Les animaux de compagnie victimes du déconfinement

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Le retour au travail peut provoquer des troubles comportementaux chez les animaux, perturbés par la nouvelle absence de leurs maîtres. Les comportementalistes craignent une flambée du nombre de cas à traiter et donnent leurs conseils avant que les problèmes ne se manifestent.

Durant les trois derniers mois, ils étaient cajolés, caressés à souhait et aimés comme jamais. Une étude d’Invoxia a même calculé que pendant le confinement, les chiens ont vu leur temps de promenade augmenté de 40% et les caresses reçues de 43%. Et ils l’ont bien rendu à leurs maîtres, puisque leur présence avait réduit leur stress de 43% selon un sondage du refuge britannique Battersea Dogs & Cats Home, ils sont maintenant délaissés par leurs propriétaires déconfinés. Les animaux de compagnie se retrouvent… sans compagnie. Un changement brutal qui peut avoir des conséquences graves pour leur bien-être.

Alerte aux comportements anormaux!

Évidemment, un chien n’est pas un chat et chacun réagit différemment à cette épreuve. Mais globalement, les risques de voir des signes d’anxiété sont bien réels. «Il y a une grosse crainte de voir une hausse des problèmes de comportements chez les animaux de compagnie, particulièrement chez les chiens», s’inquiète Jean-Michel Delhauteur, comportementaliste canin. «Avec la reprise du travail, il leur est impératif de réapprendre la solitude».

Pour les chiens, les signes de détresse peuvent être nombreux et lors du retour à la maison, un bilan s’impose pour juger de la situation. «Lorsqu’on rentre, on peut constater les faits : si le chien a causé des destructions, aboyé abondamment et tout autre comportement anormal. Mais cela dépend aussi des chiens et du lien avec le maître», précise Jean-Michel Delhauteur. Tout changement d’habitude est donc un signal d’alerte. Cela vaut aussi pour les chats par exemple, même si pour eux l’absence se concrétise plus souvent par une immobilité en se réfugiant là où l’odeur du maître est la plus forte.

«La majorité des problèmes chez le chien sont dus à un manque quant à ses besoins. Avec le déconfinement, non seulement il se retrouve seul mais il ne peut pas non plus sortir et il lui est impossible de se dépenser correctement», dit le comportementaliste qui est notamment préoccupé pour certaines races: «Par exemple, je vois en ville beaucoup de border coolies et de bergers australiens alors que ce sont des chiens qui ont besoin de se dépenser. En appartement, ils n’ont que peu d’espace pour cela. En choisissant son chien par effet de mode, les maîtres provoquent des comportements négatifs».

Mieux vaut prévenir que guérir

La question maintenant, c’est de savoir comment réhabituer les animaux de compagnie à être seuls. Heureusement, ce ne sont pas les astuces qui manquent. Cela peut être par exemple l’installation de jeux ou de récompenses dispersés dans l’habitation pour associer la solitude à un sentiment positif. Il est aussi possible que le maître fasse des sorties de plus en plus longues pour habituer l’animal à l’absence, au fur et à mesure du déconfinement. «Il va falloir quelques jours pour qu’ils prennent leurs marques. La peur de l’abandon ne devrait pas être perdurer mais il faut vraiment réhabituer l’animal à être seul», conseille Jean-Michel Delhauteur qui ajoute qu’il «n’y a pas vraiment de méthode miracle. Tout ce qui fonctionne est bon».

Du côté de ce qu’il ne faut pas faire, il y a le rituel précédant le départ. La systématisation des caresses abondantes avant de quitter la maison est à bannir, cela placerait déjà l’animal dans un état anxieux puisqu’il pressentirait l’épreuve à venir. «Il n’est pas question non plus de mettre un chien dans une cave, ce qui est très préjudiciable pour lui. Le punir n’est, de même, pas une bonne idée».

Le principal, c’est que tous les besoins fondamentaux soient respectés et que les animaux puissent se dépenser autant que nécessaire. «Le chien va probablement dormir une bonne partie du temps mais il faut qu’il s’occupe. Normalement, en respectant ces besoins, le déconfinement devrait bien se passer. Maintenant, ce n’est pas une certitude», n’oublie pas de noter Jean-Michel Delhauteur. Chaque cas doit être pris individuellement.

Si le déconfinement se passe mal, les comportementalistes sont là pour agir. Plus les maîtres viennent rapidement les voir et plus ils auront facile à régler tel ou tel souci. «Il ne faut pas que les problèmes s’installent. Si des mauvais comportements deviennent des habitudes, il est beaucoup plus difficile de s’en débarrasser, comme pour les humains. Le comportementaliste donne ensuite une façon d’agir via des conseils. Ce n’est pas de l’éducation, mais on va expliquer aux gens comment adapter leurs habitudes afin que l’animal le comprenne», conclut Jean-Michel Delhauteur.

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