Les brasseurs belges en pleine convalescence

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Le lockdown a provoqué une chute d’environ 50% du volume de bière et les pertes dues à la crise vont se faire ressentir pendant des mois, voire jusqu'à fin 2021. La poursuite de l’épidémie va être cruciale pour déterminer quels brasseurs seront plus ou moins impactés.

Comment imaginer la Belgique sans sa bière? Ce fleuron de la production nationale fait la fierté du pays, mais aujourd’hui il est temps de constater les dégâts de la crise. Entre janvier et mai 2020, la Fédération des brasseurs belges relève une chute de 30% du volume de bière vendu, voire 50% de mars à mai. Près de 35% des producteurs ont dû cesser leurs activités et si la majeure partie a repris le boulot avec le retour de l’horeca, la situation reste tendue.

Le nombre de clients en terrasse scruté de près

Si le déconfinement de l’horeca est si important, c’est qu’il représente l’un des deux secteurs clés pour les ventes des brasseurs belges. Des chiffres qui permettent d’expliquer en bonne partie cette baisse de 50% pendant le lockdown. «L’horeca représente 42% de la consommation de bière en Belgique et les 58% restants viennent de la grande distribution. De ce fait, en mars, presque la moitié du marché est tombé d’un coup», explique Jean-Louis Van de Perre, président de la Fédération des brasseurs belges.

Avec le déconfinement, cette moitié du marché est revenue, mais en partie seulement. La distanciation sociale, la peur du virus et surtout l’absence de touristes étrangers limite la reprise et donc la vente de bières, même si Jean-Louis Van de Perre note une différence selon les régions. «Si on se promène à Namur, à Gand ou à la côte, il y a encore du monde en terrasse, mais ce n’est pas le cas sur la Grand-Place de Bruxelles, encore sans touristes», dit-il, même si globalement, le retour de l’horeca représente un bon bol d’air pour les brasseurs.

Les ventes dans la grande distribution épargnées mais pas intactes

Après l’horeca, il faut aussi prendre en compte les 58% de ventes qui restent, faites en magasin. Au vu des bonnes performances des enseignes comme Colryut, on pourrait croire que les brasseurs ont pu compenser les pertes de l’horeca par des ventes plus importantes dans la grande distribution, or ce n’est pas tout à fait juste. «On a noté jusque fin mai une baisse de 6% dans les magasins de détail, donc il n’y a certainement pas d’effet de compensation chez nous. Dans le détail, il y a eu moins de consommation de pils mais plus de bières spéciales et de bières sans alcool», relève le président de la Fédération des brasseurs belges.

Évidemment, la poursuite de la grande distribution a permis au secteur de tenir le coup, mais toutes les brasseries ne sont pas sur le même pied d’égalité. «Certaines sont plus touchées que d’autres par la crise en fonction du pourcentage d’activité dans l’horeca par rapport à la grande distribution. Celles qui dépendent surtout du premier secteur sont plus impactées», explique Xavier Pirlot, directeur général des Bières de Chimay. «Quant à nous, si on a été assez affecté depuis mars, Chimay a la chance d’être une marque forte et de refuge», se réjouit-il, son entreprise ayant l’avantage d’être présente sur les deux marchés.

Les exportations: le dernier coup de massue

Parler de l’importance de l’horeca et de la grande distribution, c’est une chose, mais cela se limite aux affaires réalisées en Belgique et ce serait oublier un filon qui représente 72% des ventes totales: l’exportation. La Belgique est reconnue pour ses bières et puisque la crise sanitaire est mondiale, les brasseurs sont aussi pénalisés de ce côté-là.

Pour le coup, les grandes entreprises comme AB InBev sont particulièrement concernées mais aussi celles de taille moyenne comme Chimay. «Dans les pays où Chimay est fortement impliquée dans l’horeca, on est plus touché», constate Xavier Pirlot. Évidemment, les brasseries qui exportent beaucoup vers les Amériques, où le virus est encore fort présent, sont encore très touchées aujourd’hui, mais les ventes se font aussi timides en Asie.

Alors après cela, quel bilan? Jean-Louis Van de Perre n’a pour l’instant pas noté de faillite au sein de sa fédération qui représente 90% des brasseries de Belgique, mais certaines, surtout les petites qui n’ont pas de réserves financières et celles qui accumulent les dettes, sont en difficulté. Des aides de chômage technique existent mais cela ne couvre que très partiellement les pertes. À Chimay, où il n’y a eu qu’un ralentissement de l’activité et donc pas d’aides, Xavier Pirlot estime que les conséquences de la crise se feront sentir jusque mi-2021, voire fin 2021.

«Le redémarrage va prendre des mois», confirme Jean-Louis Van de Perre, «mais s’il y a un nouveau lockdown, nous aurons de très gros problèmes. Et même sans cela, on pâtit de l’absence de festivals, d’événements sportifs, de fêtes de village, de braderies… La bière fait partie de notre culture. On espère que beaucoup de personnes vont passer leurs vacances en Belgique et que le beau temps qui s’annonce restera le plus longtemps possible».

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