Hydroxychloroquine : l’OMS suspend les essais cliniques, pas le débat

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L’Organisation Mondiale de la Santé a annoncé avoir suspendu « temporairement » les essais à base d’hydroxychloroquine, après la publication vendredi d’une étude jugeant inefficace, voire dangereuse le recours à la molécule contre le Covid-19.

Ce lundi, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a annoncé que « Solidarity », le vaste programme international visant à trouver un traitement contre le Covid-19, suspendait « temporairement » les essais cliniques à base d’hydroxychloroquine. Cette mesure, prise par précaution, sera maintenue le temps d’analyser les données déjà recueillies auprès de 3500 patients dans 17 pays. Cette décision intervient trois jours après la publication d’une étude dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet, qui jugeait inefficace et potentiellement dangereux le recours à l’hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19.

Dérivée de la chloroquine, qui est prescrite depuis longtemps contre le paludisme, l’hydroxychloroquine est administrée pour traiter le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Depuis la fin-février, cette molécule est au centre d’une controverse scientifique, depuis que l’infectiologue français Didier Raoult a vanté son efficacité face au coronavirus. Débordant rapidement du champ scientifique, le sujet a fait irruption dans le débat politique français puis international et a fait l’objet de batailles rangées dans les médias ou sur les réseaux sociaux ; Donald Trump s’est par exemple fait le défenseur de l’hydroxychloroquine, en affirmant en prendre quotidiennement, à titre préventif.

Une étude « foireuse » selon Raoult

L’étude de The Lancet  sur laquelle s’appuie l’OMS pour justifier sa décision est une analyse menée sur base du dossier médical de 96.000 patients entre la fin 2019 et la mi-avril 2020. Environ 15.000 patients ont reçu un traitement à base de chloroquine ou d’hydroxychloroquine (en association ou non avec un antibiotique). Ce traitement a ensuite été comparé avec les résultats des 81.000 malades du groupe témoin, auxquels on n’avait pas administré ces molécules. Conclusion des chercheurs ? L’administration de (l’hydroxy)chloroquine a été associée à « un risque accru arythmie ventriculaire et de décès à l’hôpital ».

Face à ces résultats, Didier Raoult n’a pour autant pas baissé pavillon. « Notre première grande étude sur plus de 3.600 patients nous permet d’avoir une vision assez claire: la mortalité est de 0,5%, c’est-à-dire la plus basse au monde, a contre-attaqué l’infectiologue. Je ne sais pas si ailleurs l’hydroxychloroquine tue, mais ici elle sauve beaucoup de gens ». Le directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée a par ailleurs qualifié l’étude publiée dans The Lancet de « foireuse ». Il faut dire qu’elle n’entre pas dans la catégorie des essais cliniques randomisés, qui réunissent des groupes de patients aux caractéristiques comparables et constitués de manière aléatoire pour éviter le plus possible les biais méthodologiques.

Discovery en retard

Si la décision de l’OMS apporte un peu plus de poids aux détracteurs de l’hydroxychloroquine, elle ne vient donc pas encore clore définitivement le débat. Les résultats de « Discovery », un autre programme d’essais cliniques menés à l’échelle européenne, étaient attendus début mai et promettaient de trancher la question. « Discovery » ne livrera probablement pas de conclusions avant plusieurs semaines, en raison notamment d’un manque de patients pour constituer des échantillons d’étude assez représentatifs. En attendant, les précautions prises par l’OMS n’ont semble-t-il pas convaincu tout le monde : ce mercredi, le ministre de la santé brésilien a en effet recommandé l’usage de de chloroquine et de l'hydroxychloroquine pour les patients légèrement atteints par le Covid-19.

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