Le personnel soignant déconfine sa colère

À la manifestation pour un refinancement des soins de santé, à Bruxelles - BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
À la manifestation pour un refinancement des soins de santé, à Bruxelles - BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
Teaser

Face au sous-financement de son secteur, le personnel soignant exprime son ras-le-bol. Mis en danger pendant la crise sanitaire, il veut replacer l'humain au cœur des soins de santé, plutôt que le profit.

Ce dimanche, le personnel soignant s'est rassemblé dans plusieurs villes à travers le pays pour s'opposer au sous-financement, à la privatisation et à la marchandisation du secteur de la santé. À Bruxelles, le lieu du rendez-vous était hautement symbolique. Devant le cabinet de la ministre Maggie De Block qui, ironie du sort, se trouve dans la Tour des Finances, quelque 200 manifestants masqués sont venus dénoncer la gestion de la crise sanitaire. « Je n'ai pas signé pour sacrifier ma vie, mais pour aider et soigner les autres », confie une infirmière au micro de BX1, épuisée. « Avant le Covid-19, un tiers des infirmiers et infirmières étaient en risque de burn-out. Maintenant, on est à deux tiers. On voit les soignants tomber comme des mouches », regrette un autre.

Via cette action, le collectif organisateur La santé en lutte réclame plus que des applaudissements, mais un refinancement d'urgence des soins de santé. La revendication et la colère des soignants ne sont pas neuves, loin de là. La pandémie les a simplement rendues audibles. « La crise du Covid-19 a mis en évidence les travers de la privatisation du secteur. La gestion marchande de la santé a complètement failli à nous protéger du virus », dénonce Denis, infirmier et membre du collectif. Sans matériel de protection, sans effectifs suffisants et sans stratégie de prévention, « le gouvernement a mis les soignants et les patients en danger. Certains d'entre nous sont décédés. Quand on pense à ce qu'il s'est passé dans les maisons de repos, c'est totalement révoltant », poursuit l'infirmier, pointant le sacrifice volontaire des seniors, les plus fragiles, pour ne pas engorger les hôpitaux.

Une médecine à deux vitesses

La crise du coronavirus a ainsi démontré le rôle vital du secteur hospitalier, mais aussi les failles de son système de financement. Depuis des années, la tendance est à la coupe budgétaire. En Belgique, la norme de croissance du budget alloué aux soins de santé n’est pas suffisante pour couvrir la croissance naturelle des besoins. Au désinvestissement de l'Etat s'ajoute la privatisation du secteur « sous prétexte d'austérité ». « Les hôpitaux développent ainsi une médecine à deux vitesses », en fonction du revenu du patient, dénonce Denis, renforçant encore davantage les inégalités sociales et l’aggravation des risques sanitaires pour les personnes précarisées.

À la manifestation pour un refinancement des soins de santé

© BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Si rien ne bouge? « On aura de plus en plus de morts », craint l'infirmier en lutte. « Quand on dit "l'Etat compte les sous, nous comptons les morts", ce n'est pas juste un slogan accrocheur, c'est réel. Dans les hôpitaux et dans les maisons de repos, il y a des décès dus au manque de soins, par manque financier ».  

« Soigne et tais-toi »

Le rassemblement de ce dimanche n'avait pas été autorisé par les autorités, sous le couvert de la santé - deuxième ironie du sort. Un recours en extrême urgence introduit au Conseil d'Etat contre l'interdiction a été rejeté. Ce qui a fortement surpris le collectif au vu des décisions récemment tombées en Allemagne ou en France, contre l'interdiction de cette expression démocratique. « Ce qui doit être relancé selon le gouvernement, c'est le travail et la consommation, mais pas les luttes sociales et les manifestations. Cela reste interdit, alors que les frontières rouvrent et que la Rue Neuve est bondée… », compare Denis. Pour La santé en lutte, le message est clair: « Soigne et tais-toi ».

Dimanche, le personnel soignant a également annoncé qu'une plainte collective sera déposée prochainement contre le gouvernement. « Nous avons eu aucune reconnaissance de la part des politiques, juste du mépris », confie l'infirmier. « Même pas une prime », même si celle-ci n'aurait pas suffi à calmer leur colère. « Ce que l'on veut c'est un changement de logique, que l'humain soit placé avant le profit. C'est ça que l'on vit au quotidien: une pression financière en priorité face à la vie de la population. »

Pour une revalorisation de leurs métiers, le secteur de la santé ne baisse pas les bras et ressort dans la rue. « Rendez-vous le 13 septembre à 14h au Mont des Arts à côté de la gare centrale de Bruxelles ! »

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus

Notre Selection