Pourquoi les cas de Covid-19 se multiplient dans les abattoirs

Des vaches dans une prairie, près d’un abattoir en Allemagne
Des vaches dans une prairie, près d’un abattoir en Allemagne
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Le coronavirus a infiltré de nombreux abattoirs à travers le monde. Plusieurs pistes peuvent être avancées pour expliquer un tel phénomène dans ces lieux à l'hygiène en principe irréprochable.

Que se passe-t-il dans les abattoirs? Une centaine de cas positifs sont apparus dans trois établissements en France. Depuis le mois d'avril, des foyers de contagion du nouveau coronavirus se multiplient également dans des abattoirs en Allemagne, qui recense au moins 800 cas confirmés, ainsi qu'aux États-Unis où près de 5.000 employés d'usines de traitement de viande et de volaille ont été testés positifs au Covid-19, dont 20 sont morts. D'autres cas ont été découverts en Australie, au Brésil, en Espagne ou encore au Canada. « Ce n'est pas le cas aujourd'hui en Belgique », assure la Fédération belge de la viande, qui représente les abattoirs et les ateliers de découpe. Outre le respect des mesures habituelles et relatives à la pandémie, elle demande à ses membres de redoubler de vigilance.

Par la viande?

Devant l'ampleur du phénomène, les experts tentent de trouver une explication à cette propagation du virus spécifique aux abattoirs. Plusieurs pistes sont envisagées, d'autres ont déjà été écartées. C'est le cas notamment de l'hypothèse d'une contamination par la proximité et la manipulation des animaux, démentie à ce jour par les scientifiques. « Il n'existe actuellement aucune preuve scientifique quant à la transmission du SARS-CoV-2 d'un animal domestique [de compagnie comme d'élevage] infecté à l'Homme », soulignait l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dans des avis publiés début mars, puis fin avril.

Y a-t-il un risque à manger de la viande ou tout autre aliment contaminé? Aucune crainte pour les consommateurs. L'Anses affirmait « qu’aucun élément ne laisse penser que la consommation d’aliment contaminé puisse conduire à une infection par voie digestive », le coronavirus étant de plus neutralisé au moment de la cuisson. Seule subsiste une « possibilité d’infection des voies respiratoires lors de la mastication » qui, elle, « ne peut être totalement exclue ». 

Gestes barrières difficiles à respecter

À ce stade, les conditions de travail sont considérées comme la piste principale. Les abattoirs, dont l'activité s'est poursuivie pendant toute la durée du confinement, sont dépeints comme des lieux industriels où le travail est pénible, et les gestes barrières difficiles à respecter. En temps normal, les employés doivent suivre un certain protocole sanitaire, qui prévoit déjà le port de gants, de charlotte et de vêtements de protection, ainsi que celui du masque dans certains ateliers. En cette période de pandémie, de nouvelles mesures ont été instaurées, mais celles-ci sont loin d’être respectées. Au sein de ces usines, dans un environnement humide et bruyant, porter un masque peut rapidement devenir inconfortable et complique la communication entre les travailleurs. Autre élément pointé du doigt, qui n'est toutefois pas spécifique aux abattoirs: la promiscuité sur les lignes de production où les employés travaillent côte à côte, mais aussi dans les salles de repos, les vestiaires et autres lieux de passage exigus.

des travailleurs dans un abattoir

© BELGA IMAGE / THIERRY ROGE

Conditions de vie déplorables

La situation en Allemagne a également permis de relever une autre cause des contaminations: le recours massif à des travailleurs étrangers et logés dans des conditions précaires. Sous contrat avec des entreprises d'intérimaires basées en Europe du Sud et de l'Est, ces ouvriers vivent dans des immeubles insalubres et surpeuplés, où le manque d'hygiène et de la promiscuité les rendent propices au développement de maladies. Les foyers de contamination détectés dans les abattoirs ont jeté une lumière crue sur les conditions de vie et de salaire de ces saisonniers du secteur de la viande, que Berlin s'apprête à réguler plus strictement.

L’hypothèse de la circulation de l’air

La dernière hypothèse avancée par les experts concerne des conditions spécifiques aux abattoirs, à savoir la climatisation. Nécessaire à la viande, l'air froid, humide et en circulation constante dans les bâtiments pourrait faciliter la transmission du virus. Ce n'est pas prouvé pour l'heure, mais « c’est tout à fait possible », a avancé auprès de l'AFP, le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Si cette piste était confirmée, elle appuierait l’hypothèse d’une transmission du virus par de fines gouttelettes exhalées par les personnes affectées qui circuleraient dans l’air, et non pas uniquement avec les postillons, plus lourds. Les experts considèrent toutefois que ces aérosols ne sont pas une source importante de transmission du virus.

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