Le racisme systémique des forces de police: de quoi est-il question?

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Les manifestations de ces derniers jours ont remis la problématique des violences policières au cœur de l’actualité. Les associations de défense de victimes confirment ce phénomène mais prétendent être entravées par un blocage institutionnel qui concerne tant les corps de police que la justice ou même le gouvernement.

Depuis dimanche, ce ne sont pas les accusations de violences policières qui manquent à Bruxelles. Un enfant menotté sans raison valable, un jeune de 19 ans tabassé par la police, un journaliste empêché de filmer les forces de l’ordre… Et dans la plupart des cas, ce sont les minorités ethniques qui sont visées par ces actions violentes.

En avril, la RTBF interviewait un policier, Thomas, qui a voulu dénoncer le racisme de certains de ses collègues. Il cite notamment des affiches appelant à «chasser la crasse» en présentant des photos de personnes étrangères, des carnets d’arrestations avec des actions ciblées à 90% contre les minorités, des passages à tabac dans des salles sans caméras… Après avoir fait part du problème à sa hiérarchie, il n’a trouvé aucun soutien, étant même invité à démissionner, ce qu’il a fait. Nous avons voulu le recontacter mais, depuis, les menaces sur sa famille se sont multipliées. Il préfère désormais garder le silence.

Du côté du pouvoir politique, réagir face à cette problématique ne semble pas à l’ordre du jour. La Ligue des droits humains (LDH) accuse l’État de fermer les yeux sur un phénomène dont elle dévoile les rouages.

Le gouvernement accusé d’inaction

Pour agir face à une telle problématique, la LDH a même créé un observatoire entièrement consacré au sujet: la Police Watch. Cette dernière ne s’étonne pas des cas de ce dimanche. Cela fait des années qu’elle constate des abus similaires, surtout pour la «population racisée». La semaine prochaine, elle doit même publier un rapport sur l’aggravation de cette situation avec des contrôles abusifs, des coups et blessures, des insultes…

La France et le Royaume-Uni disposent d’études assez détaillées sur le phénomène des violences et du racisme des forces de l’ordre. Par contre, en Belgique, c’est plus compliqué. «Cette problématique est documentée, surtout par des recherches qualitatives en sociologie et anthropologie qui font part de leurs mécanismes. Mais il n’y a pas de recherches quantitatives parce que le gouvernement nie le problème. Il refuse donc de donner des moyens pour récolter les chiffres qui permettraient d’objectiver le phénomène», dénonce Saskia Simon, coordinatrice à la Police Watch.

Pour attester des violences policières, il y a aussi des rapports d’ONG mais à chaque fois, une barrière légale empêche une analyse en profondeur. «Nous demandons à ce qu’il y ait une décision étatique. Cela permettrait de savoir combien de personnes sont concernées par le phénomène, qui elles sont, les régions les plus touchées… mais aussi de trouver une réponse au phénomène. Or, pour l’instant, on marche un peu à l’aveugle. C’est d’ailleurs comme cela que les autorités se permettent de dire qu’il n’est question que d’exceptions. C’est une argumentation qui se referme sur elle-même. S’il n’y a pas de violences policières, pourquoi ne pas vérifier que cela n’existe pas? Où est le souci d’interroger les corps de police? L’explication est un peu contradictoire», se désole Saskia Simon.

Les victimes impuissantes face à la justice

Les accusations d’inaction ne concernent cependant pas que le gouvernement. Pour Police Watch, le problème est bien plus profond et concerne différents niveaux institutionnels. Au niveau de la justice par exemple, des difficultés émergent également. Selon le comité P, qui contrôle les services de police, 94% des affaires de violences policières ont été classées sans suite de 2013 à 2017.

«La magistrature accorde généralement plus de foi en la parole d’un policier que dans celle de la partie opposée, ce qui freine beaucoup de victimes à porter plainte. Dans beaucoup de cas, le dossier n’arrive pas à être assez fourni. Sans vidéo et sans témoin, il y a une décrédibilisation de la parole des victimes qui fait que le juge va donner sa confiance au policier. Tout cela alimente le problème puisqu’en n’ayant pas de suite, cela légitimise les propos de ceux qui affirment qu’il n’y a pas vraiment de souci dans les corps de police», analyse Saskia Simon.

La racine du problème: le racisme de certains policiers

Cette dernière cite enfin un rapport du comité P qui s’intéresse à un autre niveau: celui des forces de polices. «Une publication s’était intéressée à la question du racisme et des violences en interne dans une zone de police. Le bilan était que ces problématiques étaient bien attestées, tout comme le sexisme par ailleurs. D’autre part, nous remarquons qu’il est courant qu’il y ait une répression lorsqu’un policier sait qu’une plainte a été déposée contre lui. Même avant cela, il y a des policiers qui déposent plainte contre la personne agressée pour outrage et rébellion, ce qui permet de la décrédibiliser d’emblée», constate-elle.

Face à l’ampleur du problème, elle appelle à une réponse plus globale et à ne pas juste tenir un procès pour l’exemple contre un policier, ce qui permettrait d’étouffer la problématique. Enfin, elle s’inquiète des réactions de syndicats policiers, qui ont relativisé les violences policières ces derniers jours, ne parlant que de cas ponctuels de racisme. «Lorsque l’on voit leurs déclarations, cela fait craindre une escalade. Il faut une réponse politique à cette situation pour que les choses puissent s’apaiser et s’améliorer», termine Saskia Simon.

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