Bob Dylan : le temps qui passe

Bob Dylan
Bob Dylan
Teaser

Entre ballades folks et blues/rock authentiques, il nous régale sur son 39e album “Rough And Rowdy Ways”.

Du printemps à la fin de l’été, il avait prévu de chanter au Japon, aux États-Unis et au Canada. Mais la pandémie l’a freiné dans sa Never Ending Tour (“la tournée qui ne s’arrête jamais”) et il en a profité pour mettre en boîte “Rough And Rowdy Ways”. Un disque copieux puisqu’il s’étend sur un double vinyle/CD dans son format physique. Soit septante minutes de musique pour dix compositions originales, les premières enregistrées par Bob Dylan depuis “Tempest” en 2012. Le Prix Nobel 2016 de la littérature vit hors du temps. À son rythme. Et avec son mode de pensée. Sortie en mars, Murder Most Foul, la chanson qui clôture “Rough And Rowdy Ways”, n’était peut-être pas celle qu’on attendait du prophète folk en cette époque corona.

Sur le mode “spoken word”, Dylan relate pendant dix-sept minutes l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy en y ajoutant des références à la culture pop des sixties et des bouts du rêve américain qui, pour beaucoup, s’est brisé à Dallas ce 22 novembre 1963. Les dylanophiles y trouveront sans doute une métaphore quelconque avec les États- Unis d’aujourd’hui. Les statisticiens retiendront que c’est sa chanson la plus longue: dix-sept minutes, soit une de plus que Highlands sur “Time Out Of Mind”. Mais c’est loin d’être la meilleure. “Rough And Rowdy Ways” est partagé entre ballades et rock. Quand il branche l’électricité, Dylan offre un son poisseux et s’amuse comme un gamin. Bien répartis sur le disque, les trois titres blues (le très Muddy Waters False Prophet, Crossing The Rubicon et Goodbye Jimmy Reed) font énormément de bien dans les oreilles.

On adore aussi la plage d’ouverture Contain Multitudes, complainte nappée de tristesse et de solitude avec un narrateur amateur de bolides et de malbouffe (“driving fast cars and eating fast-food”). Dylan y cite le poète anglais William Blake et emprunte un vers de l’Américain Walt Whitman pour le titre. Avec sa voix nasillarde, un clavier mélancolique et une guitare folk, Key West (Philosopher Pilot) nous guide vers un autre sommet de cet album illuminé également par le magistral My Own Version Of You que n’aurait pas renié Tom Waits. Au hasard d’un couplet, Dylan s’interroge. “Peut-on me dire ce que signifie vraiment la formule “être ou ne pas être”?” Une énigme existentielle qu’on vous suggère de résoudre en dégustant un bon verre de Heaven’s Door, la marque de whisky et de bourbon lancée par Dylan en 2018 en référence à son classique Knockin’ On Heaven’s Door.

★★★
ROUGH AND
ROWDY WAYS
Bob Dylan
Columbia/Sony Music

Rough and Rowdy Days

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