Ce que signifie être Noir aux États-Unis

Black Lives Matter - Belga
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Le meurtre de George Floyd pose de nouveau la question des violences policières aux Etats-Unis. Mais comment en est-on arrivé là ? Essayons de creuser les racines du mal et de comprendre la réalité quotidienne des Afro-américains.

« The Talk »

Dans toutes les familles afro-américaines arrive le moment où les parents prennent leurs enfants à partie, particulièrement lorsqu'ils sont en âge de sortir, pour une discussion sérieuse. Une discussion autour du sexe ? Des mauvaises fréquentations ? De la drogue ? Non, une discussion sur la police. Et plus concrètement : comment réagir si vous êtes arrêtés par la police ? Cette discussion est appelée « The Talk » et a notamment été mise en scène par George Tillman Jr. dans le film « The Hate U Give » sorti il y a un an. Il nous expliquait la chose à l'époque.

« Ce sont des conseils que les parents donnent à leurs enfants s’ils rencontrent un policier : ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire, ce qui peut arriver. C’est une discussion sur le racisme ambiant de ce pays. Sur le fait que la police ne va pas forcément te protéger. C’est essayer d’expliquer pourquoi Trayvon Martin a été assassiné et pourquoi son meurtrier en est sorti indemne. C’est une discussion que tous les Noirs ont, mais dont la plupart des Américains n'ont pas connaissance ». Il ajoute : « Tous les Afro-américains ont une histoire avec la police ».

Les racines du mal

Le penseur et auteur Ta-Nehisi Coates a mis cette « discussion » par écrit dans un livre, « Une colère noire », une « lettre à [son] fils » qui a l'ambition du lui faire comprendre les racines du mal et pourquoi la police « n'est pas là pour [le] protéger ? ».

« À l'époque de l'esclavage, écrit-il, la loi ne nous protégeait pas. Aujourd'hui, la loi est devenue une excuse pour pouvoir t'arrêter et te fouiller. Autrement dit, elle n'est que le prolongement de cette agression physique (...) Les services de police de ton pays ont été dotés du pouvoir de détruire ton corps (...) Ces gens qui détruisent mettent tout simplement en pratique les lubies de notre pays, en interprétant au pied de la lettre son patrimoine et son héritage ».

Selon lui, le fond du problème vient du fait que l'État-nation américain n'a pas été construit en considérant la population noire : « Voilà ce que je veux que tu saches: en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition – un héritage. (...) La question est de comprendre quel sens politique notre pays, au cours de son histoire, a donné au mot « peuple ». En 1863, « peuple » ne désignait ni ta mère ni ta grand-mère ni toi ni moi. Nous ne faisions pas partie du « peuple » américain. Ainsi, le problème de l'Amérique n'est pas d'avoir trahi le «gouvernement du peuple », mais d'avoir accordé à certaines personnes et pas à d'autres le droit d'être nommées « peuple » ».

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Des États construits sans y inclure les minorités

C'est une réponse similaire que nous a donnée le réalisateur américain d'origine nigériane Julius Onah lorsque nous lui avons posé cette question. « Quand tu réfléchis à la construction du système politique et social en place, tu te rends compte qu'il n'a pas été construit au bénéfice des gens de couleurs ou des femmes. Ce n'est pas un jugement, c'est l'Histoire ».

Mais il ajoute aussi que cette réalité ne se limite pas aux États-Unis. La plupart des pays européens au passé colonial y font face. Nos États-nations se sont construits sur le pillage de pays tiers sans inclure les populations dominées dans l'architecture : « Qu'est-ce qu'être Noir aux États-Unis ? C'est la même question qui se pose en Europe. Qu'est-ce qu'être le produit d'une Histoire qui a nié ton humanité, qui a été le résultat des dommages perpétrés par un pouvoir impérialiste ? A partir de là, comment un pays peut-il être à la hauteur de valeurs comme la Liberté, l'Egalité ou la Fraternité puisque le système mis en place n'inclut pas les minorités ? C'est comme porter des vêtements qui ont été conçus pour quelqu'un d'autre. On te les donne, mais ce n'est pas ta taille. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas été conçus pour toi ! »

Un genou à terre

Un genou à terre

Reste ce geste que les manifestants font et qui a pris une nouvelle connotation depuis la mort de George Floyd : celui de poser un genou à terre. Un geste popularisé par les manifestants des droits civiques dans les années 60 et notamment Martin Luther King, lors de prières publiques. Ce geste a directement été interprété comme un geste de non-violence.

Aujourd'hui, il rappelle la manière dont est mort George Floyd, par la « pression exercée sur son cou » par le genou du policier Derek Chauvin. Le genou à terre exprime la voix d'un peuple qui cherche à s'exprimer mais à qui on coupe le souffle. 

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