Qu'est-ce que le Juneteenth, célébré ce vendredi aux États-Unis?

BELGA IMAGE/ZUMAPRESS
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Ce 19 juin, ce « Jour de la liberté » prend une résonance toute particulière cette année, moins d'un mois après la mort de George Floyd.

Ce vendredi est une journée spéciale pour les Américains. Contraction de « juin » et « 19 » en anglais, Juneteenth fait référence à une période clé de leur histoire: l'abolition de l'esclavage. Si la Proclamation de l'Émancipation a été signée par Abraham Lincoln le 1er janvier 1863, il aura fallu attendre deux ans et demi, le 19 juin 1865, pour que 250.000 esclaves soient enfin libérés au Texas, le dernier État confédéré à l'avoir actée, après la fin de la Guerre de Sécession. C'est seulement le 6 décembre 1865, un autre date symbolique, que l'esclavage sera définitivement aboli partout aux États-Unis, avec la ratification du 13e Amendement de la Constitution américaine.

Un Juneteenth particulier

Des milliers de personnes sont attendues lors des multiples manifestations prévues de New York à Los Angeles pour le 155e anniversaire du Juneteenth. Longtemps oubliée au début du XXe siècle avant de ressurgir après le mouvement pour les droits civiques des Noirs américains dans les années 1950 et 1960, cette commémoration se déroulera cette année dans un contexte particulier. Moins d'un mois après la mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc le 25 mai dernier, une prise de conscience des discriminations subies par la communauté noire secoue les États-Unis, et l'Europe. Ce « Jour de la liberté » intervient cette année « dans un moment d'angoisse nationale extraordinaire, alors que nous pleurons les centaines de Noirs américains tués par l'injustice raciale et la brutalité policière, tels que George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et tant d'autres », a noté la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi qui, à cette occasion, a fait retirer quatre portraits de confédérés du Congrès américain.

Le portrait du confédéré James Orr, retiré du Congrès américain

© BELGA IMAGE/Graeme Jennings

Ce n'est pas (encore) un jour férié national

Si cette journée est méconnue de notre côté de l'Atlantique, aux États-Unis, elle est célébrée tous les 19 juin depuis 1866. Actuellement, 47 États et le District de Columbia observent ou célèbrent officiellement le Juneteenth, mais la date n'est pas reconnue comme un jour férié à l'échelle nationale. Et tout au long de son histoire, il a souvent été négligé par les Américains non-noirs, souligne CNN

Cette année, l'État de New York et la Virginie ont fait le choix de reconnaître cette date officiellement. « C'est un jour auquel nous devrions tous réfléchir. C'est un jour qui est particulièrement pertinent en ce moment de l'Histoire », a déclaré le gouverneur new-yorkais Andrew Cuomo. Plusieurs entreprises ont également franchi le pas ces derniers jours, dont Apple, Nike, Twitter et la National Football League, critiquée pour avoir exclu le joueur Colin Kaepernick qui avait posé son genou à terre pendant l'hymne national en soutien au mouvement Black Lives Matter en 2016.

Tollé de Donald Trump

Juneteenth a toutefois peu de chance de devenir un jour férié national sous Donald Trump. Le Républicain a d'ailleurs provoqué un tollé à propos de cette fête. Critiqué pour sa gestion de la crise et des manifestations contre le racisme, le président américain avait prévu de tenir son premier meeting de campagne à Tulsa, ce 19 juin. Mis à part la date, le choix du lieu en a choqué plus d'un puisque cette ville d'Oklahoma fut le théâtre en 1921 du plus grand massacre d'Afro-Américains, par des Blancs, dans un riche quartier noir d'affaires, incendié et totalement détruit. Organiser ce meeting dans cette ville au lourd passé raciste, lors de la commémoration du Juneteenth, « ce n’est pas seulement un clin d'œil aux suprémacistes blancs – il leur organise une fête de bienvenue », a tweeté la sénatrice Kamala Harris.

Bien que ce rassemblement a finalement été reporté, Donald Trump n'a pas réussi à apaiser les tensions, remettant de l'huile sur le feu. Avec l'égocentrisme dont lui seul a le secret, le milliardaire a affirmé dans une interview au Wall Street Journal que « personne n'avait entendu parler » de cette fête avant lui. « J'ai fait quelque chose de bien: j'ai rendu le Juneteenth très célèbre ».

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