Après le Covid, une relance durable ?

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Une coalition de plus de 100 experts et entreprises propose un plan pour une relance économique et sociale durable en Belgique. Parmi leurs propositions, l’accélération de l’aide aux activités « soutenables ». Un appel qui résonne étrangement, à l’heure où se joue un drame social à Brussels Airlines.

Construire une Belgique « solidaire, prospère, résiliente et durable ». C’est l’ambition de plus de 100 scientifiques et 182 entreprises de la transition écologique, actives au sein de la coalition Kaya. Collaborant depuis la mi-avril, tout ce petit monde vient d’accoucher d’un plan dénommé « Sophia ». Au menu : une série de propositions concrètes réparties en 15 thématiques (entreprises, fiscalité, mobilité, démocratie, etc.), qui visent à proposer une feuille de route pour une relance économique et sociale durable post-coronavirus. En vue de peser davantage sur le débat public, le plan a été remis ce jeudi à la Première ministre Sophie Wilmès (MR).

Pour ses auteurs, le moment est propice pour penser à l’après Covid-19. « C’est une période charnière, plaide Marek Hudon (ULB), un des économistes ayant planché sur le volet « aides aux entreprises » du plan. Avec la crise sanitaire actuelle et la crise économique qui arrive, c’est maintenant qu’il faut taper sur le clou. » Le clou ? Celui du développement durable, de la transition écologique et sociale.

Caresser et taxer

Pour accompagner cette transition, le plan « Sophia » invite notamment à accélérer le soutien public aux activités économiques « soutenables ». Pas question de relancer l’économie sans rien changer au système, ou en tout cas, sans rien corriger à ses nombreux défauts. Il s’agira donc d’établir une liste de secteurs prioritaires, comme l’Énergie, la Mobilité ou encore l’Agro-Alimentation et d’y concentrer toute la force de l’État. Un État qui devra de sa main gauche, caresser les entreprises oeuvrant à la transition, à coup d’aides ou subventions diverses ; de sa main droite, la puissance publique devra, d’une poigne plus ferme, introduire une fiscalité qui prenne en compte les coûts environnementaux des entreprises (taxe sur les déchets, sur le kérosène, etc.).

Soutenable, Brussels Airlines ?

Ce genre de propositions trouve un écho immédiat dans l’actualité, avec l’annonce cette semaine de la suppression de 1000 emplois chez Brussels Airlines. Le gouvernement fédéral reçoit en effet ce vendredi les dirigeants de Lufthansa, dont fait partie la compagnie aérienne belge, pour discuter d’un éventuel soutien de plusieurs centaines de millions d’euros par la Belgique à Brussels Airlines. Secteur polluant s’il en est, l’aviation peut-elle être considérée comme une activité « soutenable », au moins sur le plan environnemental ? En d’autres termes, l’état Belge doit-il injecter des sommes massives pour venir à la rescousse de Brussels Airlines, et éviter la catastrophe sociale à venir ? « Je ne suis pas spécialiste du secteur aérien, avertit Marek Hudon. Cependant, il est clair que pour le grand public, il est compliqué de comprendre comment il y a quelques mois encore, on parlait de Green Deal, de relance verte, et qu’ensuite, on soutienne des activités comme les vols courtes-distances, à la place d’alternatives qui restent pour le moment trop chères, comme le train. Mais à court-terme, face à l’ampleur du drame social qui menace, cela me semble compliqué de ne rien faire ».

Sybille Mertens fait également partie des signataires du plan. Pour cette économiste de l’Université de Liège, « c’est toujours le même chantage. Tout le monde se dit qu’il faut sauver 1.000 emplois. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit rien faire, mais il ne faut pas mettre des millions sur la table simplement parce qu’il y a une urgence sociale ». D’autant que pour ces chercheurs, des alternatives à moyen-terme existent, comme des fusions ou des partenariats stratégiques avec des compagnies ferroviaires.

Une idée concrète ? Faire stopper les TGV à la gare de Zaventem, plutôt qu’à Bruxelles-Midi. « Les vols courts, qui ne sont de toute façon pas très rentables, singulièrement pour Brussels Airlines, seraient désormais opérés en TGV, explique François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’Université de Liège. Cela pourrait amener des clients supplémentaires à Zaventem pour développer des activités longs courriers vers l'Afrique, qui est le secteur stratégique de Brussels Airlines. Cela permet en même temps de réduire considérablement le nombre de vols ».

Pousser dans une autre direction

En plus de la question des aides à apporter aux entreprises, le plan « Sophia » liste une séries d’autres propositions pour une relance économique et sociale durable. Les auteurs préconisent notamment la suppression des voitures de société, la réduction du coût du travail et de la TVA dans l’économie circulaire ou l’allongement de la garantie légale. Stopper l’urbanisation et prévoir au moins 25% des réserves naturelles sur le territoire, interdire la publicité pour les véhicules les plus polluants… sont autant de mesures avancées qui sans être toutes inédites, visent à colorer de vert et de social une relance post-coronavirus.

 

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