Une eurodéputée allemande porte plainte contre des policiers bruxellois

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Pierrette Herzberger-Fofana a porté plainte contre des policiers bruxellois pour des violences à caractère raciste. Un incident qui a lieu alors que les forces de l'ordre disent être « stigmatisées ».

Pierrette Herzberger-Fofana, eurodéputée allemande (Verts) de 71 ans, a porté plainte contre des policiers de Bruxelles pour coups et blessures volontaires, traitement dégradant, atteinte arbitraire aux droits constitutionnels, abus d'autorité et racisme ou discrimination. De son côté, la police a dressé un PV contre l'eurodéputée pour « outrage ».

Les faits se sont déroulés mercredi en début d'après-midi. Pierrette Herzberger-Fofana venait d'arriver en train d'Allemagne à la gare de Bruxelles Nord. Sortant du côté de la rue d'Aerschot (la réputée rue des prostituées), elle assiste à une interpellation musclée de deux jeunes hommes noirs par neuf policiers. Elle décide de prendre une photo de cette interpellation, chose permise par la loi. Un des policiers lui a alors demandé d'arrêter de « filmer ». Ensuite, tel qu'elle l'a raconté au Parlement européen l'après-midi même, « ils m’ont arraché mon téléphone des mains. Quatre des hommes armés m’ont poussé contre le mur, jambes écartées, ils ont pris mon sac à main, m’ont traitée de façon humiliante, ils n’ont pas cru que j’étais eurodéputée alors que j’avais mes deux passeports ».

Pierrette Herzberger-Fofana - AFP

Un autre témoignage, celui d'une professeure de l'Université de Gand, vient appuyer celui de l'eurodéputée. Et ajoute qu'un des policiers a voulu emmener Pierrette Herzberger-Fofana au poste de police, rue de Brabant, mais qu'un autre l'en aurait dissuadé en néerlandais : « Tu ne peux pas faire cela, la mettre au violon, ils (les supérieurs) ne vont pas te laisser faire ça, ça ne va pas passer. Elle est diplomate». L'enseignante a elle aussi porté plainte au comité P, la police des police, pour faits d'intimidation.

De son côté, la police de la zone Bruxelles-Nord reconnaît un contrôle « approfondi » et a ouvert une enquête interne pour savoir ce qu'il s'est exactement passé, mais sa porte-parole remet en cause le caractère racial de l'interpellation.

Police raciste ou stigmatisée ?

Cet incident a lieu alors que, d'un côté, la Ligue des Droits humains a pointé un abus des policiers durant le confinement, en se basant sur une étude de PoliceWatch qui a récolté 75 témoignages concernant des faits qui se sont déroulés en Wallonie et à Bruxelles entre le 18 mars et le 29 mai. « Notre analyse démontre des tendances qui ne font que confirmer ce que disent de nombreux rapports rédigés par une multitude d’acteurs, et pas uniquement la Ligue des droits humains, à savoir que les jeunes, les personnes racisées et les personnes précarisées risquent d’avoir plus de problèmes graves, comme des arrestations avec usage de la force. Quand une personne blanche et plus âgée est pénalisée pour non-respect du confinement par une amende, un même comportement commis par un jeune issu d’un quartier défavorisé sera verbalisé par une amende qui risque davantage d’être accompagnée par de la violence », a expliqué Saskia Simon de PoliceWatch à l'agence Belga.

De l'autre côté, les forces de police de Belgique dénoncent une « stigmatisation » à leur encontre et s'apprêtent à manifester dans plusieurs villes du pays ce vendredi. Ils vont protester contre le bashing médiatique et les réponses politiques qui font des violences policières non pas des comportements déviants isolés mais la règle. Selon eux, les dérives à caractère raciste ne sont le fait que d'une minorité de policiers.

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« Les policiers en ont marre d’être stigmatisés », a expliqué à Belga un membre du groupe Facebook Police Unifying Movement (PUM) qui organise les manifestations. « Il y a des effets pervers » en lien avec les contrôles d’identité. « Ce racisme supposé qui devient le postulat de base fait que lorsque vous intervenez dans des zones difficiles, que vous voulez faire un contrôle d’identité et que vous avez des motifs légitimes de le faire, cela peut très facilement partir en rébellion. (…) On est aussi dans une conjoncture où on a le sentiment que plus aucune autorité ne peut être exercée ».

Une solution, selon le PUM, pourrait être les vidéos qui, si elles permettent d'objectiver les violences policières, pourraient aussi objectiver les violences contre les policiers : « Le port des bodycams est une demande grandissante au sein de nos rangs, parce qu’on est tous convaincus qu’il y aura alors moins d’interventions qui tourneront mal, parce qu’il n’y aura plus ce petit jeu de menaces de porter plainte. On pourra avec les bodycams prouver qu’on a été correct avec la personne et qu’on a fait le nécessaire pour éviter d’en arriver à une situation violente ».

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