« Une femme » a désormais sa propre page Wikipédia

Unsplash/Erick Zajac
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Et quelle femme! Non sans humour, une page Wikipédia dénonce cette fâcheuse tendance qu'ont les médias à réduire une personnalité féminine à son genre lorsqu'elle se démarque.

Décidément, elle est vraiment partout. Dirigeante d'entreprise, astronaute, scientifique, journaliste, pasteure, cheffe étoilée et même Première ministre belge, elle fait régulièrement la Une des journaux. Personnalité ultra-polyvalente, au CV impressionnant et aux multiples distinctions, elle méritait bien une page Wikipédia à son nom. Lequel? « Une femme ».

Créée fin mai, cette page parodique dénonce en réalité la différence de traitement entre les hommes et les femmes dans les médias. Dans de nombreux titres francophones, une personnalité féminine accédant à un poste haut placé ou accomplissant un exploit est régulièrement réduite à son genre. C'est ainsi qu'« une femme » a découvert le coronavirus en 1964, qu'elle a remporté le prix Nobel d'Économie en 2009 pour ensuite se tourner vers le journalisme et devenir rédactrice en chef du grand tabloïd allemand Bild en 2016. Question vie sentimentale, depuis 1990, « une femme » serait avec « une femme », selon le groupe Mecano. On ne connaît pas sa date de naissance, mais sa page Wikipédia précise qu'elle meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint en France, dénonçant ainsi les féminicides, un fléau mondial.

Le nom de la femme en question n'est mentionné que plus loin dans l'article, montrant que le principal exploit de celle-ci est de s'être imposée dans un milieu dominé par les hommes. Elle est souvent accompagnée d'une autre expression, à savoir « pour la première fois », afin de mettre en évidence son caractère inédit. Résultat: « Une femme » est l'exception qui confirme la règle masculine. 

Faussement féministe

Pour Marine Perin, fondatrice du compte Pépite sexiste et porte-parole de l’association Prenons la une, qui milite pour une juste représentation des femmes dans les médias, « cette utilisation est très révélatrice d’un biais sexiste », confie-t-elle à Ouest France. Il est difficile en effet de s'imaginer lire un article commençant par « Un homme devient… » « Pour autant, je pense que l’intention n'est pas forcément mauvaise », ajoute la militante féministe. Bien que ces articles tendent à montrer une avancée vers plus d'égalité, l'usage de cette expression réductrice dans les titres ne fait qu'invisibiliser les femmes, déjà sous-représentées. La solution? « On peut garder le fait que ce soit la première femme, mais mettre son prénom et nom avant. » Aussi simple que ça.

Prénom: Une, Nom: Femme

Comparée à de la paresse, cette pratique est régulièrement dénoncée sur les réseaux sociaux. Rassemblés sous le hashtag #Unefemme, les internautes ironisent sur l'emploi du temps très chargé de cette personnalité non-identifiée et interpellent les médias pour éradiquer cette habitude sexiste.

Les femmes ne sont pas les seules à subir cette invisibilisation. Les personnes noires en font aussi les frais dans les médias, régulièrement définies par leur couleur de peau plutôt que par leur identité. La page Wikipédia pastiche « Un Noir » a d'ailleurs vu le jour, mais elle doit encore être complétée.

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