Être guéri du Covid-19 ou en être immunisé, deux choses différentes

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Guéri, le premier belge à avoir été testé positif au Covid-19 n’a pas développé d’anticorps contre le virus. Une réinfection est-elle possible ?

Il se pensait « la personne la plus sûre de Belgique ». En février, alors qu’il revient de la Chine, Phillipe Soubry est le premier belge à être testé positif au Covid-19. Guéri, il a depuis passé des tests. Verdict ? Doublement négatif au test de dépistage et au test sérologique. S’il n’est donc plus porteur du virus, Philippe Soubry n’a pour autant pas développé d’anticorps. Face à la maladie, il n’a pas eu de réponse immunitaire et sans anticorps, il ne serait donc pas protégé d’une nouvelle infection. Est-ce à dire que tous les patients guéris seraient menacés d’une nouvelle infection au virus ? Cela serait aller un peu vite en besogne.

Tout dépendrait de la sévérité des symptômes. « Il est bien possible que ceux qui n’ont pas fait de fièvre ou n’ont pas été réellement malades après leur infection au Covid-19 ne développeront jamais d’anticorps et seront une nouvelle fois porteurs du virus » expliquait à HLN Katrien Lagrou, chef du laboratoire en microbiologie de l’UZ Louvain. Dans le cas de patients asymptomatiques, comme l’était Philippe Soubry, l’intensité de la maladie serait trop faible pour que le corps déploie ses défenses naturelles et produise une réponse immunitaire en produisant des anticorps. Mais comme le reconnaissait Katrien Lagrou, « personne ne peut sûr de tout cela actuellement, évidemment. Il faut encore de nombreuses études en ce sens ».

Il y a quelques semaines, des dizaines de cas de patients sud-coréens guéris avaient soulevé l’inquiétude, parce qu’ils avaient à nouveau été testés positifs. L’OMS, tout en restant prudente, a semblé exclure la piste d’une réinfection. Ces deuxièmes tests positifs pourraient selon l’organisation s’expliquer par la présence de « cellules mortes » dans les poumons, remontant dans le nez et conduisant à fausser les résultats des tests.

Encore beaucoup de zones d’ombres concernant l’immunisation

Quoi qu’il en soit, en l’état des connaissances scientifiques il reste  beaucoup d’interrogations à propos du virus, et notamment sur la réponse en anticorps sanguins qu’il provoque (ou non). Fin mars, une étude chinoise menée auprès de 173 patients hospitalisés rapportait que la moitié avait développé des anticorps en moyenne 11 jours après l’apparition des premiers symptômes. Après un mois, 100% des patients avaient produits des anticorps contre le coronavirus.

Des résultats intéressants, mais qui restent à confirmer par des études comptant un échantillon de patients plus représentatif. Il reste aussi à trancher la question de l’efficacité de la réponse immunitaire face au Covid-19 : quelle quantité d’anticorps est-elle nécessaire et jusqu’à quel point les anticorps sont-ils efficaces pour empêcher une nouvelle contamination ? Combien de temps pourrait durer l’immunisation ? Pourrait-elle être permanente ? Des réponses à ces interrogations dépendra l’efficacité de la lutte contre l’épidémie, dans les semaines et mois à venir.

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