"Autant en emporte le vent" : Faut-il réviser les oeuvres d'art?

Autant en emporte le vent - IMAGO
Autant en emporte le vent - IMAGO
Teaser

La plateforme de streaming HBO Max a momentanément retiré ce classique du cinéma de son catalogue parce qu'il est considéré comme pérpétuant « les stéréotypes les plus douloureux attachés aux personnes de couleur ».

C'est un des piliers du cinéma américain qui vient d'être mis au pilori. Autant en emporte le vent, film le plus populaire du cinéma US sorti en 1939, a été momentanément retiré de la plateforme de streaming HBO Max. Il devrait y revenir avec un encart contextualisant le film, et notamment qu'il dépeint des « représentations culturelles dépassées ». Un tel avertissement est déjà de mise sur la plateforme Disney + au sujet de certains films et dessins-animés.

A l'origine de cette décision, une lettre ouverte de l'auteur et scénariste (on lui doit notamment le film 12 Years a Slave) John Ridley qui avance qu'Autant en emporte le vent est « un film qui, quand il n'ignore pas les horreurs de l'esclavage, perpétue les stéréotypes les plus douloureux qui sont attachés aux gens de couleur ».

Si le film a récolté un succès populaire sans précédent, récoltant 10 Oscars, dont un pour Hattie McDaniel, première actrice noire à recevoir un Oscar, Autant en emporte le vent n'a pas échappé à la controverse. A l'époque de sa sortie, il était déjà accusé de glorifier les propriétaires de plantations et de faire passer les esclaves comme de dociles personnages prêts à tout pour leurs maîtres blancs.

Mais le contexte actuel de révolution socio-culturelle qui fait suite au meurtre de George Floyd repose cette question : que faut-il faire avec les oeuvres d'art témoignant d'une époque de domination blanche et de mentalités franchement racistes ? Qu'il s'agisse d'Autant en emporte le vent ou de Tintin au Congo et de bien d'autres oeuvres, la question est la même. Et elle reste ouverte...

Tintin au Congo - Belga

Il est interdit d'interdire...

« C'est difficile, dit Pedro Monaville, professeur d'Histoire spécialiste de l'Afrique à l'Université de New York Abu Dhabi. Le problème avec Tintin au Congo, c'est qu'il est destiné aux enfants. Comment un enfant pourra-t-il contextualiser l'oeuvre ? Par ailleurs, il ne faut pas se focaliser sur Tintin au Congo, il y a tout un bagage raciste dans la culture populaire. Regardez le pirate noir dans Astérix, par exemple, la manière dont il parle ! »

Pour autant, il est interdit d'interdire, comme on lançait en mai 68 : « Il ne faut pas interdire, mais il est important de faire attention à ce qu'on montre aux enfants et donc, de contextualiser, surtout si c'est utilisé dans les écoles. Je trouverais aussi intéressant que le centre de la bande-dessinée, par exemple, fasse aussi ce travail de réflexion sur le racisme dans la BD franco-belge ».

Quant à Autant en emporte le vent, « on sent qu'il s'agit d'une réponse très corporate et opportuniste de la part de ces plateformes de streaming à la situation aux Etats-Unis depuis la mort de George Floyd. Après tout, pourquoi pas, c'est leur responsabilité ». De manière générale, selon l'Historien, « il s'agit de combats intéressants parce qu'ils permettent de mettre le débat sur la place publique et de se poser des questions sur notre héritage culturel. Mais il s'agit avant tout de combats symboliques ».

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