New Deal vert européen: révolution ou « green washing »?

Ursula Von der Leyen - Belga
Ursula Von der Leyen - Belga
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L'ambitieux plan de relance économique proposé par la Commission européenne est fortement lié au Pacte vert qui vise la neutralité carbone du continent pour 2050. Une utopie ?

Comment sortir de la crise du coronavirus la tête haute ? Comment éviter une dépression économique ? La Commission européenne a dévoilé son plan. Un plan de relance particulièrement ambitieux de 750 milliards d'euros, pas moins. 500 milliards de subvention et 250 milliards de prêts dont chaque pays membre bénéficierait selon ses besoins et la façon dont il a été touché par la crise sanitaire.

Où trouver l'argent ? En faisant un emprunt au nom de la Commission, ce qui implique la fameuse mutualisation des dettes refusées par les « quatre frugaux » (Autriche, Pays-Bas, Suède, Danemark). Tout cela est encore très théorique, donc, mais tout est sur le plan. Y compris les conditions pour bénéficier de ce plan de relance. A savoir que les pays membres accélèrent la transition numérique et énergétique. Recommencer, oui, mais pas comme avant. En bref, le « New Deal vert » est au coeur du plan de relance européen.

Macron Merkel

Concrètement, le « Green Deal », c'est quoi ?

Selon les mots de la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen, c'est « l'homme sur la lune » pour l'Europe. Qui doit, en 2050, devenir le premier continent climatiquement neutre. C'est le première objectif. L'autre étant une réduction des émissions de gaz à effets de serre de 55% en 2030. Pour chaque secteur (l'industrie, les transports, les bâtiments, l'alimentation, l'énergie), l'idée est de relancer l'économie de manière verte. La croissance ne doit plus être attachée à l'exploitation des ressources.

Les mesures proposées, concrètement :

    - un plan d'action pour l'économie circulaire

    - une stratégie « de la ferme à l'assiette » pour une alimentation sûre et de qualité

    - une stratégie de mobilité (favoriser les déplacements alternatifs, les innovations technologiques – les voitures électriques à pile à hydrogène vert...)

    - une stratégie forestière (préservation des forêts et reboisements)

    - un examen et une révision si nécessaire des instruments de politique climatique déjà mis en oeuvre (comme le système d'échange des quotas d'émission)

    - une révision de la directive sur la taxation de l'énergie, sur les subventions aux combustibles fossiles et les exonérations fiscales (aviation, navigation).

Berlin

Qu'est-ce que cela signifie pour la Belgique ?

On a peu entendu nos autorités sur ce Pacte vert européen. Et pour cause, sans gouvernement de plein pouvoir et étant donné les divergences qu'il existe entre les régions (la Flandre, notamment, est plutôt tiède à ce projet), le Royaume a gardé le silence. Notons tout de même que la Belgique pourrait bénéficier de 5,5 milliards d'euros avec ce plan de relance. Ce qui n'est certes pas négligeable (même si c'est moins que pour des pays plus touchés par le Covid).

Cependant pour pouvoir les toucher, le pays devra faire des efforts. Ou plutôt, ses trois régions... En premier lieu, en se mettant d'accord sur un plan d'action commun. Chose de moins en moins aisée. Ensuite, parce que la Belgique est actuellement dans le ventre mou du classement des émetteurs de CO2 européens. Notre pays émet 12 tonnes de CO2 par personne par an. L'objectif pour 2030 est d'attendre 5,4 tonnes de CO2 par personne par an. Outre l'industrie (46% d'émissions), c'est le chauffage des bâtiments qui pèse le plus (18% des émissions) et les transports (22,5%). Bref, il faudra redoubler d'efforts, d'autant que depuis trois ans, les émissions de CO2 de notre pays stagnent...

Belgique - Belga

Utopie ? Menace pour l'économie ? « Green washing » ?

La suite, c'est d'abord d'avoir l'accord des 27. Ce qui est loin d'être fait étant donné les réserves, non seulement des « quatre frugaux », mais aussi de pays pollueurs comme la Pologne. A noter qu'une option de retrait de la Pologne est prévue... Quoi qu'il en soit, les négociations vont aller bon cours dans les couleurs du côté du rond point Schuman pour faire pencher la balance. Et que le fait que l'Allemagne accepte soudain de mutualiser les dettes est un grand pas qui semblait improbable il y a à peine quelques jours.

L'emprunt collectif semble en tout cas la seule option pour financer un tel projet. En cela, la crise de coronavirus est une opportunité pour changer les mentalités et pousser à une véritable révolution copernicienne où la Commission prendrait le leadership d'une intégration européenne en stand by depuis plus d'une décennie.

Reste à savoir sir cette révolution verte est une bonne chose pour l'économie européenne... Ou au contraire un gouffre utopique dans lequel le continent risque de se perdre ? Selon le penseur américain Jeremy Rifkin, auteur du récent Le New Deal vert mondial, cette « troisième révolution industrielle » est au contraire la seule voie possible pour éviter une nouvelle grande dépression. Et qu'on le veuille ou non, elle est déjà en marche. Du fait des politiques mises en place il y a dix ans et de l'évolution des technologies et, donc, des infrastructures (internet et les énergies vertes remplaçant les réseaux routiers et les énergies fossiles), mais aussi, parce que les acteurs du secteur financier, « confrontés à la perspective d'un volume d'actifs bloqués gigantesque », se détournent des énergies fossiles pour investir dans les énergies renouvelables. « Les forces du marché sont en train de venir à bout de la civilisation des énergies fossiles. La vitesse et l'ampleur de cette disruption sont sans précédent ». Il table sur une telle disruption à 2028 et ajoute : « Cet effondrement est inévitable ».

 

 

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