La pandémie aggrave les inégalités scolaires dans le monde

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Dans son dernier rapport, l’Unesco sonne l’alerte: la pandémie, qui a généré des perturbations sans précédent dans l’éducation, pourrait fragiliser encore plus les publics les plus frappés par les inégalités. Principales victimes: les plus pauvres, les jeunes filles et les personnes handicapées.

« Les expériences du passé – comme avec Ebola – ont montré que les crises sanitaires pouvaient laisser un grand nombre de personnes sur le bord du chemin, en particulier les filles les plus pauvres, dont beaucoup risquent de ne jamais retourner à l’école », écrit Audrey Azoulay, directrice de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) dans l’avant-propos du rapport « Inclusion et éducation-Tous, sans exception ». Dans l’édition 2020 de ce rapport mondial sur l’éducation- publié ce 23 juin- l’Unesco prévient : les perturbations générées par la pandémie de Covid-19 menacent d’aggraver les inégalités scolaires et de frapper plus durement des publics déjà fragilisés : populations les plus pauvres, jeunes filles ou personnes handicapées.

Comme le rappellent les auteurs du rapport, 258 millions de jeunes n’avaient pas accès à l’éducation en 2018, soit 17% de ceux en âge d’être scolarisés. Parmi ces exclus, nombres de fillettes ou de jeunes filles, écartées de l’école en raison de multiples facteurs comme la violence ou le harcèlement sexuel dans leurs écoles ou leurs communautés, les mariages forcés, les frais de scolarité trop élevés ou encore la discrimination sexiste. Dans au moins vingt pays, situés pour la plupart en Afrique subsaharienne, « pratiquement aucune jeune femme pauvre de milieu rural ne mène ses études secondaires à leur terme » relève l’Unesco.

Dépassant pour la première fois l’Asie centrale et du Sud, c’est en Afrique subsaharienne que l’on dénombrait le plus grand nombre de jeunes non scolarisés. Si l’accès au niveau primaire y était relativement important-19% des enfants en étaient privés- pour l’enseignement secondaire la situation était autrement plus interpellante : 37% des collégiens et 58% des lycéens potentiels étaient privés de scolarité.

1,6 milliards d’apprenants touchés

On pouvait s’en douter, le passage du coronavirus n’a en rien amélioré la situation. « Les réponses à la crise de la Covid-19, qui a touché 1,6 milliard d’apprenants, n’ont pas accordé une attention suffisante à l’inclusion de tous les apprenants », pointe le rapport. Un peu partout sur la planète, les processus éducatifs ont dû être adaptés au confinement ; l’apprentissage en ligne, qui a fait figure de roue de secours, a alors un peu plus révélé les fractures technologiques et numériques frappant les populations les plus défavorisées. Ainsi, seuls 12% des ménages des pays les moins avancés ont accès à Internet à domicile.

Des solutions, comme la diffusion de programmes éducatifs via la télévision ou la radio n’ont pas pu toujours remédier à ce manque. « Parmi les 20% de ménages les plus pauvres, seuls 7% disposent d’une radio en Éthiopie et aucun n’a de télévision », soulignent à titre d’exemple les auteurs. Les enfants des populations les plus défavorisées ont également davantage souffert des conséquences économiques du confinement : en Équateur notamment, les jeunes les plus pauvres ont dû davantage assister leurs parents et réaliser plus de tâches ménagères comparativement à leurs camarades des couches plus aisées. Comme nous vous l’expliquions, la fermeture des écoles a pu également pousser de trop nombreux enfants au travail contraint, pour assurer la survie économique des familles.

Les pays développés pas épargnés

Globalement, c’est environ 40% des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur qui n’ont pas réussi à soutenir « les apprenants menacés d’exclusion ». Pour autant, la continuité de l’enseignement a pu également poser problème dans les pays riches. « En France, jusqu’à 8 % des élèves ont perdu le contact avec les enseignants après trois semaines de confinement », indique l’Unesco. Chez nous aussi, l’interruption puis la reprise progressive des cours en présentiel ont soulevé la crainte de voir décrocher une partie des élèves. Avec le risque de renforcer des inégalités scolaires, qui, si elles sont sans commune mesure avec les pays les moins développés, restent néanmoins prégnantes. Dans son enquête PISA 2018, l’OCDE classait ainsi la Fédération Wallonie-Bruxelles comme une mauvaise élève, et pointait son système éducatif comme un de ceux où les inégalités basées sur l’origine sociale sont les plus prononcées des pays développés.

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