La Belgique est-elle prioritaire pour le médicament et le vaccin contre le Covid-19 ?

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Il est probable que le traitement miracle soit trouvé à l'étranger et que les productions, du moins au début, soient limitées. Quel impact cette réalité aura-t-elle sur les prix et la disponibilité des produits chez nous ? On fait le point.

Actuellement dans le monde, d'après les données regroupées par The Lancet, plus de 1.050 essais cliniques pour un médicament ou un vaccin contre le nouveau coronavirus sont en cours, dont 9 chez nous en Belgique. Si ces dernières sont prometteuses, il est toutefois probable que les premiers résultats probants conduisant à une commercialisation apparaissent en Chine ou aux États-Unis. Donald Trump prédit une disponibilité dès la fin de l'année 2020… Il a aussi été clair en tournant plus ou moins le dos à la coalition mondiale de lutte contre la maladie  : ce sera "America first". Des mots qui commencent à se concrétiser par des faits. L'entreprise française Sanofi, par exemple, a confirmé que les États-Unis ont droit "aux plus grosses précommandes" puisque le géant économique a accepté de partager le risque des recherches à travers un partenariat. Bref, voilà une histoire de gros sous. Dans cette pandémie mondiale, les premiers à l'abri pourraient donc être les plus riches…

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Cela signifie-t-il que certains pays pourraient être délaissés ? Et surtout, à ce jeu hautement immoral pour la vie, quelle place aura la Belgique ? En tant que pays de l'Union européenne, on devrait être relativement chanceux. Philippe van Wilder, professeur au Centre de recherche en économie de la santé, gestion des institutions de soins et sciences infirmières de l'École de santé publique de l'ULB, nuance cependant : "De façon générale, si un médicament est développé par une firme pharmaceutique aux USA, il revient à cette firme de décider où elle fait une demande d'autorisation. Si elle développe un vaccin, elle fera la demande à l'Administration américaine, mais aussi au sein de l'Agence européenne. Elle s'adressera également à l'Asie du Sud-Est, surtout le Japon, la Corée du Sud, et la Chine. En Europe, dès que l'autorisation est obtenue, les questions du prix et du remboursement vont interférer. On constate que des sociétés comme Pfizer, Johnson & Johnson ou GSK vont d'abord s'adresser aux marchés allemand et britannique afin d'obtenir un prix dans ces pays-là, car il y a peu de pression sur les prix. Ce n'est qu'ensuite qu'ils s'adressent à d'autres pays dont la Belgique. Il y a une liberté pour le fabriquant à dérouler le lancement de son produit en vagues : les pays les plus riches pour assurer le retour à investissement d'abord. Les autres arrivent plus tard dans leur chaîne de distribution."

Répondre à la demande mondiale

Dans la lutte contre la pandémie internationale du coronavirus, la demande est néanmoins urgente partout. L'expert reste positif : "La demande sera aiguë pour un pays européen, africain, américain ou asiatique. Cette réalité change les règles. Il faut parfois admettre les bons côtés de l'industrie. On assiste à un consortium pharmaceutique inédit. Les grosses firmes multinationales développent des synergies. Elles investissent par millions, créent des usines en ne sachant pas encore le produit qui y sera développé. Ça me fait penser que le secteur pharmaceutique réfléchit à ce qui sera nécessaire, comment créer une logistique, résister aux pressions qu'ils vont subir des États, même ceux à faible PIB, ou institutions supranationales. Des efforts considérables se font. Il n'y aura donc pas un produit, mais plusieurs. Cela me fait penser que ce sera possible de répondre à la demande mondiale."

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Un traitement, mais à quel prix ?

Les entreprises pharmaceutiques ne sont toutefois pas des ASBL. La question du retour sur investissement se pose forcément même en ce temps d'épidémie. "On constate une pression sociale et éthique des médias, des autorités et de la voix publique pour rendre ces produits accessibles, poursuit Philippe van Wilder. D'abord, le prix de recherche devrait être raisonnable, car on peut se baser sur des choses déjà connues. Ensuite, les États devront négocier. Chez nous, l'Inami s'en charge et les articles sont souvent confidentiels. Cela permet aux fabricants de toujours garder un prix facial élevé tout en remboursant une partie du chiffre d'affaires sur base des volumes de ventes déclarés. Ces mécanismes permettent qu'une Sécurité sociale comme la nôtre puisse rendre l'accès à des thérapies innovantes en maintenant une durabilité au système. On estime le volume de vente de ce médicament ou vaccin et l'Inami dit : on est d'accord de payer 100 % du montant si les ventes restent sous le volume de 5.000 unités. Si on dépasse, on paiera 80 % ou 60 %. Plus on achète, moins c'est cher. Enfin, il ne faut pas oublier que sans la Sécurité sociale, les entreprises pharmaceutiques ne vendraient aucun médicament. Elles sont donc obligées de rester raisonnable…"

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