Déconfiné, délivré ? Tout le monde n'a pas envie de retrouver une vie « normale »

Stay Home
Stay Home
Teaser

Certaines personnes regrettent déjà le confinement. Mais souvent pour des raisons tout à fait différentes. Témoignages croisés.

Voilà, c'est l'heure de se déconfiner. De revenir au monde, ressortir dans la rue, croiser des gens, vivre en société, en somme. Pour beaucoup, ce n'est pas trop tôt ! Mais pour certains, c'est une purge. Eux regrettent déjà cette période de confinement, mais pas forcément pour les mêmes raisons. Il y en a qui, à l'instar de Rémy, ont vécu ces deux mois comme un déconfinement, justement. D'autres, comme Alain, craignent de quitter le cocon qu'ils s'étaient créés du fait de leur santé fragile. Témoignages croisés.

« Je ne sais plus ce qu'est un contact social »

« Je ne suis pas sorti de chez moi depuis deux mois et demi », nous dit Alain. La raison en est simple. Il souffre de problèmes d'infection pulmonaire. Dès les débuts de l'épidémie en Europe, il était aux aguets. « Je suis suivi par un pneumologue qui m'a dit tout de suite : 'Tu ne bouges pas, tu restes en télétravail'. Il faut bien comprendre que si j'attrape une bronchite, je peux finir à l'hôpital. Donc, dès avant que le confinement soit officiel, j'avais pris les devants ».

Depuis deux mois et demi, Alain voit le monde par écran. « Et encore, au début, j'étais tellement angoissé que je ne lisais plus les journaux, je ne regardais plus la télé ni les réseaux sociaux. J'y suis revenu, j'ai suivi l'évolution de l'épidémie, mais ça a été pas à pas ».

Il se crée un cocon, une zone de confort : télétravail, ne plus bouger de la maison, aucun contact avec l'extérieur, sa compagne faisant les courses pour lui. « C'est quelque chose qui me convient très bien, mais c'est problématique. De manière générale, j'ai tendance à instaurer des barrières avec le monde extérieur, je suis quelqu'un de prudent. Avec le coronavirus, cette prudence est devenue de la parano ».

« Je suis conscient que ce n'est pas quelque chose qui peut durer. Je sais que je vais devoir retourner dans la rue, affronter la réalité, le monde extérieur. Mais je me sens comme un handicapé psychologique. Je ne sais plus du tout ce qu'est un contact social. Ma compagne me pousse à sortir dans le quartier, mais pour le moment, je ne suis pas encore en phase de déconfinement personnel. J'y pense, mais pour dire la vérité, j'ai vraiment peur... »

Déconfinement

« J'ai vécu le confinement comme un déconfinement »

De son côté, Rémy n'est pas non plus pressé de retrouver le monde extérieur. Pourtant, son expérience du confinement est complètement différente de celle d'Alain, presqu'à l'opposé. Célibataire sans enfant, il a vécu le confinement « comme un déconfinement ».

« Pour moi, être confiné, c'est prendre le métro tous les jours pour aller bosser dans une salle climatisée et éclairée artificiellement, dit-il. C'est maintenant, en étant obligé de retourner au boulot, que je vais me sentir confiné. Parce que j'ai passé beaucoup de temps en forêt ces deux derniers mois. Travailler de chez soi, ça libère du temps, ça permet de le consacrer à d'autres choses, comme aller courir, se balader, profiter de la forêt. En plus, je suis hyper sensible au bruit. Les avions, les voitures m'oppressent. Là, pendant deux mois, je me suis levé le matin et tout était calme, pas une voiture dans la rue, pas un avion dans le ciel. C'était comme récupérer de l'espace ».

Parc

La société fonctionnant au ralenti lui a fait un bien fou : « Comme c'était plus ou moins imposé, ça m'a permis de déculpabiliser par rapport au boulot. Et puis, je me suis rendu compte que l'argent qu'on gagne en travaillant, c'est bien souvent pour le dépenser en divertissements. Là, j'ai redécouvert que la forêt était gratuite. Que travailler moins permettait de libérer du temps. Or, le temps est précieux ».

Rémy parle aussi de rapports sociaux « plus authentiques avec les gens qu'on croise, le boulanger, le fromager. Vu que ce sont les seules personnes avec qui on échange, on profite d'autant plus de ces petits moments, ils sont plus intenses, plus qualitatifs ».

Toutes ces raisons font que Rémy n'est pas pressé de retrouver la vie « normale », la vie d'avant : « Ca me donne un petit coup de cafard parce que j'aimais beaucoup cette vie au ralenti. Je suis réaliste, je sais que rien ne va changer dans notre façon de vivre en société avec cette crise. On va se faire rattraper par notre quotidien. Cela demande beaucoup d'efforts pour arrêter les mauvaises habitudes... Mais à titre personnel, cette crise a été comme un catalyseur. Elle a accéléré un changement qui était déjà latent. Aujourd'hui, je sais ce dont j'ai besoin ».

Plus de Actu

Les plus lus