Pourquoi le coronavirus ne fera pas chuter drastiquement les émissions de CO2

une vue industrielle
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Le Covid-19 devrait provoquer une baisse de 5,5% des émissions mondiales de CO2 cette année. Une chute historique, mais insuffisante. Comment expliquer ces 94,5% restants?

« Tout ça pour ça? » C'est ce qu'on serait tenté de lancer face à la baisse annoncée des émissions de CO2 liée à la crise actuelle. L'économie mondiale est au point mort, la moitié de l'humanité est confinée, les villes autrefois polluées ont retrouvé un air respirable, le ciel est plus bleu et pourtant... Selon différentes estimations, les rejets de dioxyde de carbone devraient diminuer de 5,5 à 8% pour 2020, par rapport au triste record de l'an dernier. Seulement? Dans le bilan le plus optimiste pour 2020, les experts prévoient toujours 92% du principal gaz à effet de serre émis au cours d'une année ordinaire, alors même que le monde entier est à l'arrêt.

Certes, cette chute est historique, surpassant l'impact de la Seconde Guerre Mondiale et celui de la crise financière de 2008. Mais elle est loin de suffire à mettre le monde sur la voie de l’Accord de Paris. Pour limiter la hausse des températures à 1,5°C et respecter ainsi cet engagement, une diminution de 7,6% est nécessaire chaque année pendant dix ans.

Gare à l'effet rebond

Ces quelques semaines de confinement ont eu un impact non-négligeable sur les émissions de CO2. Le coronavirus n'est pas le seul responsable: selon Carbon Brief, qui estime une baisse de 5,5% en 2020, l'hiver très doux en Europe et aux Etats-Unis a également fait chuter la consommation d’énergies fossiles. Mais ces réductions sont de courte durée. Une fois le confinement levé, un rebond est à prévoir. « Les précédentes crises économiques ont souvent été suivies d’une "reprise" associée à une croissance des émissions, surmontant les niveaux d’avant-crise », mettait en garde d'ailleurs l’Organisation météorologique mondiale, une institution des Nations unies, fin avril. La preuve, en Chine, où les émissions sont « presque revenues au niveau de 2019 » à la même période avec la reprise des activités. 

Et les 95% restants?

Au-delà de la déception qu'il risque une fois de plus de provoquer, le bilan annuel interpelle. D’où viennent toutes ces émissions de CO2 que la pandémie n’a pas réussi à faire chuter? C'est la question que pose le média spécialisé Grist. L'explication est simple: la chute soudaine durant cette période de confinement est surtout liée au secteur du transport, sauf que celui-ci ne représente qu’un peu plus de 20% des émissions mondiales de dioxyde de carbone, selon l’Agence internationale de l'énergie.

un avion sur le tarmac d'un aéroport

© Unsplash

Pour le reste, notre dépendance à l’électricité est notamment pointée du doigt. Combinée au chauffage, elle représente plus de 40% des émissions mondiales. Depuis le confinement, les fournisseurs distribuent « toujours à peu près la même quantité d'électricité », consommée désormais davantage dans les foyers. Grist ajoute que les secteurs « de la fabrication, de la construction et des autres industries » représentent également 20% environ des émissions de CO2. Certaines activités comme la production d'acier et la fusion d'aluminium, « globalement poursuivies malgré la pandémie », utilisent d'ailleurs « d'énormes quantités de combustibles fossiles ». Les 20% restants sont produits par l'agriculture et l'élevage qui, bien que tournant au ralenti, ne se sont pas non plus arrêtés pendant la crise.

Autre élément important: Carbon Brief a récemment rappelé que, bien que ses émissions diminuent, le dioxyde de carbone continue de s'accumuler dans l'atmosphère, provoquant la montée des températures.

Désespérant? Ces informations s’avèrent au contraire essentielles, démontrant plus que jamais que la sortie de crise doit donner lieu à des changements durables et structurels pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

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