Secondes résidences autorisées: le déconfinement renforce-t-il les inégalités?

Une cabine sur la plage déserte d'Ostende. © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE
Une cabine sur la plage déserte d'Ostende. © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE
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Juste avant le week-end de l'Ascension, le Conseil National de Sécurité a levé l'interdiction de séjour en seconde résidence. Une décision in extremis qui ne plaît pas à tout le monde...

La pression se faisait de plus en plus forte ces derniers jours, du côté des propriétaires mécontents d'être toujours privés d’accès à leur bien, mais aussi des bourgmestres de la Côte et de la N-VA. Leurs appels (et actions en justice) ont été entendus: les Belges peuvent désormais rejoindre leur seconde résidence.

Annoncée mercredi par le ministre-président flamand Jan Jambon, à la veille du congé de l'Ascension, la levée immédiate de cette interdiction tombe à pic, mais elle n'est pas sans risque. Plus tôt dans la journée, le gouverneur de Flandre-Occidentale Carl Decaluwé affirmait que « la Côte n’était pas prête à recevoir l’afflux de résidents secondaires ». Craignant une vague d'arrivées sur le littoral belge, il appelait d'ailleurs les concernés à ne pas s'y rendre en masse. « S’il y a trop de monde, nous ne pourrons pas maintenir les distances de sécurité suffisantes le long de la digue. » Les bourgmestres se veulent, eux, plus optimistes, et se disent prêts pour faire face à cet afflux potentiel, considérant ce week-end d'Ascension comme « un bon premier exercice avant l'été ».

Privilégier les nantis?

En répondant aux critiques des propriétaires en colère, le gouvernement en a récolté de nouvelles. La principale étant que cette mesure profiterait aux privilégiés. En confirmant la mesure à la Chambre ce mardi après-midi, Sophie Wilmès avait déjà tenté de rejeter cette accusation: « Oui, il y a des propriétaires de villas chics mais aussi de caravanes qui, eux aussi, ont le droit d’aller dans leur seconde résidence ». Cette justification n'a toutefois pas empêché la colère de monter.

« Le golf? Ok. Le tennis? Ok. Les résidences secondaires? Ok. Le reste ? Hooo, il faut vous montrer patient… ne rien précipiter… Bon, ça va finir tout doucement par se voir qu’il y a des chouchous dans la classe », a ironisé l'écrivain Thomas Gunzig.

Le sens des priorités

Au-delà du favoritisme, ce n'est pas l'accès aux secondes résidences, à proprement parler, qui fait l'objet de critiques. Si l'évolution de l'épidémie permet le déplacement, peu d'arguments retiennent les propriétaires de pouvoir profiter de leur seconde résidence, sous les mêmes conditions qu'ailleurs. Ce qui est pointé du doigt ici, c'est surtout la rapidité à laquelle la décision a pris effet. Et l'espace occupé, dans les discussions politiques et dans la presse, par ce sujet qui ne concerne qu'une minorité de Belges, contrairement à d'autres problématiques bien plus urgentes pour le bien-être de tous.       

« L’impression qu’un nombre important d’acteurs politiques s’est davantage préoccupé de pouvoir autoriser au plus vite (et avec succès) les séjours en seconde résidence plutôt que la fréquentation des plaines de jeu, des stages voire juste de l’école est d’une rare violence sociale », critique le militant socialiste Jérémie Tojerow. « Qu'on parle des secondes résidences, villas ou caravanes, n'est pas un problème. Que le silence ou l'aveuglement persiste sur les plaines de jeux fermées, les ados confinés, l'absence de perspective pour les activités des enfants et des jeunes cet été en est un énorme », dénonce Patrick Dupriez, l’ancien coprésident d’Écolo et actuel président d’Etopia, le centre de recherche en écologie politique.

« Le problème est que, pour [les secondes résidences] on puisse prendre une décision rapide par CNS électronique avec publication au Moniteur le soir-même, alors que pour le reste (bien-être des enfants...) tout traîne », pointe Caroline Tirmarche de la Ligue des Familles. Le problème est que les politiques ont davantage parlé de ceux qui ont une seconde résidence que de ceux qui n'en ont aucune.

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