Comment garder ses distances sans vexer ses proches

Pexels
Pexels
Teaser

À l'heure du déconfinement, alors que les contacts physiques sont toujours à bannir, tout le monde n’applique pas les règles avec la même rigueur. Pourquoi un tel relâchement et comment réagir face à un proche qui ne garde pas ses distances?

« Bise ? Pas bise? » C'est l'une des premières questions que l'on se pose dorénavant lors de retrouvailles entre amis. Depuis que le Covid-19 s'est invité à la table, nos codes sociaux sont fortement perturbés. Debout près de la porte, la salutation de loin, avec un simple signe de la main, n'a rien de naturel. Le sourire à pleine dents pour compenser n'y changera rien. Privés de contacts sociaux pendant plusieurs semaines, certains ne résistent pas longtemps à la tentation. « Si on peut être dans un bus bondé avec des inconnus, je peux faire un câlin à un ami, non? » Pour d'autres, depuis qu'il est devenu potentiellement mortel de s'approcher les uns des autres, la prudence reste de mise. Quitte à créer un certain malaise. « Ah, tu ne fais pas encore la bise? »

À l'heure où le déconfinement laisse toujours plus de place à la libre interprétation des mesures sanitaires, la pandémie semble avoir divisé la société: ceux qui prennent les règles avec désinvolture et ceux qui mettent toujours un soin rigoureux à les appliquer. Ceux qui se la jouent cool et ceux qui passent pour des rabat-joies. Comment peut-on alors refuser la bise ou une accolade, sans pour autant froisser ses proches?

Une main tendue

© Pexels

Des arguments positifs

« Pour l'instant, il y a une pression sociale qui est l'inverse de celle souhaitée par les autorités », observe Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l'UCL. « Je compare cela à toutes les fois où vous êtes devant des personnes qui vous incitent à sortir de la ligne de conduite que vous vous êtes fixés », ajoute-t-il évoquant par exemple la première cigarette tendue à un préadolescent. « C'est vraiment très compliqué, parce qu'on a besoin de bons arguments pour pouvoir résister à cette pression sociale. » Dans ce cas-ci, il conseille d'utiliser des arguments positifs, plutôt qu'un ton moralisateur et anxiogène. « Chacun doit pouvoir respecter ses convictions », explique Vincent Yzerbyt. Si vous n'avez pas envie de donner la bise, et que vous voulez éviter ce type de contacts, vous devez pouvoir dire non. « Je respecte parfaitement ce que tu fais, mais je peux ne pas être d'accord avec ça. Si je ne te donne pas la bise, dans mon esprit en tout cas, c'est pour ton bien », argumente le professeur.

Voyons le bon côté des choses: cette situation post-confinement peut aussi être bénéfique. Elle permet d'échapper aux lèvres de certaines connaissances, qui s'entêtaient à venir déposer un peu de salive sur nos joues crispées. En tout cas, ce débat autour de la bise déconfinée aura eu le mérite de nous (ré)apprendre, à toutes et à tous, les bases du consentement et de montrer l'absurdité du fameux bisou forcé chez les enfants.

La responsabilité des autorités

Vincent Yzerbyt souligne toutefois que la solution n'est pas seulement « dans une posture individuelle ». Il convient aussi aux autorités de « clarifier les choses et de mettre de l'ordre dans les injonctions ». Si le relâchement du respect des règles sanitaires est de plus en plus visible en Belgique, c'est parce que celles-ci nous paraissent parfois peu claires, incohérentes, voire contradictoires. Après la réouverture des frontières et la reprise des aéroports, par exemple, la présidente du groupe d'experts en charge du déconfinement Erika Vlieghe avait déconseillé de partir en vacances en avion.

Résultat: cette confusion nous pousse à nous tourner vers les autres pour savoir comment agir. « Quand on voit les rassemblements à la télévision, c'est très difficile de continuer à appliquer les consignes de manière stricte », regrette le professeur. La politique du port du masque ayant fait l'objet de multiples contradictions, les citoyens sont aujourd'hui de moins en moins masqués. « L'interprétation s'en trouve difficile. Est-ce que quelqu'un qui ne porte pas le masque est négligent? Celui qui le porte, est-il malade, et donc faut-il s'en méfier? » Vincent Yzerbyt appelle ainsi les autorités, mais aussi les médias, à inscrire le port du masque dans une « logique de bienveillance », plutôt que dans cette « logique de suspicion ». Ceci est valable pour tous les gestes barrières, ou devrait-on dire « gestes protecteurs » ?

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection