Le centre de prévention du suicide inquiet: «la crise provoque une augmentation du risque»

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Le coronavirus ne devrait pas aider le taux de suicide à diminuer alors qu’il est déjà en Belgique l’un des plus élevés en Europe. Le centre de prévention du suicide (CPS) a renforcé son dispositif d’aide en conséquence.

En temps normal, les chiffres sont déjà affolants. En Belgique, environ 2.000 personnes se suicident chaque année, autrement dit six par jour. Au total, 40.000 tentent un passage à l’acte. Cela place le plat pays parmi le top 5 des États européens les plus touchés selon les dernières statistiques de l’OMS datant de 2016.

Or, la crise sanitaire représente un cocktail explosif qui cumule tous les risques pour que ce taux monte encore plus haut. Le CPS a même créé deux numéros d’aide pour y faire face : un pour l’accompagnement psychologique des personnes endeuillées durant la crise (0800 20 220) et un pour les personnes isolées ou proches des malades (0800 20 440). Après plusieurs mois, le constat n’est pas rassurant.

Des problèmes à perte de vue

Le CPS a relevé deux effets de l’arrivée du coronavirus. Cela révèle les fragilités préexistantes mais amplifie aussi les difficultés déjà présentes auparavant. Une telle situation semble inédite et sans pareille. «Par rapport à la crise de 2008, il y a l’aspect financier qui est commun mais ici, c’est encore plus compliqué puisqu’il y a un aspect social supplémentaire», constate Dobrina Ivanova, psychologue du CPS. «Si les difficultés économiques peuvent déjà aboutir à une fragilisation critique, il y a eu en plus ici un manque de contacts sociaux et certains se sont retrouvés sans aides. Le stress professionnel est aussi important, comme pour les médecins et infirmières. Toutes les classes d’âge sont touchées, avec un accent particulier sur les personnes en précarité socio-économique, que ce soient pour les jeunes en détresse ou les personnes âgées isolées qui ont eu moins de soins à cause de service sanitaires saturés».

De manière générale, les facteurs de risque de suicide sont nombreux avec cette crise sanitaire. Cela se fait ressentir avec une anxiété particulièrement forte, notamment provoquée par l’isolement et la solitude dus au confinement mais il n’y a pas que ça. «Il y a aussi les incertitudes face à l’avenir (durée de la crise, impératifs sanitaires, stress financier et difficultés par rapport au travail à domicile). L’aggravation des situations familiales avec des conflits aigus est aussi anxiogène. En parallèle, toute une partie de la population a subi la perte de personnes chères avec un manque de rituel funéraire du au Covid-19. Enfin, il y a une perte des repères préétablis», énumère Dobrina Ivanova.

Un impact certain mais encore difficile à appréhender

Selon un premier bilan, les résultats sont contrastés, comme le fait savoir le Soir. D’une part, Nicolas Miest, psychologue au CPS, fait savoir que «les appels sur la ligne d’écoute ont été plus nombreux et de nature plus intense pendant le confinement». De l’autre, Florence Ringlet, directrice thérapeutique du centre de prévention wallon «Un Pass dans l’Impasse», note qu’il y a eu moins de consultations et de nouvelles demandes de suivi, tout simplement parce qu’une partie des patients attendaient le déconfinement pour passer à l’acte.

Quant à savoir comment toutes ces difficultés vont influer le taux de suicide, Dobrina Ivanova se veut «très prudente». Il lui est impossible de dire en l’état des choses ce qu’il en sera réellement vu que le déconfinement vient à peine d’avoir lieu. «Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il y a une augmentation du risque suicidaire», dit-elle. «Nous sommes très prudents par rapport aux chiffres. De manière générale, ils sous-estiment le nombre réel de suicides. Un certain nombre ne sont répertoriés comme tel et sont inclus dans les statistiques concernant les accidents mortels de la route, accidents du travail ou équivalents suicidaires», précise Déborah Deseck, chargée de communication au CPS.

Écouter pour mieux agir

En attendant un bilan plus précis, hors de question de rester les bras croisés. Le CPS tient à rappeler qu’il est présent en toute circonstance, et ce d’autant plus avec les numéros spéciaux cités ci-dessus. «On fait nos consultations par téléphone ou en présentiel lorsque cela est possible. Mais l’essentiel est de se tenir disponible», affirme Dobrina Ivanova.

Celle-ci rappelle aussi pour tout à chacun les gestes qui sauvent: «Il faut rester en contact avec ceux qui donnent des signes d’alerte et leur proposer de parler à une personne de contact, que ce soit via notre ligne d’écoute ou avec un psychologue. Ce qu’il est aussi possible de faire lorsque l’on est inquiet pour quelqu’un, c’est de prendre contact soi-même pour avoir des conseils afin de mieux communiquer avec la personne en difficulté, avec son accord bien sûr. C’est important de ne pas la laisser dans une logique autodestructrice».

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