Le Covid-19 touche plus les travailleurs moins qualifiés et les quartiers pauvres

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Le Bureau britannique des statistiques a déterminé quels étaient les métiers les plus à risque vis-à-vis du coronavirus. Il s’agit souvent de professions où les plus pauvres sont plus représentés. Le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem valide cette analyse.

La crise sanitaire se superposerait-elle aux inégalités socio-économiques? C’est en tout cas l’avis du Bureau britannique des statistiques. Comme ce dernier l’a communiqué en introduction de l’une de ses études, «les hommes exerçant les professions les moins qualifiées présentaient le taux de mortalité lié au Covid-19 le plus élevé». Ce constat entre en résonance avec un autre résultat du même institut: les quartiers défavorisés d’Angleterre sont deux fois plus touchés par le virus. De là à dire que la pauvreté est un facteur de risque face au coronavirus, il n’y a qu’un pas.

Au bout du compte, les minorités ethniques trinquent

Si l’on regarde un peu plus aux données du Bureau britannique des statistiques, parmi les métiers les plus touchés par le Covid-19, on trouve les agents de sécurité, les chauffeurs, les cuisiniers, les vendeurs et les travailleurs en maisons de retraite. Pour Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral, cela n’est pas étonnant et il est bel et bien possible de faire ici le lien avec les quartiers pauvres.

«Beaucoup de métiers où le contact humain est plus étroit comptent parmi les moins rémunérés», dit-il en pointant le risque qui en découle dans le cadre de la crise actuelle. «Pour prendre un exemple, un avocat est moins facilement exposé au Covid-19 qu’un employé des transports publics ou un gardien dans un stade. Même si ce n’est pas toujours le cas, la proximité est souvent liée à un salaire plus bas, tant sur le lieu de travail qu’à la maison d’ailleurs. Comme ligne directrice, cette analyse n’est sûrement erronée».

Yves Van Leathem pousse le raisonnement plus loin en reprenant les études ethniques des pays anglo-saxons, les minorités issues de l’immigration étant aussi les principales victimes des inégalités sociales: «Si l’on retrouve par exemple une surreprésentation des personnes d’origines africaines parmi les malades du Covid-19, c’est de toute évidence lié au fait qu’il y a aussi chez eux une concentration de métiers de type chauffeur de taxi, infirmière… ». Son point de vue est d’ailleurs appuyé par le Bureau britannique qui indique que « 63% des travailleurs dans le domaine de la santé morts du coronavirus sont noirs ou issus de minorités ethniques».

Un facteur important mais pas unique

Pour les Britanniques comme pour Yves Van Leathem, ces faits sont donc logiques. Cela fait depuis longtemps que des études montrent que l’espérance de vie est moins importante parmi les ouvriers que parmi les très diplômés. Voir ce même phénomène se répéter avec le Covid-19 n’est donc pas une surprise. «Il est plus facile de se confiner dans le Brabant wallon qu’à Saint-Josse. La différence de niveau de vie implique une facilité pour limiter les risques de contamination avec plus d’espace en ne vivant pas les uns sur les autres, une meilleure intégration des mesures de précaution, la possibilité d’avoir une voiture pour éviter les transports en commun, etc.», explique Yves Van Laethem.

Ce dernier regrette d’ailleurs de ne pas pouvoir se baser sur des données suffisantes pour analyser le phénomène en Belgique. On peut cependant noter qu’à l’étranger, les statistiques officielles indiquent que les localités pauvres sont parmi les plus touchées par le coronavirus. Comme le montre France Info, c’est ainsi le cas de la Seine-Saint-Denis en France, du Bronx et du Queens à New York ou encore des quartiers défavorisés de Barcelone.

Est-ce que cela permet d’expliquer tous les foyers de Covid-19 dans le monde? Probablement pas. Cela reste un indicateur parmi d’autres. Par exemple, en Belgique, Yves Van Leathem explique les taux importants dans le Limbourg et le Hainaut par trois facteurs: «D’abord, il y a la proximité des frontières et donc de régions où il y avait plus de cas. Ensuite, on peut noter la forte présence d’une communauté italienne qui, à son insu, a pu ramener le virus d’Italie pendant les vacances de Carnaval, à un moment où on ne mesurait pas encore l’ampleur de l’épidémie. Enfin, il y a l’organisation de fêtes lorsque le Covid-19 est apparu en Belgique, ce qui a participé à sa propagation». Les foyers belges seraient donc probablement liés aux canaux originels qui ont permis au virus de se répandre dans le pays. Après, libre au Covid-19 de se propager comme il le peut, par exemple en touchant les plus pauvres.

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