« Pleins les bottes » : les agriculteurs wallons demandent plus de moyens à l’Europe

©belgaimage-165260073-full
©belgaimage-165260073-full
Teaser

Alors que les 27 discutent ce vendredi du plan de relance de l’Union européenne, des agriculteurs ont déposé leurs bottes un peu partout en Wallonie. Une action symbolique, pour exprimer leur désarroi devant la diminution des moyens alloués à la politique agricole commune (PAC).

« J’en ai plein les bottes ! » ou « l’Europe ne nous écoute pas », pouvait-on lire ce vendredi midi un peu partout en Wallonie. À l’appel de la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), des petits (crise sanitaire oblige) groupes d’agriculteurs ont manifesté à Corbais, Libramont ou encore Mons. À Gembloux, une vingtaine d’entre eux ont suspendu leurs bottes à un tractopelle. Des actions symboliques, pour exprimer le désarroi du monde agricole et envoyer un message à l’Europe. C’est en effet ce 19 juin que les chefs d’États des 27 se réunissent en visio-conférence, pour discuter du plan européen de relance post-coronavirus et du budget 2021-2027 de l’Union. Avec pour les agriculteurs, un enjeu majeur : la révision des moyens alloués à la politique agricole commune (PAC).

Pour soutenir la compétitivité de ses agriculteurs sur les marchés mondiaux (notamment en maintenant des prix de vente assez bas tout en garantissant un soutien financier aux producteurs) ou pour les prémunir face aux risques inhérents de leur activité (pertes de récoltes, fluctuations du marché, etc.) l’UE consacre en effet 30% en moyenne de ses 1.000 milliards d’euros de budget pluriannuel. Une manne conséquente, mais qui est amenée à baisser. Dans une première version du budget 2021-2027, l’enveloppe allouée à la Belgique dans le cadre de la PAC diminuait de 20%, soit une perte annuelle de 65 millions d’euros pour la Wallonie, calculait en février la FWA.

« Un très mauvais signal »

Depuis, le Covid-19 est passé par là ; dans une nouvelle mouture, la Commission européenne a présenté au moi de mai une révision à la hausse du budget de la PAC. « Cela reste insuffisant, tempère Marianne Streel, présidente de la FWA, qui évoque une diminution de 10% au niveau européen par rapport à 2014-2020. « C’est un très mauvais signal, qui va à l’encontre des ambitions affichées par l’Europe ». Sous l’impulsion d’Ursula von der Leyen, la Commission européenne a en effet mis en avant son « Green Deal » pour opérer le virage vers une société européenne décarbonée et plus respectueuse de l’environnement. Dans le secteur agricole, cela se traduit notamment par des diminutions programmées de 50% de l’utilisation des produits phytosanitaires et de 20% des fertilisants.

Une volonté que salue la FWA. « Nous sommes prêts à relever le défi d’une agriculture plus verte et plus respectueuse du bien-être animal. Au contraire. Mais il faut nous en donner les moyens. Changer les modes de production, ça coûte. Nous demander plus et baisser les budgets, c’est clairement incohérent. Surtout quand dans le même temps, l’Europe signe toute sorte d’accords commerciaux. Comment expliquer que l’on fasse venir de l’autre bout du monde du lait néo-zélandais, qui ne répond pas aux mêmes normes environnementales et sociales, alors que notre production locale pourrait sans problème suffire au marché belge ? »

Augmenter l’attractivité du métier

Pour la FWA, le Covid-19 a montré l’importance de la souveraineté alimentaire en temps de crise sanitaire. Une souveraineté qui pourrait bien être menacée à l’avenir, si l’Europe ne met pas le paquet. « En 10 ans, le nombre d’éleveurs wallons a baissé de 30%, note Marianne Streel. Sans un soutien financier plus ambitieux, j’ai bien peur que nos agriculteurs aient de plus en plus de mal à investir. Le métier, déjà difficile, va être encore moins attractif. Si on ne veut pas laisser la place aux gros investisseurs et garder une agriculture familiale, il va falloir y mettre les moyens ». Sinon ? « Il y a un moment où ça va casser ».

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection