Twitter corrige Trump: les réseaux sociaux font leur révolution

Trump vs. Twitter - AFP
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En mettant en garde quant à la véracité des messages du président américain, Twitter s'assume en tant que média et cherche à éviter les dérives de 2016. Explications.

On nous avait prévenu : « Donald Trump sera un président qui tweete ». De fait, près de quatre ans après son accession à la Maison Blanche, on s'en est aperçu. Donald Trump tweete le matin, le midi, le soir. En moyenne, 29 fois par jour. Sur tout et souvent n'importe quoi. Ainsi, parmi ces XXX tweets depuis janvier 2017, le Washington Post, qui s'est amusé à répertorier chacune de ses déclarations « fausses ou fallacieuses » a dénombré... 18.000 fake news colportées par le président.

Il s'avère qu'en l’absence de modération de la part de Twitter, le président des Etats-Unis peut dire n'importe quoi sur n'importe qui sans rien risquer. Il dispose en effet d’une impunité presque totale d’un point de vue pénal grâce à une loi de 1988 qui protège les employés fédéraux contre des poursuites pour diffamation. Sauf que cette fois-ci, pour la première fois, Twitter a décidé de réagir. Et donc, de modérer, en ajoutant sous deux tweets présidentiels une remarque « À vérifier » avec un lien vers deux articles de presse (du New York Times et de CNN) désavouant les dires du président.

Les deux messages en question avaient pour sujet le vote par correspondance que certains États, pandémie de Covid 19 oblige, pensent mettre en oeuvre lors de la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en novembre. Selon Donald Trump, le vote par correspondance faciliterait la fraude électorale, ajoutant que la Californie était le théâtre potentiel d’« une élection truquée ». Des accusations qui, il y a encore deux jours, auraient été reprises aveuglément par des millions d'Américains. Mais aujourd'hui, petite révolution dans le monde du World Wide Web des réseaux sociaux, un modérateur les prévient : « Cette information est À VERIFIER ».

Trump Twitter AFP

Pourquoi est-ce important ?

Parce que pour la première fois, un réseau social assume son rôle de média avec les responsabilités qui vont avec. À savoir, faire le tri entre les vraies et les fausses informations. Tout du moins, Twitter fait la moitié du chemin, montrant la route vers d'autres sources (des articles de presse ou d'études universitaires) pour que chacun se fasse une idée plus juste de ce qui est dit et asséné sur sa plateforme. Or, jusqu'ici, les réseaux sociaux, Facebook en tête, sous couvert de « liberté d'expression », se sont toujours refusés à modérer les propos postés sur leurs plateformes. Avec les résultats que l'on sait...

Ce n'est pas une exagération de dire que Facebook, Twitter et les autres (mais principalement Facebook) ont donné un coup de pouce à Donald Trump et aux pro-Brexit en 2016. Comment ? En vendant les données personnelles de leurs utilisateurs pour des publicités à caractère politique. Grâce à ses données et ses algorithmes, Facebook peut cibler une population qui sera tout ouïe pour les discours de Donald Trump ou Nigel Farage.

Scott Galloway, professeur à la New York University Stern of Business, explique la chose dans son ouvrage The Four : The Hidden DNA of Amazon, Apple, Facebook and Google : « Facebook et le reste des médias drivés par des algorithmes ne s'encombrent pas de modérateurs. En lieu et place, ils découvrent que vous penchez pour les Républicains et vous abreuvent de news républicaines, jusqu'à des publications de Breitbart (le média de l'ancienne éminence grise de Trump Steve Bannon – NDLR) et autres adeptes des théories du complot. Les vrais croyants, qu'ils soient de droite ou de gauche, cliquent sur l'appât. Les posts qui ont le plus de clics sont ceux qui sont conflictuels, qui jouent sur la colère et les émotions ».

Facebook

Pourquoi maintenant ?

Il y a une élection présidentielle qui se tient en novembre... Afin d'éviter le fiasco de 2016, Twitter a annoncé qu'il refuserait désormais toute publicité à caractère politique. « Nous pensons que la portée d'un message politique doit se mériter, pas s'acheter », déclarait en novembre son PDG Jack Dorsey. Quelques mois plus tard, il annonçait que Twitter signalerait désormais de manière visible la désinformation propagée par des personnalités publiques en complétant le tweet par des liens vers des articles de presse ou des recherches universitaires. Dont acte – le président brésilien Bolsonaro en a déjà fait les frais le 2 avril après avoir fait l’apologie de l’hydroxychloroquine et en invité à cesser toute forme de distanciation sociale, des tweets qui ont purement et simplement été effacés.

Twitter s'assume donc comme média. C'est une première. Et cela pourrait transformer le monde jusqu'ici intouchable des réseaux sociaux et renforcer quelque peu nos démocraties. Du moins, si les autres suivent... Or, ce n'est pas l'idée de Facebook qui est d'accord pour plus de vigilance, mais certainement pas pour changer les règles. Mark Zuckerberg répétant que « dans une démocratie, c'est aux gens à décider ce qui est crédible, pas aux entreprises de la tech». Problème, des études neurologiques (notamment celles de Benjamin Libet sur le libre arbitre) tendent à démontrer que nous cliquons sur un lien par impulsion plutôt que de manière réfléchie. Selon Scott Galloway, « Facebook exploite ces besoins impulsifs pour nous faire passer plus de temps sur sa plateforme ».

L'auteur ajoute : « Les fake news sont une grande menace pour notre démocratie. Mais elles font partie du business. S'en débarrasser forcerait Facebook à accepter le rôle d'éditeur du média le plus influent du monde. Il devrait commencer à trier le vrai du faux. Cela créerait des discussions et des suspicions – ce à quoi les autres médias font face. Surtout, en abandonnant les fake news, Facebook sacrifierait des milliards de clics et, donc, des tonnes de revenus (...) Facebook a une bonne raison de ne pas se voir comme un média. C'est trop de travail et ça risque de mettre à mal sa croissance ».

Quant à Donald Trump, il vient de menacer Twitter de fermeture pure et simple. La campagne présidentielle américaine est lancée...

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