« 365 DNI », le thriller érotique polonais qui tache...

365 DNI sur Netflix
365 DNI sur Netflix
Teaser

Le film qui fait un carton sur Netflix est sujet à controverse. Beaucoup y voient une romantisation de la culture du viol. Résumons...

De quoi s'agit-il ?

En gros, 365 DNI (365 jours, en français) est un 50 Shades of Grey polonais. Un thriller érotique basé sur une trilogie de livres écrits par l'autrice Blanka Lipinska qui se décrit elle-même comme la E.L. James polonaise. Son adaptation au cinéma (par Barbara Bialoas et Tomasz Mandes) a attiré un million et demi de personnes en Pologne en février dernier. Devant ces chiffres, Netflix a acheté l'affaire pour la diffuser à l'international. Depuis une semaine, le film est dans le top 10 de la plateforme partout dans le monde. Numéro 4 en Belgique à l'heure actuelle.

Ca parle de quoi ?

De sexe. Ou plutôt, des fantasmes sexuels de son autrice. A savoir se faire kidnapper par un mafieux italien dans un palace pendant 365 jours, le temps qu'elle tombe amoureuse de lui. L'Italien en question, stéréotype du mâle alpha, est dangereux, mysogyne et taillé dans le roc. Mais il la désire tant qu'il lui laisse faire le premier pas – son côté gentleman en somme. La tension est à son comble à chaque rencontre dénudée et dès que retentissent les notes d'un soft rock pompeux à la Nickelback, vous savez que quelque chose de torride va avoir lieu...

Et à part de sexe, ça parle de quoi ?

C'est un peu le problème. A premier abord, on a envie de dire : rien. Pour comprendre, il faut imaginer un long clip de Nickelback sur YouPorn... Mais si on s'attarde un peu sur l'histoire... Enfin, sur le scénario... Ou plutôt sur ce qui sert d'arc narratif, dirons-nous, et bien, c'est problématique. Les questions d'ordre éthique, morale ou simplement politique se posent. Le pitch lui-même pose question : un mafieux italien enlève et séquestre une femme pendant 365 jours pour qu'elle tombe amoureuse de lui. Evidemment, à regarder, on ne voit que le ciel bleu, l'eau azur et les ébats érotiques sur le yacht, mais dit crument comme ça...

Concrètement, quel est le problème ?

Pour beaucoup, le film romantise la culture du viol. Avec en son centre, l'excuse classique : « Si, après coup, ça lui a plu, ce n'est pas du viol ». Un postulat qui est acté dès les premières minutes quand une hôtesse de l'air se relève, le make-up défait, mais le sourire aux lèvres d'avoir été forcée de faire une fellation à l'apollon italien... Il y a ça et le syndrome de Stockholm, lui aussi romantisé, qui veut que la personne kidnappée tombe amoureuse de son kidnappeur.

En fait, tout pose problème dans ce film quand on veut bien regarder au-delà de sa médiocrité cinématographique et de nos pulsions sexuelles: le stéréotype du mâle alpha hyper machiste, de la victime consentante, le rôle subalterne mi-victime, mi-aguicheuse de la femme comme objet de désir absolu, bref, c'est comme si on était revenu trente ans en arrière dans la représentation des genres au cinéma.

Alors, pourquoi le film cartonne ?

Pourquoi 50 Shades of Grey a-t-il cartonné ? Un mot, quatre lettres : sexe. Notons tout de même que les critiques polonais ont tout fait pour empêcher les gens d'aller le voir... Tout comme les critiques internationaux n'ont pas pu empêcher le carton 50 Shades...

Qu'est-ce qui cloche avec la Pologne ?

Sans vouloir faire de raccourcis qui n'ont pas lieu d'être (après tout, chacun ses fantasmes...), profitons de cette plateforme et de ce hit polonais pour dire deux mots de la situation politique et du statut des femmes en Pologne. Là-bas, c'est-à-dire chez nous, dans l'Union européenne, depuis le retour au pouvoir du parti chrétien-conservateur qu'est le PiS, les femmes doivent se battre pour pouvoir disposer librement de leur corps. Chaque année, le gouvernement (qui a quasiment les pleins pouvoirs) rend le droit à l'avortement plus difficile avec un projet de loi intitulé « Halte à l'avortement ». Projet de loi qui, comme son nom l'indique, a l'ambition, étape par étape, d'interdire purement et simplement l'avortement. Durant la crise du Covid-19 en mars dernier, les femmes polonaises ont défilé dans les rues pour contester une nouvelle version de ce projet de loi. Lequel a été gelé... jusqu'à la prochaine tentative. Selon la féministe et membre du parti Gauche Unie Barbara Nowacka, « ce que le gouvernement veut, c'est promouvoir la famille traditionnelle avec les femmes au foyer ».

D'accord, mais revenons au film : y aura-t-il une suite ?

Ah, ça ! Vous ne perdez pas le nord, vous ! Rassurez-vous, évidemment qu'il y aura une suite ! A partir du moment où il est basé sur une trilogie et qu'il fait un buzz mondial, pourquoi ce gêner ? Business is business !

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