L’événementiel, grand oublié du déconfinement

Les halls d'exposition sont vides, comme ici, à Mons.
Les halls d'exposition sont vides, comme ici, à Mons.
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Traiteurs, organisateurs, loueurs de matériel, prestataires techniques… Autant de métiers qui n’ont pas encore eu l’occasion de reprendre le travail. Le secteur de l’événementiel ne sait pas encore quand il pourra se relancer, et surtout, dans quelles conditions.

Le déconfinement étant bien avancé, presque tous les secteurs d’activité ont pu reprendre le travail, ou savent en tout cas quand et comment ils le pourront.

A l’inverse, dans quelques autres domaines, le flou est toujours total. C’est notamment le cas pour l’événementiel. Ce lundi, l'Alliance Belgian Event Federations, qui rassemble de nombreux acteurs du secteur, s’exprimait dans les médias pour demander une date de reprise au fédéral. « Notre secteur espère savoir d'ici à la fin de cette semaine quand ses activités pourront reprendre », indiquait son représentant, Bruno Schaubroeck. « Cela donne une perspective et c'est ce dont nous avons besoin. Nous espérons encore pouvoir sauver la période automnale ».

L’organisation d’événements en Belgique représente environ 80.000 emplois. Des travailleurs qui disent se sentir oubliés par le gouvernement ces derniers temps. Une action symbolique est d’ailleurs prévue ce jeudi à 11h, place Poelart. L'alliance du secteur événementiel aimerait la remplir de 10.000 flightcases.

 

Prolonger les aides

Derrière le nom « événementiel » se cachent des tas de métiers très différents. Tous sont victimes des conséquences de cette crise sanitaire.

Pour les traiteurs spécialisés, par exemple, le confinement a tout chamboulé. « Nous n’avons plus d’activité depuis le 17 mars, si ce n’est quelques très petits mariages », explique Bruno Dumoulin, directeur de la société Traiteur Paulus, qui emploie habituellement 70 personnes, sans compter une quarantaine d’étudiants, intérimaires et autres extras. Aujourd’hui, quasi tout le monde est au chômage forcé.

« Il ne risque pas d’y avoir beaucoup d’événements d’entreprise après cette crise, vu les pertes de nombreuses sociétés. Nous travaillons aussi avec quelques clubs de foot, et là aussi, ça risque d’être encore bloqué pour un moment. On a déjà perdu 4 millions d’euros de chiffre d’affaires et nous avons beaucoup de charges fixes avec nos cuisines, notre logistique, nos véhicules… »

Le directeur attend donc impatiemment une reprise qu’il imagine arriver en septembre mais aussi que le gouvernement prolonge ses aides. « Le chômage, le droit passerelle, c’est très bien, la TVA réduite à 6% aussi. Mais il faudrait les prolonger après le 31 décembre. Notre secteur ne pourra pas rattraper tout ce qu’il a perdu en quelques mois. Toutes ces mesures devraient nous permettre de sauver le personnel, mais le risque pour beaucoup de sociétés est de ne plus avoir de trésorerie pour le reste, ce qui mènerait à pas mal de faillites. »

 

Besoin de directives

Les grandes salles et autres halls d’exposition accusent également le coup. Ils n’ont accueilli aucune foire ni salon depuis mars. « Toute l’avant-saison, l’après-saison, tout le monde s’est désisté. Et quand on voit que le Salon de l’Alimentation de Bruxelles, prévu en octobre, est finalement annulé, ça montre bien que ce n’est simple pour personne », commente Hugo Schryers, concessionnaire de Lotto Mons Expo.

Selon lui, également organisateur d’événements, il faut que le gouvernement donne déjà des mesures sanitaires et de sécurité à respecter pour le secteur, peu importe la date de la reprise. « Ce n’est pas comme les cafés et restaurants, qui peuvent se préparer à rouvrir en deux semaines. Pour un salon, avec les exposants, l’organisation des stands, la pub, il faut un an. Nous avons besoins de bases, de références, de directives, pour que le secteur ait le temps de se préparer. »

Pour le Lotto Mons Expo, il prend les devants. « On équipe le hall selon les mesures qui sont en application aujourd’hui. On a installé un système de comptage pour savoir combien de personnes rentrent et sortent par exemple. »

Hugo Schryers a tellement hâte de reprendre le travail qu’il espère que la manifestation contre le racisme de Bruxelles aidera l’événementiel. « Si il n’y a pas une augmentation extraordinaire de l’épidémie dans les 15 jours alors que 10.000 personnes se sont rassemblées avec un minimum de sécurité, on devrait nous laisser travailler. Ça serait un très bon exemple, très concret. Mons Expo, c’est un très bel outil, bien situé, conçu spécifiquement pour les événements. Le voir vide, ça fait un peu mal au cœur. »

 

Un secteur peu reconnu

Mais l’événementiel, ce sont également de nombreuses petites sociétés. Chez XS Audiovisual Solution, prestataire technique en sonorisation, on a choisi de se diversifier.

« On a pu faire quelques installations hi-fi fixes pour des restaurants, louer quelques structures métalliques… », raconte le gérant, Jean-Christophe Zylmans. « On s’est également mis dans la vente de gel désinfectant, de pompes, bornes et autres équipements sanitaires. Beaucoup de clients nous font confiance dans de nombreux domaines. On a voulu mettre nos capacités techniques, logistiques et notre recherche permanente de qualité dans ce secteur, pour en faire bénéficier nos clients et les autres. »

Outre des aides, pour ce spécialiste du son et des lumières, ce dont l’événementiel a besoin, c’est de reconnaissance. « Officiellement, c’est un secteur qui n’existe pas vraiment. Rien ne différencie une entreprise avec du matériel professionnel, assurances, équipes formées, etc. de quelqu’un qui anime simplement des mariages. C’est pareil pour tout l’événementiel. Les traiteurs, eux, ont au moins l’Afsca qui les contrôle. Mais les autres domaines n’ont rien d’équivalent. »

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