La pression monte pour la réouverture des frontières

un contrôle à la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas
un contrôle à la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas
Teaser

Alors que l'Europe se déconfine pas à pas, les Etats sont face à un véritable casse-tête pour la réouverture de leurs frontières, entre le risque sanitaire et le besoin d'une coopération entre pays.

La pandémie de Covid-19 a porté un coup de massue à l'un des concepts clés du projet européen, à savoir l'ouverture des frontières. Pour endiguer la propagation du coronavirus, la liberté de circulation dans l’espace Schengen a été suspendue. Une décision inédite, sans réelle coordination entre les pays, mais temporaire. À l'heure où la majorité des pays européens ont entamé leur déconfinement, les frontières sont encore fermées ou soumises à d'intenses contrôles. Pour combien de temps encore?

De manière coordonnée

« Ce qui, au départ, semblait proportionné aux yeux des États membres pour des raisons sanitaires, n’est aujourd’hui plus valide », avance Pascal Arimont, membre du Parlement Européen, dans une lettre à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Avec quinze autres femmes et hommes politiques, le député demande la « fin immédiate » des contrôles et des restrictions aux frontières internes de l'Union Européenne. Les signataires de cette lettre appellent également les pays européens à se concerter afin de mieux coordonner les stratégies de déconfinement pour finalement ouvrir les frontières. La Commission semble être d'accord puisqu'elle insiste, elle aussi, sur la nécessité d’une fluidification progressive et surtout coordonnée des déplacements à l'intérieur de l'UE. Concernant les frontières externes, elle a recommandé vendredi le maintien de leur quasi-fermeture pour un mois de plus, jusqu’au 15 juin.

Les appels pour une réouverture des frontières internes se sont multipliés ces derniers jours, et plus particulièrement en Allemagne où le retour partiel à la normale présente déjà toutefois des premiers signaux inquiétants. Des voix se sont élevées pour rouvrir complètement les frontières, notamment avec la France, le Luxembourg et l'Autriche. Favorable à une telle décision, Helge Braun, qui dirige le cabinet de la chancelière Angela Merkel, a néanmoins mis en garde contre un assouplissement trop rapide de ces mesures qui limitent les possibilités de voyage ou de détente. « Si vous faites le bilan, c'est là que réside le plus grand danger de contamination », a-t-il déclaré, alors que les restrictions, mises en place à la mi-mars, doivent théoriquement durer jusqu'au 15 mai. Cette date marquerait également la suppression des restrictions imposées aux citoyens lituaniens, lettons et estoniens voyageant entre les trois pays baltes.

Et chez nous?

À nos frontières, la situation reste inchangée. Tous les voyages non essentiels vers l'étranger sont interdits jusqu'à 7 juin compris, au plus tôt. C'est écrit en rouge sur le site du Service public fédéral Affaires étrangères. « Le Conseil National de Sécurité évaluera cette interdiction en temps utile. » Certains déplacements sont toutefois permis, notamment dans un cadre professionnel, médical ou encore pour une raison de garde parentale partagée. La visite d’un partenaire qui ne vit pas sous le même toit est également autorisée.

un panneau Belgique à la frontière avec l'Allemagne

© BELGA IMAGE / ERIC LALMAND

En ce qui concerne nos pays frontaliers, malgré l'ouverture des frontières du Luxembourg et le déconfinement en France à partir de ce lundi, tout déplacement non-essentiel reste interdit. Malgré l'autorisation des visites dans tout le pays depuis ce dimanche, le motif social n'est pas encore suffisamment essentiel chez nos voisins que pour l'invoquer pour traverser la frontière. Du côté français, par exemple, dont la frontière est fermée au moins jusqu'au 15 juin, seuls les déplacements pour motif économique impérieux et concernant la garde, la visite ou la poursuite de la scolarité d'un enfant sont autorisés.

Le flou pour cet été

C'est pour ces habitants frontaliers que la situation est particulièrement difficile, eux pour qui le franchissement d'une frontière n’est pas exceptionnel, mais quotidien. Pour les autres, la question d'une réouverture des frontières intéresse surtout, d'un point de vue personnel, pour la planification de leurs prochaines vacances cet été. D'après le commissaire européen chargé du Marché intérieur Thierry Breton, il ne faudrait pas compter sur une réouverture large et rapide de l'espace Schengen: « Il est vraisemblable que certaines zones de l'Union européenne soient ouvertes aux touristes et d’autres non, au-delà des frontières géographiques », en fonction de la situation sanitaire. En Europe, l'Italie et l'Espagne, durement éprouvées par le coronavirus, semblent s'orienter vers un tourisme essentiellement national cet été, avec des mesures restrictives. La Grèce, moins touchée, envisage, malgré le Covid-19, une saison estivale ouverte aux touristes étrangers.

Au-delà des envies d'ailleurs, une réouverture des frontières, de manière concertée, enverrait avant tout un message d'unité d'une Europe fortement critiquée pour son individualisme au début du confinement. Un message d'autant plus important à l'heure où l'extrême droite espère profiter de cette crise pour prôner le rejet de l’immigration et… la fermeture des frontières.

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus