Covid-19: le plan stratégique en cas de deuxième vague encore inexistant?

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L’Absym (Association belge des syndicats médicaux) s’est réjouie de voir qu’un projet de gestion de matériel était en cours d’élaboration pour parer à une résurgence du Covid-19. Mais pour les experts, il faut absolument un plan plus global si l’on veut vraiment éviter un retour incontrôlable du virus.

Pour une fois en ces temps difficiles, le gouvernement et l’Absym étaient hier sur la même longueur d’onde. Les syndicats médicaux ont accueilli favorablement les premières informations du ministre Philippe De Backer quant à la distribution de matériel médical en cas de résurgence du coronavirus. Selon ce dernier, chaque prestataire de soin recevra alors son propre stock. Une équipe gouvernementale spécifiquement en charge de cette question travaille désormais à un plan pour déterminer les détails et du côté de l’Absym, on applaudit.

La question du matériel, c’est une chose mais qu’en est-il du reste? Comment est-ce que l’on doit agir concrètement si la pandémie reprend de plus belle? Du côté des experts, on commence à s’impatienter face au manque d’informations et des signes d’agacement commencent à se faire sentir.

Le silence radio du gouvernement 

Cette attente est particulièrement palpable chez l’épidémiologiste Yves Coppieters. Comme il le dit, il est urgent d’avoir un vrai plan de riposte global pour gérer une situation où le virus circulerait beaucoup plus fort mais pour l’instant, c’est silence radio. «La question de la stratégie à mettre en place est pertinente mais officiellement, on n’a toujours pas rien vu», se désole-t-il avant de montrer clairement son impatience à ce sujet. «Pourquoi ce point est rendu opaque à la population? Mon hypothèse, c’est que si rien n’est dit, c’est qu’il n’y a tout simplement pas de plan pour le moment. Cela n’est qu’un point de vue mais s’il s’avère que c’est le cas, ce serait une grosse erreur de ne pas avoir cela à ce stade de l’épidémie».

La question est maintenant de savoir où cela coince. Comme il le note, la question est passée entre les mains du GEES, le groupe d'experts en charge du déconfinement, dirigé par la professeure Erika Vlieghe. Mais selon Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, le blocage ne viendrait pas de ce côté. «A première vue, cette lenteur ne vient pas d’eux puisque le GEES a posé les questions sur le sujet au gouvernement, comme l’a annoncé Erike Vlieghe. Depuis, il n’y a eu aucune réponse et la main est au politique», constate-il tout en ne sachant pas pourquoi cela tarde autant. «Honnêtement, je n’explique pas ce manquement. Cela paraît évident à tout le monde et plein de bon sens. De plus, cela ne devrait pas être compliqué à faire. On a inventé la roue et il faut juste mettre de l’huile dans le rouage là où il doit être amélioré».

En attendant, un florilège de recommandations

En l’état des choses, c’est donc le flou total autour de ce plan qui reste presque à l’état fantomatique. Yves Coopieters note pourtant qu’une telle stratégie serait déjà utile aujourd’hui. Même si pour lui, la situation n’est en rien comparable au reconfinement de Pékin, les cas de coronavirus détectés ces derniers jours à l’aéroport de Liège, dans une école ou encore dans un département de gériatrie sont la preuve qu’il est urgent de se montrer prêt.

«Baser un plan sur la seule question du matériel serait limitatif. Il faut avoir une vision beaucoup plus globale. Il est notamment essentiel de préciser ce qu’il est prévu pour les groupes à risque. Il serait aussi utile de rappeler les gestes barrières en gardant à l’esprit que nous bénéficions désormais d’outils beaucoup plus performants et que la population est déjà bien plus avertie», dit-il. «Il faudrait d’autre part non seulement assurer la poursuite de la stratégie de testing dans les clusters mais aussi autour d’eux pour détecter les asymptomatiques, sans pour autant tester toute la population».

En l’absence de plan officiel, Yves Van Leathem est lui aussi obligé de deviner ce qui serait prévu en cas de deuxième vague: «Les hôpitaux reprendraient rapidement leurs unités Covid et j’ose espérer qu’il y aura suffisamment de matériel cette fois. D’autre part, on garde une capacité d’environ 30.000 tests, il y a moins de risque de rupture de stock de gel hydroalcoolique, on a formé du personnel pour le tracing qui serait facilement mobilisable en cas de reprise de la pandémie, et on dispose de plus en plus de médicaments pour lutter contre la maladie. Bref, cela devrait être assez facile de se préparer à une deuxième vague mais encore faut-il qu’il y ait un plan», rappelle-t-il.

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