En Belgique est-on vraiment plus taxé qu'ailleurs ?

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La réputation de notre pays est largement répandue : on paie beaucoup d'impôts. Cette croyance populaire est (un peu) à nuancer. Chez nos voisins, certaines taxes sont des dépenses privées... 

Chaque année au moment de remplir ou vérifier sa déclaration fiscale, on peut s'empêcher de serrer les dents et de se dire : si seulement on vivait dans un autre pays, voire dans un paradis fiscal, on n'aurait pas à reverser une si grande partie de notre argent si durement gagné à l'État belge. Le rapport sur la taxation des salaires de l'OCDE confirme : la Belgique est effectivement l'un des pays les plus taxés du monde occidental. Et même, en 2019, LE plus taxé, devant l'Allemagne, l'Italie et la France. Ce rapport considère l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales paient par les employés et les employeurs. La Belgique serait le seul pays à franchir la barre de 50 % d'impôts sur les salaires…

Un œil chez le voisin

Après avoir râlé un bon coup, il est important de relativiser un peu. D'abord, ce classement ne tient pas compte de certains indicateurs comme les avantages fiscaux ou en nature, comme un véhicule de société ou des chèques-repas. Une autre étude menée par Eurostat considère que la Belgique est le second pays le plus imposé d'Europe, derrière la France et devant le Danemark. Cela malgré le fait que le tax shift a légèrement diminué la pression fiscale l'année dernière. Ainsi en Belgique, le total des impôts représenterait pour l'année 2008, derniers chiffres calculés par Eurostat, 45 % du produit intérieur brut. La moyenne européenne est de 40 %. La Belgique est donc bien plus taxée que ses voisins, même si la différence n'est pas aussi importante qu'on le pense parfois.

Le professeur de fiscalité à l'UCLouvain Edoardo Traversa commente : "Ce qui obsède la population c'est de savoir si elle paie plus ou moins que son voisin. D'accord, on a le sentiment de trop payer. Mais on le dirait qu'on paie 5 ou 100 % d'impôt. Si mon voisin paie moins, alors on paie trop. Pour résoudre ce problème, une solution est de construire un système fiscal plus transparent dans le but de justifier certaines différences. Selon moi, certaines différences ne se justifient pas. Comment se fait-il que selon le type de rémunération que j'ai, alors que je gagne la même chose que mon voisin mais peut-être sous forme de plan de pension, la taxation soit à ce point différente ? Ce n'est pas compréhensible. Cela mine la légitimité du système."

À l'étranger, certains impôts sont des dépenses privées

Dire qu'on paie trop d'impôts est en effet un discours simpliste. Le tout est de savoir ce qu'on paie, pour ne pas comparer des pommes et des poires. Notre expert donne un exemple : la Suisse. La pression fiscale y est moins élevée. "En termes de pension ou de soins de santé, ils ont fait le choix de plus s'appuyer sur le privé. Du coup, des dépenses liées à ces secteurs n'apparaissent pas comme des prélèvements d'impôts obligatoires. Mais ça reste des dépenses de ménages, précise-t-il avant de terminer : il faut savoir que l'argent qui est payé ne disparaît pas. L'État redistribue – bien ou mal on peut discuter – plus que ce qu'il prélève. Pour 100 euros prélevés comme impôt, il y en a 105 ou 110 réinjectés dans la société belge. Il y a donc un déficit. Le passage par l'État fait en sorte qu'il y ait plus d'argent réinjecté. La question est la suivante : est-ce que cette redistribution est efficace ? C'est aussi une question de discours politique et de transparence. Ok, 10 % du PIB part dans les dépenses de santé. Mais à qui va l'argent ? Aux pharmas pour le remboursement de médicament ? Aux hôpitaux ? Aux personnels soignants et infirmiers et médecins ? Ça change évidemment tout."

Pour en savoir plus, lisez notre dossier "Les impôts vont augmenter". Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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