« Inapte à gouverner » : John Bolton règle ses comptes avec Trump

©belgaimage-165221670
©belgaimage-165221670
Teaser

Dans son livre, l’ex-conseiller à la sécurité nationale charge le président américain, qui n'aurait pas hésité à demander l’aide de la Chine pour se faire réélire.

« Ceci est le livre que Donald Trump ne veut pas que vous lisiez ». Voilà comment l’éditeur de John Bolton, présente « The Room Where It Happened » ( « La pièce où ça s’est passé », Simon & Schuster, non traduit) et ses 592 pages à charge contre le président américain. Certes, la phrase a tout du slogan accrocheur. Mais l’actualité semble lui donner raison : le gouvernement américain a engagé ce mardi 16 juin une action en justice pour tenter de bloquer la parution de l’ouvrage, annoncée pour le 23 juin aux États-Unis. Vu la teneur des extraits du livre ayant fuités cette semaine dans la presse, on comprend pourquoi.

Dans son livre, celui qui occupa le poste stratégique de conseiller à la sécurité nationale d’avril 2018 à septembre 2019 mène un réquisitoire contre son ancien employeur. John Bolton accuse Donald Trump d’avoir tenté d'obtenir l’aide de la Chine pour se faire réélire en novembre 2020. Selon l’ancien diplomate, le président est obnubilé par sa réélection. « J’ai du mal à identifier toute décision importante de Trump pendant mon passage à la Maison Blanche, qui n’a pas été motivée par des calculs de réélection » a expliqué John Bolton au Wall Street Journal. Toujours selon l’ex-conseiller, c’est ce qui a poussé Trump, lors d’un sommet bilatéral avec le président chinois Xi Jinping en juin 2019, à « orienter la conversation vers la prochaine élection présidentielle américaine, faisant allusion à la capacité économique de la Chine de peser sur la campagne en cours, plaidant auprès de Xi pour s’assurer qu’il gagnera ».

Intérêts personnels et ignorance

Le locataire de la Maison Blanche aurait ainsi plaidé, en pleine guerre commerciale entre Washington et Pékin, pour l’achat par la Chine de produits agricoles américains, afin de soutenir économiquement certains États ruraux, qui constituent le socle électoral de Donald Trump. Pour John Bolton, c’est clair : « Trump a mélangé le personnel et le national, non seulement sur les questions commerciales, mais aussi dans le domaine de la sécurité nationale (…) Les conversations de Trump avec Xi reflètent non seulement les incohérences de sa politique commerciale mais aussi l’interconnexion dans l’esprit de Trump entre ses propres intérêts politiques et l’intérêt national américain ». Selon l’ancien conseiller, ceci explique la volonté du président d’intervenir, au mépris de la séparation des pouvoirs, dans des affaires préjudiciables à la Chine ou à la Turquie.

Entre autres critiques, Bolton épingle également les incompétences du milliardaire et serial twitter : celui-ci serait « inapte » à la fonction de président, ignorerait que le Royaume-Uni, pourtant un des plus proches alliés militaires de l’Oncle Sam, possède l’arme atomique, ou que la Finlande soit une nation indépendante et ne fasse pas partie de la Russie.

La barque s’alourdit

« The Room Where It Happened » est loin d’être le premier brûlot contre Donald Trump. Plusieurs journalistes, dont Bob Woodward (qui révéla le scandale du Watergate) ont déjà publié des ouvrages égratignant la figure du 45ème président des États-Unis. Un journaliste d’investigation français, Fabrizio Calvi, vient d’ailleurs de dépeindre dans son dernier livre les liens troubles qu’entretiendrait le milliardaire avec les milieux mafieux.

Mais le livre de John Bolton pourrait faire autrement plus mal. L’ex-conseiller à la sécurité nationale fut pendant plus d’un an de toutes les réunions stratégiques à la Maison Blanche ; en outre, il est difficilement taxable de sympathie démocrate, lui qui est généralement dépeint comme un des « faucons » les plus conservateurs du camp républicain et partisan d’une politique internationale plus agressive (il a notamment plaidé pour des frappes militaires préventives contre les régimes iraniens ou nord-coréens).

Fuite en avant

Pour Donald Trump, c’est donc un nouvel écueil à éviter. Après sa gestion pour le moins hasardeuse de la pandémie de Covid-19, après le vent de révolte ayant suivi la mort de George Floyd, voilà la barque du président américain qui s’alourdit encore un peu plus. S’il semble peu probable qu’à quelques mois de la Présidentielle l’establishment républicain lâche son candidat, la coque présidentielle commence à se lézarder ici et là : Colin Powell, ancien secrétaire d’État sous George W. Bush, a déjà fait savoir publiquement qu’il préférait voter pour l’adversaire démocrate, Joe Biden. La fuite en avant, et mobiliser sa base électorale, quel qu’en soit le coût: c’est sans doute la seule manière pour Trump de tenir le cap de novembre 2020.

Le président, souvent accusé par ses détracteurs de souffler sur les braises du racisme, avait initialement prévu de tenir son premier meeting post-coronavirus ce vendredi 19 juin, à Tulsa. D’aucun y ont vu une provocation et un très mauvais timing, alors qu’a lieu au même moment le « Juneteenth », qui commémore la fin de l’esclavage, et que cette ville de l’Oklahoma fut le théâtre des pires émeutes raciales de l’histoire américaine. Si Donald Trump a finalement consenti à reporter au lendemain son meeting, il a néanmoins rejeté les appels à son annulation en raison des risques de Covid-19, et a même annoncé vouloir en tripler la taille, pour accueillir 40.000 personnes.

Plus de Actu

Notre Selection