L'Afrique ne craint pas le Covid-19

Cape Town, Afrique du Sud - REUTERS
Cape Town, Afrique du Sud - REUTERS
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Depuis le début de l'épidémie, on prédit que l'Afrique est une bombe à retardement. Pourtant, quatre mois plus tard, même si le nombre de cas continue d'augmenter, elle n'a toujours pas explosé. Quelles en sont les raisons ?

Ce 22 mai, on recèle 99.000 cas de Covid-19 sur le continent africain dont 3.000 morts. Soit à peine plus de 1,5% des cas au niveau mondial pour une population qui représente 17% de l’humanité. Bien sûr, ces chiffres officiels sont à prendre avec des pincettes. Le manque de dépistage, l'isolement de certaines régions et la jeunesse de la population – laissant envisager de nombreux cas asymptomatiques – font que le nombre de cas réels est bien supérieur à ce qui est donné. Au Cameroun, par exemple, les autorités considèrent que les chiffres officiels ne représentent que 30% de la réalité. Pour autant, on est bien loin de la prédiction de 300.000 morts qui était faite par des experts au début de l'épidémie. Un miracle africain ?

Pretoria, Afrique du Sud - AFP

Les raisons de la résistance africaine

Les virologues et autres observateurs avancent plusieurs raisons.

·         Tout d'abord, l'Afrique reste à la périphérie du réseau international. Si les échanges avec la Chine se sont multipliés ces dernières années, on est encore loin des liaisons qui existent entre la Chine et l'Europe. Cela a sans doute permis d'éviter l'arrivée rapide du virus sur le continent.

·         Ensuite, l'OMS, très présente sur le continent, a très tôt mis en place une plateforme onusienne pour sécuriser l'apport de matériels et de tests de dépistage pour le continent via deux laboratoires de référence situés au Sénégal (Institut Pasteur de Daker) et en Ethiopie (Africa CDC à Addis-Abeba).

·         Par ailleurs, l'Afrique est habituée des épidémies. Ces quatre dernières années, le continent a dû faire face à... 500 épidémies, la grande majorité n'étant pas du tout médiatisée. Cela a forgé la mise en place de structures de santé locales, là aussi avec l'aide de l'OMS. A défaut d'hôpitaux équipés, le continent peut compter sur de petites structures disséminées un peu partout avec une faculté de surveillance et de suivi des populations locales.

·         Certains virologues se demandent d'ailleurs si le fait de régulièrement faire face à des épidémies n'a pas amené les Africains à développer plus de résistance aux bactéries pathogènes.

·         Enfin, la jeunesse de la population (20 ans d'âge médian sur le continent) fait que le taux de létalité du virus est bien moindre qu'ailleurs dans le monde.

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Augmentation constante du nombre de cas

Pour autant, l'Afrique n'est pas immunisée face au Covid-19. Le nombre de cas augmente de jour en jour, et de plus en plus rapidement, à hauteur de 40% de cas en plus chaque semaine par rapport à la précédente. C'est le nord du continent qui est le plus touché (l'Egypte, l'Algérie, le Maroc...), mais aussi l'Afrique de l'Ouest (principalement au Nigeria) et du Sud.

Le SARS-CoV2 se déplace, touchant aujourd'hui l'Amérique du Sud (et particulièrement le Brésil et le Pérou), l'Inde, la Russie et l'Arabie saoudite, sans oublier les Etats-Unis qui restent le pays le plus touché au monde, elle pourrait ensuite se déplacer et toucher durement l'Afrique. Ce qui ne manquerait pas d'amener une catastrophe humanitaire. Mais jusqu'à présent, c'est bien la région du monde qui s'en tire le mieux face à la pandémie. Comme le soulignait l'économiste et intellectuel sénégalais Felwine Sarr à TV5 Monde : « L'Europe s'inquiète pour l'Afrique, mais l'Afrique s'inquiète pour l'Europe ».

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