Covid-19 : l’espérance de vie diminue en Belgique. Pas les inégalités ?

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Selon le Bureau du Plan, les Belges vont perdre en moyenne 5 mois d’espérance de vie suite à la pandémie. Une baisse qui pourrait bien ne pas impacter de la même manière toutes les franges de la population.

5 mois de moins en moyenne. Selon les dernières prévisions du Bureau du Plan, l’espérance de vie va reculer d’autant en Belgique, pour l’année 2020. La faute au Covid-19, et à l’importante surmortalité que le virus a emmenée dans son sillage. Un recul relativement conséquent, surtout si on considère que la population belge gagne en général 2,5 mois d’espérance de vie chaque année. En prenant en compte l’arrivée du coronavirus, un petit garçon né cette année vivrait en moyenne 79 ans et une petite fille 83,6 ans, à conditions de mortalité constantes.

Cette baisse doit cependant être relativisée : « Dès 2021, en prenant l’hypothèse que l’épidémie sera terminée, l’espérance de vie reviendra sur la courbe projetée avant l’épidémie », prévoient les experts du Bureau du Plan. On est bien ici en présence de projections, qui ne prennent pas en compte des effets induisant une sous-mortalité, comme l’impact du confinement sur le nombre d’accidents de la route, d’accidents du travail ou sur l’amélioration de la qualité de l’air. À l’inverse, le Bureau du Plan n’inclut pas non plus dans son analyse les effets liés aux conséquences économiques et sociales de la pandémie, pouvant potentiellement encore augmenter la surmortalité en Belgique.

Inégalités sociales et espérance de vie ne font pas bon ménage

Si l’espérance de vie va donc globalement baisser en 2020, rien ne dit que cette baisse sera uniforme ni qu’elle impactera de la même manière toutes les franges de la population. Avant le Covid-19 déjà, les inégalités sociales avaient un effet direct sur la santé. En 2018, trois chercheurs de l’UClouvain le montraient dans une étude : le niveau d’instruction, la qualité du logement ou le statut socioprofessionnel sont directement liés à l’espérance de vie. Selon les résultats des auteurs, Thierry Eggerickx, Jean-Paul Sanderson et Christophe Vandeschrick, les Belges plus favorisés vivent en moyenne 9,1 ans de plus chez les hommes et 6,6 ans chez les femmes, par rapport aux populations les moins favorisées.

La pandémie accentuera-t-elle cet état de fait ? Selon Thierry Eggerickx, il est encore trop tôt pour conclure, la crise sanitaire n’étant pas encore terminée, et ses effets pas encore tous connus. Pour autant, considérant que les moins nantis d’entre nous sont également les plus susceptibles de souffrir d’un état de santé dégradé et de comorbidités- des facteurs aggravants-, on pourrait donc « légitimement supposer que la surmortalité que l’on observe, dans le cadre de la crise sanitaire actuelle, concerne davantage les plus défavorisés que les personnes situées en haut de l’échelle sociale » expliquait à La Libre le démographe.

Inégaux devant le Covid-19

Contrairement à la Belgique où les données sont donc pour l’instant manquantes, d’autres pays ont noté une corrélation nette entre inégalités sociales et impact de la maladie. Au Royaume-Uni, le Bureau des statistiques a ainsi relevé que le Covid-19 était plus susceptible de toucher les travailleurs moins qualifiés et les travailleurs pauvres. À Stockholm, on a enregistré en moyenne 13 cas de Covid-19 pour 10.000 habitants, dans l’ensemble de la municipalité. Mais dans les quartiers défavorisés de Spånga-Tensta et Rinkeby-Kista, ce chiffre triple, pour atteindre 37 et 47 cas pour 10.000 habitants. « Là où les gens vivent déjà dans la vulnérabilité et où la santé est pire (qu'ailleurs), la pandémie frappe très fort » expliquait au quotidien Dagens Nyheter (relayé par Belga) Anna Starbrink, conseillère régionale en charge de la santé.

Même chose aux États-Unis, où des analyses ont montrées que les Afro-Américains du Michigan, de l’Illinois ou de New York, généralement plus précarisés et davantage exposés au virus de par les emplois qu’ils occupent, ont plus de risque d’être infectées et de mourir du Covid-19 que le reste de la population. C’est ce qui fait dire à l’anthropologue et médecin Didier Fassin, titulaire de la chaire de santé publique au Collège de France, qu’il est probable que « l’épidémie accentuera un peu plus les inégalités devant la mort qui minent notre société, non seulement du fait des conséquences de la maladie, mais aussi, et plus encore, en raison des effets de la récession économique ».

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