Le soutien indispensable, et encore nécessaire, des psychologues en milieu hospitalier

©Compfight
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Si aujourd'hui, la Belgique et ses soignants respirent, il a fallu gérer le chaos qui régnait dans les couloirs des hôpitaux. Un boulot exceptionnel pour les psychologues, divisé entre le personnel, les malades et leurs proches.

Chacun connait les symptômes du coronavirus. Mais à la détresse physique qui en découle s'est greffée une souffrance psychologique qu'il a parfois fallu faire passer au second plan, tant les mondes hospitalier, mais aussi politique et médiatique, ont travaillé dans l'urgence ces derniers mois. Chaque sirène d'ambulance nous faisait craindre le pire pour nos voisins, nos amis, nos parents. Une impression de chaos a gangréné notre quotidien. Si nous sommes loin d'être totalement débarrassé du virus, nous vivons aujourd'hui le calme après la tempête. L'occasion de mettre en valeur ceux qui ont dû écouter le stress des malades, de leurs proches et de leurs médecins. Dans l'ombre, ces psychologues ont jonglé avec les règles sanitaires pour les accompagner.

C'est notamment le cas d'Audrey Lachaux. Elle est responsable du service psychologie des hôpitaux Jolimont et Lobbes, spécialisée auprès patients atteints d'un cancer. Durant la crise sanitaire, elle a décidé, avec ses collègues, de rester à l'hôpital pour soutenir les personnes touchées par un mal inconnu et difficile à appréhender. "C'était soit le chômage économique, soit la réorientation, sourit-elle. Dans le service de psychologie nous avons tous un service attribué. Oncologie, gériatrie, cardiologie... Le travail que nous faisions a forcément diminué puisque les hôpitaux ont été vidés de leurs patients au début de la crise. Nous, les psys, nous pouvons nous adapter tant qu'il y a une pertinence clinique derrière. Cette pertinence on l'a réfléchie en équipe."

Peur d'être un danger

De cette réflexion se sont dégagés trois axes. D'abord, le soutien aux familles, obligées de vivre l'hospitalisation d'un proche dans un contexte particulièrement violent. "On s'est dit qu'on avait notre place pour aider des personnes en détresse, confinées seules peut-être, qui ont un proche hospitalisé. Ils recevaient des nouvelles médicales mais peu de temps pouvait être consacré à l’écoute de leurs ressentis. On a décidé de prendre en charge cet aspect-là du travail. On a travaillé en collaboration avec les soignants des unités covid et des soins intensifs. Les médecins appelaient quotidiennement les familles pour les infos médicales, et nous prenions contact avec ce proche pour l'écouter et le soutenir." Evidemment, le soutien s'est également articulé autour des patients. Pourtant, au plus fort la crise, les cellules psychologiques ont très peu été contactées selon elle. "Leurs symptômes étaient trop importants pour avoir un entretien psychologique avec nous. Mais cela commence. Ceux qui sortent des soins intensifs et qui sont passés par des périodes très longues de coma ont des expériences particulières. Ils ont besoin de partager ces traumatismes." Le sentiment qui domine chez les patients covid, c'est celui de l'isolement. "Ils avaient peur d’être un danger pour les autres. Et l'hyper médiatisation ne faisait qu'accentuer ce sentiment. D'autant que leur seul divertissement à l'hôpital, c'était la télé, et on y parlait que du coronavirus..."

Prendre soin des soignants

C'est enfin le personnel soignant qu'il a fallu soutenir. Des collègues en première ligne pour lesquels l'équipe d'Audrey Lachaux a dû mettre en place une procédure d'accompagnement. Là aussi, le besoin du personnel soignant est surtout apparu en fin de crise. "Au tout début, on est allé se présenter dans les services, et ils nous répondaient que tout allait bien. Puis, durant la grosse période de crise, ils n'ont pas spécialement pris du temps pour eux. Certains sont venus tout de même, parce qu'ils avaient besoin d'évacuer la charge émotionnelle. Maintenant, ils relâchent, et c'est là qu'ils ont le plus besoin de nous. Ils se rendent compte de ce qu'ils ont traversé, ils peuvent le conscientiser et ça devient plus difficile. Du coup, les demandes ont augmenté." Pour Audrey Lachaux, cette situation de crise met en lumière l’importance de la valorisation du travail des soignants, de la reconnaissance de leur charge mentale et de leur réalité de terrain au quotidien, en période de crise ou non.

Habituée à travailler auprès des personnes souffrant d'un cancer, elle estime que la manière d'appréhender le patient n'a pas fondamentalement changé avec la situation. "Globalement, on travaille sur le même mode qu'avec un patient diagnostiqué pour un cancer. Certaines choses se rejoignent, comme la sensation d'être passé proche de la mort. Ce qui est plus spécifique, c'est la peur de contaminer ou la culpabilité de l'avoir fait." Ce qui modifie surtout le travail des psychologues en milieu hospitalier comme Audrey Lachaux, c'est leur habillement. Et ce n'est pas anodin. "Quand on intervient auprès des patient covid, on s'habille avec toutes les protections. Cela complique la création de l’alliance thérapeutique avec le patient, qui se fait aussi dans les premiers contacts non-verbaux. Et c'est complexe d'être dans l'humain, ce qui est quand même la base de notre métier, avec un masque, une charlotte et une combinaison."

Des espoirs, malgré tout

Cette situation exceptionnelle va probablement changer pas mal de choses. Et les psychologues, encore plus en milieu hospitalier, ne feront pas exception. "L'incertitude de se retrouver en face d'un patient potentiellement covid va être notre quotidien. Ceci induit que nous nous réinventions une nouvelle identité de psychologues hospitaliers avec un fonctionnement à remanier en intégrant le port du masque et la distanciation sociale. Tout cela aura un impact sur la prise en charge psychologique des adultes mais également pour nos petits patients en pédiatrie."

En chamboulant les modes de fonctionnement de nombreux secteurs, la période est cependant propice à certaines améliorations, et certains espoirs. "Le rôle du psychologue a été majeur dans cette crise. Les équipes ont appris à mieux nous connaître, mieux cerner notre travail et notre importance dans la prise en charge global du patient mais également de sa famille, qui était moins présente avant. Nous espérons que cela va renforcer la qualité de la collaboration entre le médical et le psychosocial et ainsi accentuer l’importance de chaque aspect de la prise en charge globale du patient."

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