Vacances sous surveillance

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Teaser

Les communes de la Côte belge s’apprêtent à installer 250 caméras intelligentes sur le littoral. Objectif avancé : empêcher une reprise de l’épidémie et garder sous contrôle l’afflux de touristes cet été.

On commence à connaître le refrain : sauf surprise, les vacances cet été devraient avoir un parfum bien belge. Si cela représente avant tout une aubaine pour l’économie locale, gérer un afflux massif de touristes pourrait également s’avérer un défi, en plein déconfinement. « Les jours de grande affluence, la Côte accueille entre 750.000 et 900.000 visiteurs, a expliqué au Tijd le gouverneur de Flandre-Occidentale Carl Decaluwé (CD&V). La distanciation sociale n’est pas évidente dans ces circonstances. Les stations balnéaires doivent disposer d’un plan pour la plage, la digue et la circulation ». Selon le quotidien flamand, les communes de la Côte belge ont travaillé à un plan pour gérer l’affluence touristique sur le littoral. Un plan qui fait la part belle à la vidéo-surveillance : 250 caméras intelligentes pourraient être déployées d’ici à la fin-juin, sous réserve de l’acceptation finale des communes.

Installées sur la digue et dans les centres-villes, ces caméras seront équipées d’un logiciel comptant le nombre de personnes sur une zone donnée. Ceci permettra de dresser une carte de densité de population en temps réel. Les données recueillies pourraient également être exploitées par la police fédérale, le Vlaams Verkeerscentrum (centre flamand de la circulation) et la SNCB. « En cas de forte affluence, nous pourrons envoyer les touristes vers d’autres zones ou les renvoyer à l’intérieur du pays, ou encore les inciter à prendre leur voiture plutôt que le train » a indiqué Carl Decaluwé. Selon De Tijd, c’est l’entreprise technologique gantoise Citymesh qui fournira les caméras.

Temporaire ou permanent ?

D’autres villes en Flandre ont déjà sauté le pas et utilisent des caméras intelligentes pour contrôler l’afflux de visiteurs dans l’espace public. C’est le cas à Roulers ou à Anvers, où un projet pilote vient d’être lancé sur le Meir, la plus grosse artère commerciale de la ville. L’association entre le groupe de sécurité Securitas, le spécialiste en intelligence artificielle Robovision et des chercheurs de l’université d’Anvers permettra de mesurer durant un mois le respect des règles de distanciation sociale sur le Meir.

Plus largement, c’est un peu partout en Europe et dans le monde qu’on voit surgir des « solutions » de vidéo-surveillance qui s’inscrivent dans le contexte du Covid-19. La ville d’Oxford a récemment testé un dispositif de caméras repérant les rapprochements de moins de 1,80 m entre individus. En France, des caméras « intelligentes » ont également été testées, à Cannes puis dans le métro parisien, pour surveiller le respect du port du masque.

Si on est heureusement (encore ?) loin de la surveillance massive déployée dans des pays comme la Chine , ce virage techno-sécuritaire amorcé durant la pandémie pose néanmoins question. Est-on sûr de l’efficacité de tels dispositifs dans la lutte contre la propagation du Covid-19 ? D’autres méthodes, moins intrusives pour la vie privée, ne seraient-elles pas plus adaptées (testing massif et répété, quarantaines ciblées, etc.) face au virus ? Et ne garantiraient-elles pas davantage le respect de nos libertés fondamentales ? N’y a-t-il pas un risque, comme le pensait la vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme (France), interrogée sur France Info, de s’habituer à être de plus en plus surveillé ? Reste aussi à voir aussi si ce genre de dispositifs, installé pour les besoins de la lutte contre l’épidémie, ne lui survivra pas. Voulons-nous vraiment que le temporaire devienne permanent ?

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