Vaccin contre le Covid-19 : l’accord avec AstraZeneca est « un pari »

Les équipes d'AstraZeneca continuent de développer leur vaccin.
Les équipes d'AstraZeneca continuent de développer leur vaccin.
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L’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas ont signé un accord avec la firme pharmaceutique AstraZeneca qui sécurise 400 millions de doses de vaccin à destination de toute l’Union Européenne. Un partenariat dont la Belgique pourrait profiter donc, mais selon les experts, il s’agit d’une convention osée. Rien n’indique que cette entreprise parviendra bien à ses fins.

Samedi, une alliance entre 4 pays européens, l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas, annonçait avoir signé un accord avec la firme pharmaceutique AstraZeneca, leur garantissant un grand nombre de doses d’un potentiel vaccin. Jusqu’à 400 millions.

Une démarche plus que surprenante alors que la Commission européenne avait proposé la veille à tous les Etats membres de l’UE de s’associer pour assurer rapidement un accès commun à des vaccins. Une suggestion qui a bien été reçue par l’ensemble des nations. «Nous avons reçu aujourd’hui au Conseil un mandat politique clair pour la poursuite de notre stratégie», a même ajouté la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides.

Un partenariat autour d’un appel commun aux entreprises pharmaceutiques permettrait d’agir « rapidement, facilement et économiquement », mais aussi éviter une course au vaccin entre les Etats membres.

Mais le lendemain, surprise donc, ces 4 pays, réunis derrière le nom d’Alliance Inclusive pour les Vaccins (IVA), déclare avoir trouvé un accord de principe avec AstraZeneca. Une démarche qui va à l’encontre de ce qui avait été décidé.

Des doses pour tout le monde

Cet accord est en quelque sorte une précommande financée par l’IVA. Si la société parvient bien à mettre un vaccin au point, elle promet d’en fournir jusqu’à 400 millions aux 4 pays de l’alliance mais également à l’ensemble de l’UE. « Les accords passés par les pays de l’Alliance sont destinés à servir tous les pays membres de l’Union européenne et d’autres pays partenaires qui souhaiteront rejoindre l’initiative », a précisé le ministre français de la Santé, Olivier Véran, dans un communiqué.

Ce fameux vaccin est développé en collaboration avec l’Université d’Oxford. AstraZeneca a précisé qu’actuellement, leurs études montraient que des résultats seraient obtenus dès cet automne. Si c’est le cas, un vaccin pourra être rapidement mis en production en Europe. La convention avec l’IVA prévoit également que ce vaccin serait vendu à prix coutant. AstraZeneca ne ferait donc aucun bénéfice.

« Du protectionnisme »

Il semblerait donc que la Belgique pourrait profiter de cet arrangement, à supposer que l’entreprise remplisse son objectif. Pourtant, du côté de la ministre de la Santé, Maggie De Block, on regrette cette action en petit comité, qualifiée de « non raisonnable ». « L’initiative commune de la Commission européenne est la meilleure manière d’atteindre un résultat maximal pour nos citoyens », commente son cabinet, qui précise qu’un tel accord « affaiblit tout le monde », surtout qu’on ne sait pas si et quand la société pharmaceutique parviendra à concrétiser le fameux vaccin.

En effet, comme le rappelle l’épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB, Yves Coppieters, « c’est un pari ». « Il existe plusieurs méthodes pour créer un vaccin. Rien ne nous dit que celle sur laquelle travaille AstraZeneca sera la bonne. De plus, il en faudra plusieurs types selon certaines situations ou pour certains groupes cibles. Le concept du vaccin qui couvrirait toute la population, c’est un fantasme théorique. »

Des propos que partage son collègue, Philippe Van Wilder, professeur en Economie de la Santé à l’ULB, qui se dit « surpris de cet accord ». « Nous savons qu’il faut envisager plusieurs approches afin de trouver des vaccins efficaces et bien tolérés par le plus grand nombre. »

En choisissant un seul laboratoire pharmaceutique, l’Alliance se met « dans une position de négociation assez faible ». « On montre clairement à la société que c’est leur produit qu’on veut. Ce n’est jamais bon de se montrer trop friand. »

Nos deux spécialistes imaginent qu’il ne s’agit pas d’une démarche uniquement philanthropique de la part de ces 4 pays. « Ils ne veulent probablement pas être mal perçus par le reste de l’UE, puisqu’ils ouvrent leur accord aux Etats qui le souhaitent », souligne Philippe Van Wilder. « Mais ils ont tout de même pris la peine de formaliser cet accord, avec forcément des données concrètes, des volumes, des critères… Ils sont à un stade nettement plus avancés que les autres pays.  »

« C’est une manière claire du faire du protectionnisme », ajoute Yves Coppieters. « Cela leur donne la main mise sur une partie de cette future production et de protéger, avant tout, leurs populations nationales. »

Pour l’épidémiologiste, rien n’empêcherait la Belgique de faire de même. « On pourrait appuyer une équipe de développement locale, comme celle de la KULeuven, avec la même logique. Ça serait un investissement local, un pari local, qui nous permettrait aussi de protéger nos groupes cibles avant les autres. »

Un scénario difficile à imaginer puisque la ministre « continue de soutenir pleinement l’initiative commune de la Commission européenne », qui « va plus loin, avec différentes entreprises pharmaceutiques ».

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