À la rentrée, les enseignants se couperont en trois

BELGAIMAGE
BELGAIMAGE
Teaser

La rentrée partielle des classes ces 18 et 25 mai met certains enseignants à rude épreuve. Ils devront à la fois s'occuper des élèves en classe, de ceux à la maison et gérer les garderies.

Le 18 mars, Colette, une prof nivelloise attachée à l'association des professeurs de biologie (Probio), accueillera en classe ses élèves de rhéto après neuf semaines de suspension des cours. Si le retard accumulé dans les programmes la préoccupe, surtout pour les quelques-uns qui voudraient bien tenter l'examen d'entrée de médecine l'an prochain, elle s'inquiète aussi de la surcharge de travail qui l'attend.  "Depuis le début du confinement, on a dû continuer l'enseignement via l'organisateur ou la tablette. Ça n'a été que du formatif. On n'a pas pu avancer dans la matière. Le but était surtout de garder le contact avec les élèves. Cette gestion du travail numérique prend énormément de temps, les gens ne s'en rendent pas vraiment compte. De plus, on a dû sacrifier les expériences en laboratoire. Je donne cours en quatrième et sixième du secondaire. Les rhétos rentreront bien le 18 mai, mais on attend que la moitié de la classe environ. Certains élèves et parents estiment que ça ne vaut pas la peine de rentrer. Je vais donc devoir préparer des cours pour ceux présents physiquement, des dossiers pour ceux qui restent à la maison tout en continuant l'enseignement à distance des quatrièmes années."

BELGAIMAGE

Christine, une prof de math dans la région du centre, partage les mêmes incertitudes et ajoute "On ne se rend pas compte, mais tenter d'entrer en contacts avec certains élèves via Internet demande une énergie considérable. Certains enseignants ne font probablement pas d'efforts. Pour ma part, je m'efforce de les contacter s'ils ne sont pas présents aux leçons à distance via Zoom. La tâche sera particulièrement difficile après le 18 mai. Mais j'aimerais clôturer certaines matières avec mes rhétos dont 30 % ont déjà annoncé qu'ils ne viendront probablement pas lors de la rentrée. Je prépare à leur égard des dossiers pédagogiques. La semaine passée, j'ai travaillé quarante heures à domicile."

Rester en télétravail ?

Cette dernière regrette la mauvaise réputation des enseignants qui, dit-elle, se poursuit en cette période de confinement. C'est pourquoi, d'ailleurs, elle préfère garder son anonymat. La réalité serait pourtant bien réelle. Joseph Thonon, le président du CGSP-Enseignement, confirme : "L'inquiétude porte sur le triple travail qu'on demande aux enseignants : Ils devront à la fois enseigner physiquement aux élèves de sixième qui seront remis en route le 18, assurer les cours à distance pour ceux qui ne reprennent pas et gérer la garderie qui va sans doute grossir dans des proportions encore inconnues." Une situation qui pourrait empirer le 25 mai, lors de la rentrée des deuxièmes secondaire ainsi que des premières et, "dans les mesures du possible", deuxièmes primaire. Il ajoute : "Certains enseignants me demandent comment ne pas retourner travailler, car ils ont des craintes pour leur santé. C'est possible si un médecin fait une attestation prouvant leur fragilité de santé. Si le médecin refuse, ils doivent aller travailler. Ou alors les directions et les pouvoirs organisateurs peuvent les mettre en télétravail pour s'occuper des élèves qui ne sont pas à l'école. Certains profs n'ont pas d'élèves, car les 3 ou 4e primaire ne rentreront jamais, par exemple. On peut donc imaginer une répartition du travail intelligente, mais cette décision revient aux écoles."

BELGAIMAGE

Laisser tomber les cours à distance?

C'est ce que le directeur du Collège du Sacré-Cœur à Ganshoren Jean-Marc Zocastello, par exemple a prévu. Il atteste : "Chez nous, aucun enseignant n'aura deux boulots. Si on entre en classe, on termine les cours à distance. On ne sait pas faire les eux, il faut être réaliste. La vidéoconférence ne remplace pas le cours en classe. Les profs et les élèves s'épuisent plus vite. Des élèves décrochent. Certains ne se reconnectent pas. Ce système était valable pour quelques semaines. Il ne l'est plus. C'est l'occasion unique d'en profiter pour repenser l'enseignement avec les nouvelles technologies. Certains profs, les plus jeunes, aussi. Il faut trouver un lien entre les deux. Le développer davantage. Sans oublier que si on n'a pas un prof devant ses élèves pour les motiver, ça ne marche pas. Un prof n'est pas quelqu'un qui donne un cours. C'est quelqu'un qui transmet sa passion, motive des élèves. Comme un patron d'entreprise ou un coach de sport."

Pour en savoir plus, lisez notre article "Génération Covid". Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Plus de Actu

Les plus lus