La moitié de l’Horeca risque la faillite: quelle réalité derrière cette sombre statistique?

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Un établissement horeca sur deux serait sur le point de disparaître. Même si la réouverture des bars et restaurants est pour bientôt, ce retour se fait dans la douleur alors que tous les voyants sont au rouge.

«Cela va être un désespoir total et il faut s’attendre au pire». C’est ainsi que Philippe Trine, président de l’horeca bruxellois, décrit la situation. Aujourd’hui, une nouvelle étude de l’expert en données d’entreprises Graydon confirme ses craintes en estimant que la moitié de son secteur risque la faillite. Dans l’hypothèse d’une réouverture le 8 juin, 50% des établissements n’auront pas leurs revenus habituels cet été et 25% continueront à faire face à de sérieux problèmes. En regardant ce qui se passe sur le terrain, ces chiffres prennent d’ailleurs tout leur sens et de toute évidence, la réouverture de l’horeca ne va pas être une partie de plaisir.

Un retour loin d’être simple à organiser

La préoccupation immédiate des professionnels de l’horeca tient dans une équation insoluble: comment assurer le payement de toutes les charges après trois mois sans revenus? Comme si ce n’était pas déjà assez compliqué comme cela, le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) estime dans une enquête que leur retour se fera sans rentabilité, le tiers du chiffre d’affaires manquant probablement à l’appel. «Or la grande majorité des exploitants disent qu’ils ont besoin des trois quarts de leur clientèle pour être rentables», explique le SNI. Un quart des établissements ne devraient d’ailleurs pas ouvrir directement à cause de ce fait-là. Et si les trois autres quarts le feront, c’est «principalement parce qu’ils ont besoin de liquidités pour payer les frais de fonctionnement tels que les factures (énergétiques) et le loyer».

Pour ceux qui auront décidé de rouvrir, il faudra ensuite jongler entre de nombreuses difficultés. «Prenons le cas d’un restaurant de 40 couverts: il devra avoir moitié moins de tables à cause des mesures de sécurité. De plus, les 20 couverts restants ne seront probablement pas assurés du fait de l’absence des clients qui auront peur du Covid-19. Comment tenir lorsque ce restaurant a une équipe prévue pour 40 personnes? Les salaires des employés représentent déjà 45-55% des frais», s’inquiète Philippe Trine.

«Ce n’est pas ici comme pour un marchand de chaussures qui a pu rouvrir avec son stock d’avant crise resté dans des boîtes. Dans un restaurant, il faut tout recommencer. Ajoutez à cela un scénario où il pleut souvent : les établissements auront non seulement payé cher leurs équipements sanitaires mais ils n’auront en même temps plus le revenu de la terrasse», alerte-il.

Une réaction en chaîne

Tous ces problèmes sont loin d’être simples à gérer pour l’horeca qui bénéficie déjà en temps normal de marges faibles avec les difficultés financières qui en découlent. Mais en plus, les exploitants n’oublient pas qu’en-dehors de leurs établissements, la crise va forcément avoir un impact sur la saison touristique estivale, et donc sur eux.

«Les hôtels souffrent terriblement parce qu’il n’y a toujours pas de touristes, notamment étrangers, et ce n’est pas le Bruxellois ou le Liégeois qui va aller chez eux. Et si les hôtels ne se remplissent pas, cela se fait ensuite sentir dans les restaurants et les cafés. Tout se tient terriblement», fait remarquer Philippe Trine. Il n’est pas non plus rassuré par le fait qu’un Belge sur trois devrait passer ses vacances en Belgique, comme le dit une étude de Toerisme Vlaanderen. «Il ne faut pas oublier que s’ils restent là, c’est aussi parce qu’ils n’ont plus assez d’argent pour partir. Du coup, ils vont dépenser moins. Je ne vois rien de bon se profiler», se désole-t-il.

Des nuances selon la géographie et l’offre

Enfin, il estime que les conséquences globales de la crise se feront sentir de façon différente en fonction des localités. L’horeca qui vit grâce aux grands événements sera ainsi logiquement plus impacté puisque ceux-ci n’auront pas lieu. «Si cela ne reprend qu’à la toute fin de l’année, vous vous rendez compte de l’impact sur nous?». Dans les grandes villes, le bilan devrait être aussi particulièrement dur parce que l’été y est traditionnellement une saison plus calme. La population préfère passer son temps sur la côte ou dans les Ardennes où, de ce fait, les entreprises de l’horeca devraient mieux tenir le coup. «Mais si ceux-ci ratent aussi la saison estivale, c’est fini pour eux», prévient Philippe Trine.

Pour terminer, il faut nuancer selon le type d’établissement. Par exemple, il est beaucoup plus facile de faire redémarrer une pizzeria qui a besoin de produits simples à se procurer (farine, sel, tomates…). «C’est beaucoup plus compliqué pour un restaurant avec une grande carte qui va être diminuée. Cette adaptation va même peut-être retarder la réouverture de quelques jours. C’est une énorme catastrophe» conclut Philippe Trine qui attend avec impatience les conclusions du prochain conseil national de sécurité, prévu pour mercredi 3 juin.

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