La précarité des jeunes: une tendance à long terme

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Les moins de 25 ans sont la classe d’âge accusant la plus forte hausse de demandeurs d’emplois. Leur situation devrait encore s’aggraver ces prochains mois et l’université de Gand pointe même une précarisation sur dix ans des jeunes lors des périodes de crise.

Les chiffres confirment les craintes. Par rapport à mai 2019, le mois de mai 2020 a vu selon le Forem une augmentation de 14,8% des demandeurs d’emploi chez les moins de 25 ans (7,9% à Bruxelles selon Actiris), soit bien plus que pour toutes les autres classes d’âge. Autre indice de la gravité de la situation: les jeunes en stage d’insertion ont connu pour ce même mois une augmentation de 33% à Bruxelles et 21% en Wallonie.

Mais ceci ne devrait être qu’un début et la crise est appelée à être sans pitié pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail, avec des conséquences sur le long terme. Les agences pour l’emploi tentent de leur côté de nouvelles stratégies pour limiter la casse.

Un premier bilan déjà catastrophique

Comme pour l’épidémie, on parle ici d’une première vague visible de chômage chez les jeunes. Il est prévu que d’autres éléments révèlent au cours de cet été un désastre encore plus grand que celui annoncé aujourd’hui. «À Bruxelles, on a compté près 109.000 personnes en chômage temporaire, dont une partie sera licenciée. Puisque ce chômage s’étend jusqu’à fin août, il faudra attendre ce moment-là pour avoir une idée plus précise sur l’impact de la crise», remarque Jan Gatz, porte-parole d’Actiris. «Or les jeunes employés sont plus facilement licenciés. Mais on ne sait pas à quelle vitesse cela va se produire ni son ampleur, même si cela devrait être impressionnant». C’est un phénomène qui est d’ailleurs déjà bien visible dans l’horeca et l’évènementiel.

Mais ça, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Les jeunes sont nombreux à ne pas avoir encore d’emplois, donc ils ne se retrouvent pas dans ces statistiques de chômage temporaire. Cela dit, l’explosion du nombre de moins de 25 ans en insertion professionnelle montre que la situation est grave. Et c’est sans compter sur une deuxième vague d’inscriptions qui n’arrivera qu’après l’été, lorsque ceux en chômage temporaire s’ajouteront aux premiers.

Souffrir de la crise pendant dix ans

Quant à estimer si les vagues à venir seront plus ou moins importantes que celle actuelle, Jan Gatz ne peut pas faire de prévisions. Tout dépendra de l’ampleur de la reprise et du contexte économique international. «Mais si l’on voit les premiers effets, il est certain que cela est amené à empirer», dit-il.

Comme si ce n’était pas suffisant, les jeunes devraient subir les difficultés actuelles sur le long terme. C’est ce que révèle une étude de l’université de Gand réalisée par Bart Cockx qui montre que les jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi en temps de crise en ressentent les effets pendant au mois dix ans avec des revenus inférieurs de 6% par rapport aux autres travailleurs. Cela est dû au fait qu’ils prennent des emplois sous leurs niveaux de diplôme à cause de la récession, accumulant ainsi une expérience en décalage avec leurs formations. Quant aux moins qualifiés, les conséquences se font plus ressentir en nombre de jours de chômage. Le chercheur rappelle aussi sur la RTBF que son étude se base sur une «crise normale». Selon lui, celle actuelle devrait être encore pire.

Des pistes de solutions

La question maintenant est de savoir comment réagir face à un tel désastre pour les jeunes. Comme le relaie la télévision publique, Bruno Van der Linden, professeur à l’UCLouvain, fait remarquer que «des subventions à l’embauche pendant un an ou deux, ciblées, en récession, sur des personnes avec des scolarités vraiment faibles, jouent un rôle positif. Si on utilise la même recette pour des scolarités supérieures par contre, l’effet favorable tend vraiment à diminuer, voire à disparaître», ceux-ci finissant par avoir de toute façon assez d’opportunités.

«Plus généralement, certains atouts permettent de mieux s’en sortir : avoir un diplôme du supérieur, des connaissances linguistiques ou dans l’électronique, des expériences de volontariat ou des jobs d’étudiant. Ceux qui ne se retrouvent pas dans ces critères sont plus fragilisés et on ne peut que leur suggérer de faire en sorte de cocher ces cases. Pour les réorientations, la liste des métiers en pénurie est une bonne source d’inspiration. Et dans tous les cas, élargir ses horizons n’est jamais une mauvaise idée», conseille Jan Gatz.

Enfin, les agences pour l’emploi ont mis en place des stratégies pour réagir à la crise. Au Forem, 70 conseillers ont été mobilisés pour répondre en 48h aux demandeurs d’emploi. Actiris a de son côté mis en place deux outils: My Actiris pour chercher de manière autonome des emplois en ligne en mettant ses compétences en avant, et My Select Actiris pour les employeurs. Cela permet de faciliter les contacts entre ces deux groupes tout en respectant la distanciation sociale. «Et il y a toujours la garantie jeunes qui consiste à proposer un stage dans les six mois après inscription», rappelle Jan Gatz. «Mais pour cela, il faut avoir assez de places et c’est pourquoi on invite tous les employeurs à nous transmettre leurs offres d’emploi et de stages pour pouvoir les transmettre aux jeunes. Il faudra donc travailler des deux côtés».

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