Et maintenant, tous à vélo ?

Vélo premier
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À Bruxelles, le déconfinement impose d'accélérer la mise en oeuvre du plan de transition de mobilité vers plus d'espace pour les piétons et les cyclistes. La route à suivre ? Explications avec la ministre de la mobilité Elke Van den Brandt.

Alors que nous entamons la phase 1B du déconfinement avec la réouverture des commerces, le besoin de garder Bruxelles désengorgé est aujourd'hui sensible. Comment faire en sorte de maintenir la distanciation sociale dans les transports en commun ou dans les rues de la capitale avec le retour des voitures en masse ? La ministre bruxelloise de la mobilité, Elke Van den Brandt (Groen), a appelé les Bruxellois à favoriser la marche ou le vélo pour se déplacer.

« Avec cette nouvelle phase de déconfinement, on ne peut pas demander à tout le monde de prendre les transports en commun, surtout durant les heures de pointe, nous dit la ministre. Si les bus sont remplis, la distanciation sociale n'est pas possible. On ne peut pas non plus demander aux gens de prendre leur voiture parce que Bruxelles sera bloquée encore plus qu'avant. La seule réponse qu'on peut envisager, c'est d'investir dans le vélo et la marche à pied. On le voit partout en Europe, à Paris, Berlin ou Amsterdam, toutes les villes sont confrontées au même enjeu et la réponse est la même : c'est maintenant qu'il faut investir dans une mobilité alternative, à savoir le vélo et la marche ».

Réseau piste cyclable

Plan de mobilité « Good Move »

Pour inciter les Bruxellois à faire ce choix, la Région a pris des mesures d'urgence : zone 20 à l'intérieur du Pentagone, mise en place de « slow streets » dans les quartiers et installation temporaire de 40 km de pistes cyclables : « Si on demande aux gens de prendre le vélo autant qu'ils le peuvent, de notre côté, on va donner les infrastructures qui le permettent. Parce qu'on sait que le sentiment de sécurité est un argument très important pour convaincre de prendre son vélo. Il manque beaucoup d'infrastructures à Bruxelles et c'est pour ça qu'on a mis d'urgence un nouveau réseau de piste cyclable ».

Ces mesures, si elles ont été mises en oeuvre dans le contexte du déconfinement, devaient de toute manière être prises. Début mars, la Région bruxelloise approuvait en effet le plan de mobilité Good Move qui a l'ambition de désengorger la capitale et de (re)donner la priorité aux piétons (avec notamment l'idée de réduire l'usage de la voiture de 24% d'ici 2030 – 34% en ce qui concerne le trafic de transit). La crise du coronavirus accélère simplement les choses.

« Le dispositif de slow streets, c'est vraiment une réponse à la situation actuelle, précise Elke Van den Brandt. Mais c'est dans l'esprit du plan Good Move qui stipule de créer des quartiers paisibles et de diminuer le trafic pour donner la priorité aux piétons, aux cyclistes, aux enfants qui jouent... La priorité absolue, c'est le piéton. On travaille dans l'urgence avec ce dont on dispose, on voit ce qui fonctionne et on avisera ensuite ». Des dispositifs temporaires... ou transitoires ? « Le mot transitoire est peut-être plus adapté ».

Elke Van den Brandt

Les embouteillages coûtent énormément d'argent

Le plan Good Move est dans les cartons de la région depuis plusieurs années. D'abord porté par Pascal Smet (Sp.a), il est soutenu par les riverains (80% sont favorables), mais aussi les secteurs économiques. Car les embouteillages dans Bruxelles coûtent de l'argent. Selon une étude de la FEB (Fédération des entreprises belges), une heure passée dans les embouteillages, c'est une perte de 10 euros pour une voiture et 78 euros pour un camion. Soit entre 4,2 et 8,4 milliards d'euros l'année. Ce qui équivaut à 1 à 2% du PIB national. Sans compter le coût santé dû à la pollution.

On considérera donc que les embouteillages coûtent énormément au pays, et d'autant plus quand on considère que les deux-tiers des déplacements en voiture à Bruxelles s’effectuent dans des trajets de moins d'un kilomètre – des trajets de moins de 2 km au niveau national. En clair, le besoin de désengorger Bruxelles n'est pas seulement un choix de société, c'est une nécessité économique. Cela, tout le monde est d'accord pour l'affirmer, qu'il soit de gauche ou de droite – même si les initiatives pour une mobilité alternative en Europe viennent surtout de gauche – et des Verts.

Embouteillages

Le vélo est-il l'avenir de la mobilité ?

En tout cas, en dix ans, les cyclistes ne sont pas loin d'avoir tripler à Bruxelles. Et lors du confinement, on a vu une augmentation par trois des deux roues durant les week-ends par rapport à d'habitude tandis Billy Bike (société de vélos électriques partagés) a doublé ses chiffres – la société mettait également gratuitement ses vélos à disposition des employés de supermarchés, des facteurs, des policiers, des ambulanciers et autres professions indispensables au bon fonctionnement de la ville.

« Je sais que tout le monde ne peut pas circuler à vélo pour différentes raisons, continue Elke Van den Brandt. Mais si on arrive à ce qu'une partie de la population le fasse, ça peut déjà soulager le trafic. Ce n'est pas une compétition, mais chaque cycliste en plus, c'est une voiture en moins. Il est nécessaire de changer de mobilité, ça nous coûte au niveau santé, au niveau climat, au niveau du bien être social et au niveau économique ».

Vélo

Taxer les navetteurs ?

Reste la question des navetteurs qui rentrent dans Bruxelles. Le plan Good Move a l'ambition de diminuer de 34% le trafic de transit (vers et hors Bruxelles) d'ici 2030. D'où l'idée d'une taxe qui fait son chemin, malgré le mauvais accueil qui lui est offert... « Mais les navetteurs paient déjà des taxes, réagit la ministre. On l'oublie souvent, mais chaque personne paye une taxe pour la possession d'une voiture. Que l'on roule ou pas, la taxe reste la même. Ce que nous proposons, c'est de changer le système fiscal forfaitaire en un système à l'usage. C'est quelque chose que Bruxelles demande depuis longtemps et j'espère que les Régions vont nous suivre. Il ne s'agit pas d'une taxe en plus, il s'agit de changer le système fiscal. Mais on constate que les autres régions ne sont pas très ouvertes au débat... »

La ministre pointe également le réseau ferroviaire local dans et autour de Bruxelles. « Il y a trente-huit petites gares à Bruxelles, mais personne ne le sait. Le train S ne représente que 1% des déplacements des gens dans et autour Bruxelles. Le Fédéral peut aider à développer cette offre et à la faire connaître aux navetteurs. C'est quelque chose qui pourrait aussi aider à désengorger la ville ».

Villo

Et en Wallonie ?

Qu'en est-il de la Wallonie, justement ? La région va-t-elle profiter de la crise pour se mettre au vert ? Le 16 avril, le ministre wallon de la mobilité Philippe Henry (Ecolo) a envoyé un courrier à tous les bourgmestres de Wallonie les encourageant à prendre plus de mesures d’urbanisme tactique et les assurant du soutien de la Région dans leur mise en place. Urbanisme tactique ? On parle là de mesures vouées à répondre rapidement à une nécessité identifiée comme impérieuse par la population. En clair, le déconfinement est l'occasion de prendre des mesures pour favoriser une mobilité alternative.

C'est aux Bougmestres à prendre les décisions. Et en Wallonie, de manière générale, on démarre de plus loin qu'à Bruxelles en ce qui concerne les infrastructures qui faciliteraient une mobilité « douce ». Si Namur a établi son centre-ville en zone 30 il y a presque dix ans, ailleurs c'est plus compliqué. A Liège, le collège a récemment mis en place une task force pour ces questions... Qui doit encore se réunir. Selon Elena Chane-Alune, conseillère communale Vert Ardent, « il y a peu de chance que cela bouge avant la rentrée de septembre ». A Charleroi, des propositions sont sur la table (zones 30, pistes cyclables,...) mais rien n'est encore décidé. Affaire à suivre, comme on dit...

 

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