d’Épinal sur Léopold II roi bâtisseur. C’est pour cela que l’on a encore des personnes qui sont choquées lorsque l’on aborde le sujet».

Est-ce que vous attendez une réaction des partis politiques au pouvoir quant à ce sujet?

«Pierre Kompany a été applaudi chaleureusement par tous ses collègues au parlement bruxellois. C’est déjà bien! Quelque chose s’est enclenché. Maintenant, il faut que le plan interfédéral aboutisse. C’est peut-être le bon moment pour cela. Et on a beaucoup discuté de notre plainte en interne mais il y a un moment, il faut dire stop! J’étais hier avec Pierre Kompany et il était très fatigué. C’est très dur pour lui, même s’il est fort. Ce n’est pas possible de continuer comme ça. Le silence, c’est de l’huile dans la machine du racisme».

Selon le cdH, est-ce qu’il faut faire quelque chose par rapport aux statues de Léopold II vandalisées ces derniers jours car associées au colonialisme?

«Notre position est claire: il faut d’abord faire du travail de mémoire et à partir de là, on verra ce que l’on fera. Mais sans cela et dans l’état des choses, cela ne sert à rien de casser des statues de Léopold II. On ne répond pas à la violence par la violence».

Pierre Kompany envisage de son côté que ces statues soient plutôt mises dans des musées.

«C’est une possibilité et il y a des tas de solutions, comme des plaques explicatives aussi. Une société crée des symboles mais détruire sans en créer d’autres, ce n’est pas très constructif. C’est inhérent à l’histoire de l’humanité. Si on doit contextualiser tel ou tel symbole, cela sera fait via le travail de mémoire, d’où la nécessité de passer par là».

Quant aux dénonciations de racisme envers la police proclamés par les manifestants début juin, quelle est votre position?

«Je trouve que "flinguer" la police sur ce point, c’est ridicule. Dans toute corporation, il y a des gens qui ne sont pas bons. Mais il ne faut pas stigmatiser sinon, c’est la meilleure manière de ne pas avancer. Il faut viser spécifiquement les membres de la police en tort et ne pas se tromper de combat».

L’Observatoire des violences policières, Police Watch, dénonce de son côté qu'il est légalement impossible d'analyser quantitativement le problème du racisme au sein des forces de police.

«Je vous avoue être dans l’incapacité de vous répondre parce que je n’ai pas tous les éléments à ce sujet. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a un problème par rapport à certaines méthodes, mais pas de racisme globalisé au sein de la police. Il faut éclairer cette situation et que l’état-major de la police prenne des dispositions pour ce genre de choses ne se produise plus».

Êtes-vous optimiste vis-à-vis de l’avenir sur la problématique du racisme?

«À titre personnel, je pense qu’on n’a pas le temps d’être pessimiste et qu’il faut toujours mener ce combat contre le racisme. Mais quand on voit des messages racistes comme ces derniers jours, on se dit qu’on est passé à côté de quelque chose. Il est temps de se ressaisir parce que je pense que l’on est à nouveau au pied d’un mur. Par exemple, encore aujourd’hui, moi qui a des origines espagnoles, j’entends à nouveau que l’on m’appelle le "bouffeur de paëlla". Quand c’est dit avec humour par des amis, ça va, mais quand il y a des intentions malsaines derrière, c’est choquant. On est dans un climat puant».

Si vous aviez un message personnel à faire passer à Pierre Kompany, quel serait-il?

«Je pense qu’il faut beaucoup de courage. Il faut savoir se redresser immédiatement et continuer la route de la tolérance et de la bienveillance avec les autres. C’est compliqué lorsque l’on reçoit des coups sur la gueule comme l’a eu Pierre Kompany, c’est très dur. S’il est résistant, c’est dur pour d’autres personnes victimes de racisme qui ont moins de force pour rebondir. C’est aussi dans cette perspective que se situe la plainte: quand il y a du racisme, c’est toute la société qui est attaquée. Le but est de dire stop pour construire un monde un peu plus vivable».

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