Dexaméthasone: «un pas en avant» contre le coronavirus

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Ce mardi, le Royaume-Uni a commencé à traiter les cas sévères de Covid-19 avec ce corticoïde après des résultats positifs de l’essai clinique britannique Recovery. Ce médicament ne représente toutefois qu’une pièce du puzzle qui permettra de lutter efficacement contre la maladie.

Il s’agit de la première véritable bonne nouvelle contre le Covid-19. Enfin la communauté scientifique tient son premier remède pour lutter contre la pandémie. Son nom est bien connu puisqu’il est très répandu et peu cher: la dexaméthasone. Hier, un essai clinique britannique Recovery a confirmé son efficacité grâce à un large groupe de contrôle. En comparant 2.104 patients administrés à 4321 autres atteints du Covid-19, les chercheurs ont conclu que la dexaméthasone réduisait la mortalité d’un tiers chez les malades placés sous ventilation artificielle et d'un cinquième chez les patients avec un apport en oxygène grâce à un masque.

Suite à cette annonce par communiqué, le Royaume-Uni n’a même pas voulu attendre que les résultats soient officiellement publiés. Depuis hier, le médicament est utilisé dans le pays. Mais attention: il ne s’agit pas ici de le donner à tout va. Son utilisation doit être ciblée sous peine d’avoir l’effet inverse de celui escompté.

Patients bénins, passez votre chemin!

Précisons-le d’emblée: la dexaméthasone est un produit intéressant contre le Covid-19 mais il ne représente pas non plus un remède miracle. Il n’agit même pas directement sur le virus mais sur la réaction inflammatoire que ce dernier provoque. Lorsque des patients contractent des formes sévères de la maladie, cette inflammation prend de telles proportions que l’on parle d’une «tempête de cytokines», du nom de ces protéines qui ont un rôle essentiel dans cette réponse du système immunitaire. Lorsque cela arrive, la vie du patient est alors mise en danger.

C’est là que la dexaméthasone joue un rôle fondamental. Son action est ainsi déjà approuvée pour d’autres situations similaires, comme pour des chimiothérapies et certains cas de détresse respiratoire aigüe. «Ce corticoïde est utilisé depuis longtemps et dans le cas présent, cela a été administré à des patients hospitalisés avec la fameuse tempête de cytokines. Ce sont donc des patients sévères en soins intensifs qui peuvent bénéficier de la dexaméthasone. Ce n’est pas du tout un médicament pour des infections légères et bénignes. Quand on a des symptômes légers, le système immunitaire peut tout à fait répondre à la situation», précise Jean Ruelle, virologue et chercheur de l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain.

Autrement dit, il est hors de question de distribuer de la dexaméthasone à tous les malades. Si cela était le cas, le médicament pourrait même faire pire que mieux. «Il faut faire la balance des avantages et des désavantages. L’inflammation est une première barrière qui sert à alerter l’organisme sur la présence d’une infection. Lorsque celle-ci est trop forte, il faut la faire stopper. Si on utilise largement ce médicament, la balance va pencher dans l’autre sens, vers trop peu de réaction inflammatoire, ce qui laisse la porte ouverte à d’autres infections», explique Jean Ruelle.

Et maintenant?

Si la dexaméthasone ne représente pas la panacée, cette découverte reste néanmoins une bonne nouvelle. «On a fait un pas en avant», se réjouit le virologue, «mais il y a certainement d’autres choses qui pourront être faites pour aider les cas graves». Désormais, les études vont notamment pouvoir croiser la dexaméthasone avec des médicaments qui agiraient sur d’autres aspects de la maladie. Ce n’est qu’en trouvant la combinaison gagnante que la lutte contre le Covid-19 pourra vraiment être efficace.

À l’heure actuelle, des discussions ont lieu afin d’utiliser le remède en Belgique, notamment entre l’Agence du médicament et Sciensano. Mais que l’on se rassure, cela ne devrait pas s’éterniser. L’urgence de la situation amène les autorités à être particulièrement réactives. «À mon avis, cela ne devrait prendre que quelques jours», prédit Jean Ruelle. Une fois les quelques questions réglementaires résolues, les Belges gravement malades devraient ainsi pouvoir bénéficier rapidement de la dexaméthasone.

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