Pourquoi il faut absolument voir Hollywood, la nouvelle série de Ryan Murphy

Hollywood by Ryan Murphy
Hollywood by Ryan Murphy
Teaser

Hollywood, fraîchement débarqué sur Netflix, porte la marque de son showrunner. Une grande série mainstream, esthétique, sexy, inclusive, engagée, dans l’air du temps mais inventive.

En 2017, Netflix a sorti 300 millions de dollars pour obtenir l’exclusivité du travail de Ryan Murphy, pour cinq ans. Le showrunner de Glee, Nip/Tuck, American Horror Story, American Crime Story est un sacré trophée pour la plateforme. Ted Sarandos, directeur des contenus, applaudissait son trophée:  “Les séries de Ryan Murphy ont influencé la culture mondiale, réinventé le genre et changé le cours de l’histoire du petit écran”. Aujourd’hui, ses premières réalisations arrivent. Il y a eu The Politician, inégale satire politique sur un teenager prêt à tout pour devenir président du conseil de son école. Puis ce mois-ci, le documentaire Circus of Books et surtout la minisérie Hollywood.

Nip/Tuck

Partir de soi

Y a-t-il un style Murphy? Quel lien pourrait-on voir entre la bande d’ados chanteurs de Glee et les monstres d’American Horror Story et les médecins trash de Nip/Tuck? À part les audiences record qu’a engrangées la Fox lors de leur diffusion… il y en a! L’homme a le storytelling dans le sang. Il invente des personnages iconiques. Nip/Tuck s’est arrêtée en 2010, mais le docteur Troy reste l’icône du chirurgien plastique. Il rend la marge mainstream. Murphy livre une des clés de son art: “Toutes mes séries sont ancrées dans une des obsessions de mon enfance”. Sa grand-mère lui faisait voir le film Dark Shadows comme punition à trois ans. Ça nourrit l’imaginaire horrifique. À la chorale de la messe catholique jusqu’à 14 ans, puis membre de la troupe de théâtre de son lycée, il se prend de passion pour Broadway. Il fera son coming-out à 15 ans. Tout est là. Sa vie est dans son œuvre, avec ses envies de joie et ses pulsions sombres. D’ailleurs quand il se marie et a deux enfants par mère porteuse, il crée The New Normal, une sitcom sur un couple homosexuel (2012).

Montrer le monde qu’il veut voir

Ses séries sont caractérisées comme “sexy, fun, glamour, dangereuses et en phase avec leur époque”. Il filme des univers visuels marquants, remplis de références. Ryan Murphy a vu ses séries  “trop gay” refusées, subi les pressions pour que ses personnages homos soient relégués au second plan, caricaturaux ou réduits au cliché du marginal tourmenté par sa  “différence”. Il devient progressivement la ”voix des minorités” (suivant les termes de Ted Salandos). Le déclic arrive en 2014, confie-t-il au Hollywood Reporter:  “Je pense que j’ai commencé à comprendre le pouvoir du média au moment de la diffusion de Normal Heart (le film qu’il a réalisé pour HBO sur la crise du sida à New York dans les années 80). Je me souviens, sur Twitter, après la sortie du film, le choc de voir tant de jeunes gens dire “Je ne savais pas que ça s’était passé…

L’inclusion est son fer de lance. Devant et derrière la caméra. En 2018, il crée Pose. La série – visible sur Netflix – nous plonge dans le New York du voguing des années 80 et comporte le plus grand casting d’acteurs et actrices transgenres. Elle intègre aussi l’auteure trans afro-américaine Janet Mock au sein de la chambre de scénaristes.

Murphy produit aussi Circus of Books (sur Netflix): un documentaire sur une librairie gay mythique de Los Angeles, des années 70 à nos jours, tenue par un improbable couple hétéro. Une histoire d’époque révolue, de communauté, mais aussi d’amour et de liens familiaux, puisque c’est la fille des propriétaires qui réalise. La famille, autre de ses valeurs clés. Ryan Murphy a sa bande, ses fidèles. Ses acteurs fétiches, que l’on retrouve de série en série. Ses comparses d’écriture, Janet Mock, qui est de nouveau présente sur Hollywood, Iann Brennan, sur Hollywood aussi, coéquipier depuis Glee et l’autre, Brad Falchuk, qu’il a retrouvé sur The Politician.

Ryan Murphy at the Ryan Murphy Star Ceremony on the Hollywood Walk of Fame - BelgaImage

Hollywood, le coup de maître

Arrivée début mai sur Netflix, Hollywood, en 7 épisodes, nous plonge dans l’immédiat après-guerre. Nous sommes en 1947-48, les studios tournent à plein régime, les jeunes acteurs, parfois vétérans, débarquent pour tenter leur chance et réaliser leur rêve. Coquin de Murphy. Il nous a pitché son show pendant des mois sur des images rétro magnifiques, des histoires de prostitution masculine et des scènes dramatiques montrant le racisme, l’homophobie et le sexisme dans la Mecque du Cinéma. À l’arrivée… Un twist. Hollywood met en scène des personnages réels, mais est une dystopie.

“Je voulais donner une fin heureuse à certaines personnes à qui Hollywood a infligé un destin terrible.”

 

La série s’inspire de l’histoire vraie de Scotty Browers, qui avait révélé la condition des jeunes acteurs et ce drôle de réseau dans ses mémoires, Full Service (2012). Mais les scénaristes ont décidé de la tourner en fable. D’imaginer ce qui se serait passé si la société s’était ouverte. Si le jeune Rock Hudson avait fait son coming-out. Si une femme avait pris la tête d’une major. Si un scénariste gay et noir avait travaillé sur un blockbuster. Si une femme noire avait été la vedette principale. La dénonciation et la tragédie sont toujours là… Mais la réflexion sur hier, aujourd’hui et demain est ouverte. Hollywood nous parle du rôle de modèle des médias. La question n’a jamais été aussi actuelle.

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