Pour sortir de la crise, aller chercher l’argent là où il se trouve ?

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Face à la crise économique qui s’annonce, l’idée de taxer davantage les grosses fortunes refait surface. Faisable, à court-terme ?

Les épaules les plus larges doivent soutenir les charges les plus lourdes. C’est grosso-modo le principe de la proposition suivante : pour réduire les inégalités et œuvrer à une société plus solidaire, il faut taxer davantage les plus nantis d’entre nous. Ce mercredi la CSC a, par l’entremise de son président Marc Leemans, lancé une série de propositions pour répondre à la crise économique qui menace. Parmi elles, une imposition sur la fortune de 1%, pour les patrimoines supérieurs à 1 million d’euros.

Taxer les grosses fortunes : l’idée n’est évidemment pas neuve. En Belgique, elle est régulièrement avancée par des organisations syndicales comme la CSC ou la FGTB, des acteurs comme le Réseau pour la Justice Fiscale (qui réunit une trentaine d’ONG, de mouvements et d’associations en Wallonie et à Bruxelles) ou des partis comme le PTB. La gauche de la gauche a d’ailleurs récemment recyclé sa « taxe des millionnaires » en une « taxe corona » ; selon le PTB un impôt exceptionnel de 5% sur les multimillionnaires ne concernerait que 2% de la population, mais permettrait de soutenir les finances de la sécurité sociale, soumise à rude épreuve par l’augmentation du chômage économique qui a suivi l’arrivée du Covid-19.

Impossible sans cadastre des fortunes

Pour Philippe Defeyt, président de l’Institut pour un Développement Durable (IDD), un effort collectif pour affronter la crise économique est inévitable. « Il va bien sûr falloir penser à des solutions équitables. Tout le monde va devoir, d’une manière ou d’une autre contribuer. Une forme ou l’autre de contribution de crise me paraît donc importante ». Mais pour l’économiste, la première des conditions requises pour une taxation des grosses fortunes fait défaut : « Il n’y a pas de cadastre des fortunes en Belgique ». Pour qu’un impôt sur la fortune soit efficace, il faut en effet qu’il prenne en compte tous les types de revenus : revenus du travail (salaires, traitements, etc.) et revenus du capital (actifs immobiliers et mobiliers).

En l’absence d’un recensement plus ou moins exhaustif des avoirs de chacun, il est en effet compliqué d’appliquer une imposition juste, qui tienne compte de la richesse globale d’un individu. Et puis, identifier les avoirs des contribuables les plus riches ne suffit pas ; encore faut-il pouvoir évaluer ces avoirs avec précision. Reste à voir si ces obstacles sont techniquement insurmontables, ou si leur dépassement n’est pas avant tout une question de volonté politique.

Contracter une dette qui ne sera jamais remboursée

Quoi qu’il en soit, Philippe Defeyt préconise d’autres pistes à mobiliser prioritairement pour enrayer la crise économique qui s’annonce. « L’austérité, et la réduction de certaines dépenses (je pense aux soins de santé, à l’enseignement…) me paraissent aujourd’hui politiquement impossibles à justifier. Il va falloir une augmentation des recettes de l’État. Mais avant tout, la réponse évidente pour moi, c’est la (quasi) création monétaire. C’est au niveau européen que tout doit se jouer : via le financement par la Banque Centrale Européenne de la dette des États ». Une dette « perpétuelle », soumise à des taux extrêmement faibles d’intérêts, qu’en pratique, la Belgique n’aurait jamais à rembourser.

Pour l’économiste, une autre solution à mobiliser rapidement serait une plus grande taxation sur le carburant. « Actuellement, avec des cours très bas, taxer davantage le pétrole serait indolore pour le consommateur », conclut Philippe Defeyt.

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