Préservons nos abeilles

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Aujourd’hui s’ouvre la Quinzaine des abeilles et des pollinisateurs partout en Wallonie. L’occasion de remettre en lumière le rôle indispensable de ces insectes menacés.

Protégé par des gants, un blouson et son voile de protection, Michael Marchand, apiculteur en fin de formation, nous ouvre sa ruche. “Ces abeilles-ci sont très calmes”, explique-t-il en tirant un des cadres de bois à l’air libre. Des dizaines d’insectes s’activent, nettoyant les cellules, s’occupant des jeunes larves ou construisant les alvéoles. “Il n’est pas bon d’ouvrir la ruche trop souvent et trop longuement.” On ne les dérangera pas plus longtemps. Ici, au Jardin d’abeilles de Jette, un espace à la fois didactique et pédagogique aménagé par la Société royale d’apiculture de Bruxelles et ses environs (la SRABE), la petite dizaine de ruches appartiennent aux étudiants, à l’instar de Michael, suivant la formation d’apiculture de deux ans dispensée par l’ASBL. “Je voulais me former dans un domaine éloigné de celui dans lequel je travaille, raconte celui qui est publicitaire quand il n’est pas auprès de ses ruches. Certains pensaient, au début de la formation, qu’ils allaient sauver les abeilles et œuvrer pour la biodiversité en devenant capables de s’occuper d’une ruche et d’en placer une dans leur jardin. C’est une fausse bonne idée.”  Bien connues du grand public, les abeilles domestiques (dites “mellifères”) ne sont en réalité que la partie immergée de l’iceberg. Il existe chez nous plus de 400 espèces d’abeilles dont la majorité sont sauvages. Ce sont elles qui, aujourd’hui, subissent le déclin de plein fouet. “Plus d’un tiers des espèces présentes en Belgique sont menacées. Si on prend en compte celles déjà éteintes et en passe d’être menacées, on arrive à 50 %”, alerte Maxime Drossart, chercheur au laboratoire de zoologie de l’UMons. Avec une dizaine d’autres scientifiques, il a dressé la “Liste rouge des abeilles de Belgique”, publiée fin 2019, afin d’évaluer la menace d’extinction de ces espèces. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est  importante. “Dresser ce constat, c’était la première étape d’un processus de conservation, pour mobiliser les foules. Maintenant, on essaie de comprendre les causes de ce déclin avec pour but ultime de stimuler l’action, quel que soit le niveau.” Et si les experts tentent tant d’interpeller les pouvoirs politiques, c’est parce que ces petits insectes pollinisateurs sont loin d’être insignifiants. Sans eux, tout serait déréglé.  Il existe trois grands groupes d’insectes participant à la pollinisation, soit le transfert des grains de pollen permettant la reproduction des plantes à fleurs: les abeilles, les papillons et les syrphes. Leur action, essentielle, structure l’écosystème. Sans butinage, pas de reproduction des fleurs, donc pas de production de fruits ou de graines susceptibles de venir couvrir et protéger les sols puis nourrir les animaux. In fine, outre l’environnement, c’est toute une chaîne d’alimentation que les pollinisateurs maintiennent en vie. “La qualité de la viande et du lait, par exemple, dépend de l’alimentation de l’animal, donc de la pollinisation de ce que celui-ci aura mangé. Cette pollinisation améliore la qualité de production de 70 % des grandes cultures de nos régions. ”  Dans cette parfaite organisation, les abeilles sauvages jouent un rôle important. Elles sont les seules à polliniser certaines plantes, délaissées par les domestiques. D’autres butinent par mauvais temps, quand les mellifères restent bien au chaud dans la ruche. “Ces espèces sont complémentaires. Elles ont chacune leur utilité et on a besoin de cette diversité, rappelle Maxime Drossart. On ne peut pas compter que sur l’abeille domestique pour contenir le déclin. On doit essayer de maximiser la biodiversité. En ce sens, le commerce des pollinisateurs peut devenir pathogène. Si les abeilles mellifères sont placées en trop grandes quantités dans certains milieux, cela risque d’impacter la biodiversité sauvage.” C’est bien là le reproche de certains défenseurs des abeilles menacées: en installant des colonies de ruches à tout-va, sous prétexte de changer le monde, on risque de faire plus de mal que de bien. Un constat que partage Michael Marchand, qui prône une apiculture raisonnée mais déplore un conflit inutile. 

Le temps de l’action

D’autant que les abeilles domestiques sont soumises aux mêmes problèmes que les autres. “L’effondrement des colonies, c’est une réalité. Les abeilles mellifères meurent.” Un changement dans l’environnement, comme un épandage de pesticides sur le champ d’à côté ou la disparition d’une zone en friche, peut être fatal. Elles sont également attaquées par un parasite invasif, le varroa, venu d’Asie et transportant des maladies épuisant les ruches. “L’homme peut néanmoins intervenir, réguler, contrôler et augmenter le nombre de colonies. Le danger est donc plus artificiel, tempère Maxime Drossart. Tandis que pour les abeilles sauvages, on n’a rien du tout…” Enfin si, on a toutes ces petites actions que tout un chacun peut mettre facilement en œuvre pour attirer les pollinisateurs sauvages. 

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Merci le corona?

Au Jardin d’abeilles de Jette, les ruches de Michael et des autres élèves côtoient un immense abri à insectes autour duquel gravitent des abeilles dès que pointe un rayon de soleil. Devant ce drôle de nid, un parterre de végétation basse a été semé à l’intention des espèces sauvages. Les nombreuses fleurs et plantes qui parsèment le lieu lui donnent d’ailleurs des airs de petit paradis terrestre au sein duquel toutes les abeilles peuvent prospérer. “Pour le moment, les abeilles se portent à merveille, constate Michael. Mais on ne peut pas encore dire avec certitude que c’est grâce au coronavirus. Le beau temps fait beaucoup. Après, je suis convaincu que le ralentissement de l’activité humaine aide aussi. Ça modifie moins l’environnement, mais rien ne le confirme scientifiquement.” 

On l’a compris, ce n’est pas en mettant une ruche au jardin que l’on sauvera les abeilles, c’est même bien plus facile que cela. “Avec un tout petit jardin, il y a moyen de faire énormément”, révèle Guillaume. Lui, sensibilisé à la cause, a créé une petite mare dans laquelle il “laisse la vie tourner”, et les abeilles s’abreuver. Il recommande aussi de construire des nids ou abris, comme celui qu’il a imaginé dans un rondin de bois percé de trous, et de planter des essences végétales indigènes comme l’aubépine ou le prunellier. “Je travaille en parcs et jardins, et je vois bien que les jardiniers ne plantent pas toujours des fleurs qui sont attractives pour les pollinisateurs, il faut donc bien se renseigner.”  Laisser une partie de son jardin en friche et créer ainsi un “pré fleuri” est également une bonne alternative, et les pesticides sont évidemment à bannir. Le tout, c’est d’assurer à la fois “le gîte et le couvert” pour ces petites bêtes. “Des gens veulent installer des hôtels à insectes, puis ils nous demandent de pulvériser la pelouse parce qu’elle est pleine de trèfles. On constate parfois certaines contradictions frappantes dans le comportement des gens.” Aussi, Guillaume l’assure, les abeilles sauvages ne sont pas agressives, on pourra les approcher et s’en émerveiller. “C’est important, parce qu’on fait partie d’un milieu qu’on a tendance à oublier. L’abeille et l’homme en symbiose, c’est à cela qu’on doit revenir.” 

Participez au buzz Quinzaine des abeilles et des pollinisateurs

Vous avez construit un abri à insectes, installé une balconnière, planté une haie vive ou semé une prairie fleurie dans le but d’attirer abeilles, bourdons et papillons? Prenez vos réalisations en photo et envoyez-les à la Quinzaine des abeilles et des pollinisateurs. Du 16 au 30 mai, l’événement a pour but de sensibiliser à la diversité des abeilles et pollinisateurs, aux rôles et services qu’ils rendent, à la nécessité de les protéger et aux actions concrètes que nous pouvons tous mener pour y arriver. Confinement oblige, la Quinzaine a dû revoir son programme. Qu’à cela ne tienne, la sensibilisation se fera donc bien cette année via écrans interposés. Pour chaque photo postée, un cadeau de la part de l’ASBL Adalia (coorganisatrice de l’événement avec la Région wallonne) vous sera envoyé. Et pour ceux qui voudraient accueillir des pollinisateurs mais qui ne savent pas trop comment s’y prendre, une boîte à outils avec des idées simples à mettre en oeuvre est disponible sur le site de l’événement: www.abeillesetcompagnie.be
 

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