Comment le boycott de Donald Trump s'organise

Un supporter de Trump entouré de sièges vides pour le premier meeting post-coronavirus du président américain. - BELGA IMAGE
Un supporter de Trump entouré de sièges vides pour le premier meeting post-coronavirus du président américain. - BELGA IMAGE
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Devant une salle à moitié vide, le meeting à Tulsa marque un nouvel échec pour le président américain de retour en campagne, piégé par des adolescents sur TikTok. Suffisant pour empêcher sa réélection en novembre prochain?  

Il devait signer son grand retour en campagne. Après trois mois d'interruption à cause de la pandémie de coronavirus, le meeting de Donald Trump, organisé samedi à Tulsa, en Oklahoma, fut plutôt un grand flop. Alors que le président américain annonçait « un million » d'inscriptions, il s'est finalement présenté devant une salle à moitié vide. Faute de monde, la retransmission prévue à l'extérieur pour le trop-plein de fidèles annoncé par l’équipe présidentielle a purement et simplement été annulée à la dernière minute.

L'humiliation est colossale pour le milliardaire qui fait face à des sondages en baisse, de vives critiques pour sa gestion de la crise sanitaire et des manifestations contre le racisme.  Mais comment expliquer ce bide? Le risque était pourtant faible dans ce solide bastion républicain. Pour les organisateurs, les coupables sont les médias et les manifestants « radicaux » qui auraient découragé des partisans de se rendre au meeting. Certains pointent une simple erreur de stratégie, alors que le Covid-19 continue de se propager aux États-Unis. Mais les détracteurs de Trump avancent une autre raison.

Mouvement de sabotage

« En réalité, vous vous êtes fait berner par des ados sur TikTok qui ont inondé la campagne de Trump de fausses réservations de billets et vous ont fait croire qu'un million de gens voulaient prendre part à votre "open mic" pour suprémaciste blanc », a révélé la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, en réponse au directeur de campagne du président sortant Brad Parscale.

Pour tromper les organisateurs, des comptes de fans de K-pop ont encouragé leurs abonnés à s'inscrire au meeting, sans avoir l'intention de s'y rendre, lançant un mouvement de sabotage sur les réseaux sociaux. « Le Twitter K-pop et l’Alt TikTok [une frange élitiste du réseau social, qui trolle les utilisateurs mainstream - ndlr] forment une bonne alliance pour diffuser des informations entre eux très rapidement », a expliqué au New York Times le youtubeur Elijah Daniel, qui a participé à l’opération. « Ils connaissent très bien les algorithmes et savent comment améliorer l’exposition de leurs vidéos pour obtenir ce qu’ils recherchent. » S'il est difficile de connaître l'impact exact de cette opération, le réseau social phare des adolescents prouve en tout cas qu'il est bien plus qu'un simple lieu de divertissement, mais aussi un média d'activisme politique.

Très engagées auprès du mouvement Black Lives Matter, ces communautés ont déjà fait leurs preuves auparavant, en noyant par exemple les publications étiquetées #WhiteLivesMatter et #MAGA, « Make America Great Again », dans une masse de contenus qui n'avaient absolument rien à voir avec ces hashtags. Au début du mois, des fans du groupe coréen BTS ont également lancé une cagnotte pour soutenir le mouvement anti-raciste, récoltant près d'un million de dollars en moins de 24 heures.

De nombreux obstacles avant l'élection présidentielle

En pleine crise sanitaire et économique, Trump connaît une campagne difficile, pas tant à cause de son adversaire démocrate Joe Biden que par ses propres actions. Comme en 2016, le Républicain repose ses espoirs de réélection sur une stratégie numérique, via un ciblage publicitaire agressif et précis. Mais celle-ci semble avoir atteint ses limites, non seulement avec le fiasco de Tulsa, mais aussi avec la récente prise de position des réseaux sociaux. En conflit avec le président, Twitter n'a pas exclu de suspendre son compte s'il continuait à publier des messages incendiaires enfreignant le règlement de la plateforme, tandis que Snapchat, autre réseau social prisé des adolescents, a annoncé début juin qu'il ne ferait désormais plus la promotion de ses publications. Facebook reste quant à lui encore silencieux, malgré les nombreuses critiques.

Cette rébellion tombe mal pour le candidat qui doit également faire face à deux livres explosifs. L'un sur les coulisses de sa présidence, par son ex-conseiller John Bolton, l'autre sur ses secrets de famille, par sa propre nièce Mary Trump. Too Much and Never Enough: How My Family Created the World’s Most Dangerous Man (« Trop et jamais assez : comment ma famille a créé l’homme le plus dangereux du monde » en français), sortira le 28 juillet, soit trois mois avant l'élection présidentielle.

Dans une tribune pour CNN, la chroniqueuse politique Frida Ghitis affirme que le président est en chute libre et pointe ses récentes défaites. « Si Tulsa devait panser les plaies de Trump et le propulser sur le chemin de la victoire, il n’a rien accompli de la sorte. Trump n'est pas encore fichu, mais il est assurément mal en point. »

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