Les clients des dentistes et garagistes doivent-ils payer un «supplément Covid»?

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Test-Achats a reçu ces derniers jours plusieurs plaintes à propos de coûts supplémentaires chez les dentistes et garagistes. Objectif de ces derniers : amortir leurs coûts en matériel sanitaire. L’initiative n’est pas forcément illégale mais elle fait réagir jusqu’au gouvernement.

Depuis la semaine dernière, certains Belges ont eu une mauvaise surprise. Ils peuvent enfin retourner dans les cabinets de leurs dentistes mais quand arrive le moment de payer, certains de ces prestataires de soins ajoutent un «supplément Covid». Autrement dit, pour contrebalancer leurs frais sanitaires supplémentaires en raison de la crise, ils demandent de mettre plus la main à la poche, ce qui peut représenter plusieurs dizaines d’euros. La même chose a été constatée chez les garagistes et plusieurs clients ont fait savoir leur opposition à une telle initiative, qui n’a rien à voir avec une décision gouvernementale. Ils se demandent notamment si tout ceci est bien légal.

Un détail qui a toute son importance

Pour répondre à cette question, il faut différencier deux types de cas. Il y a d’abord les dentistes et les garagistes qui annoncent ce supplément avant que le service soit rendu. Pour ceux-là, la législation est claire: ils sont tout à fait libres de choisir la teneur de leurs prix, si ce n’est pour les dentistes conventionnés. Tant que cela est communiqué de façon claire et nette, ils ne peuvent pas être pris en défaut.

«Quand il est dit que cela doit être annoncé clairement, c’est au moins oralement, même si c’est toujours mieux d’avoir un écrit. De toute façon, cela va être au dentiste ou au garagiste de prouver que ce supplément a bien été communiqué. Le mieux reste d’avoir un devis», précise Julie Frère, porte-parole chez Test-Achats.

Il existe néanmoins un cas où ces suppléments relèveraient de l’illégalité: si ceux-ci ne sont communiqués qu’une fois le service réalisé. Julie Frère tient à rappeler que dans de telles circonstances, le client est parfaitement en droit de refuser de les payer. «Pour les dentistes, les clients peuvent se diriger vers ceux conventionnés qui sont réglementés en termes de prix et ainsi éviter la question de ce supplément. Pour les garagistes, voire les coiffeurs qui feraient la même chose à partir du 18 mai, la seule solution est de comparer en les appelant à l’avance. Cela permet d’éviter par exemple qu’un garagiste qui n’aurait pas communiqué le prix au préalable exige le payement du supplément pour rendre la voiture, ce qui serait illégal», dit-elle.

Un coût qui fait débat

En l’état des choses, ce «supplément Covid» n’est donc pas interdit dans l’absolu. Mais dans un contexte comme celui de crise sanitaire, imposer cela aux clients ne fait pas l’unanimité. La mutualité socialiste Solidaris réclame ainsi un cadre réglementaire pour que les prestataires de soins ne puissent plus le faire. Du côté de Test-Achats, le ton est moins dur mais on n’approuve pas non plus ce supplément. «Vu que les soins dentaires sont onéreux et difficilement abordables pour certains, cela ne nous semble pas opportun d’ajouter des suppléments. On appelle donc les prestataires de soins à ne le faire», déclare Julie Frère.

Du côté de Traxio, une fédération qui représente une partie des garagistes, on rappelle les conséquences de la crise sur ceux-ci. «Les garagistes sont libres de calculer des frais ou pas. C’est surtout destiné à réduire les coûts de main d’œuvre alors que les précautions prises pour limiter les risques de contamination ne sont pas négligeables. Cela prend du temps de désinfecter avant et après le service», dit son porte-parole, Filip Rylant. Quant aux dentistes, ils font remarquer qu'aucune aide ne leur a été fournie, excepté avec des masques chirurgicaux, «ce qui n’était pas nécessaire puisque cela fait partie de nos stocks», fait remarquer Michel Devriese, porte-parole de la société de médecine dentaire belge.

La question est enfin remontée jusqu’au SPF Économie qui a décidé d’étudier la question en se déclarant consciente du problème pour les clients qui doivent parfois payer des suppléments élevés. «Pour ce qui est des dentistes, nous remettons ce sujet entre les mains du SPF Santé. Quant aux garagistes, l’équipe de la ministre Muylle réfléchit encore pour savoir ce qui sera décidé», précise sa porte-parole, Miet Deckers.

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